Naples : 20 millions € d'amende pour avoir pillé une bibliothèque

Nicolas Gary - 04.03.2016

Edition - Justice - bibliothèque Naples livres - voler directeur manuscrits - incunables


C’est un panier d’environ 20 millions € que la bibliothèque Girolamini de Naples recevra, pour s’être fait dérober des livres. Des volumes rares et anciens – près de 4000 – avaient été volés, par nul autre que le directeur de l’établissement. Marino Massimo De Caro avait été épinglé et présenté devant la justice : le procès démarré en 2012 avait abouti à une condamnation. Et les rebondissements surgissent.

 

Chiesa dei Girolamini 1, Naples

Bibliothèque Girolamini de Naples - Allan Parsons, CC BY 2.0

 

 

La Cour des comptes de Rome vient en effet de rejeter l’appel de l’ancien directeur, confirmant le jugement et la condamnation en première instance. Il devra bel et bien verser 19,4 millions €, en réparation des dommages causés à l’établissement. 

 

Originellement, la défense de l’accusé reposait sur sa volonté de pouvoir financer la restauration de quelques ouvrages de son établissement. Il avait juré qu’il ne comptait vendre que quelques-uns de livres de la collection : le produit des ventes ne serait jamais allé dans sa poche, mais bien pour soutenir l’institution. 

 

Sauf que le vol avait fini par se compter en centaines, puis milliers de livres, qu’il évacuait avec l’aide d’un complice au CV totalement falsifié, pour justifier ses allers-retours dans l’établissement.

 

Ainsi, entre juin 2011 et avril 2012, 4000 ouvrages anciens furent soustraits à la bibliothèque. Un fameux préjudice, condamné lourdement par la justice : 5,9 millions € pour avoir volé, et 13,5 millions € de mieux pour avoir découpé des pages dans près de 2500 manuscrits. Cela inclut également les livres qui n’ont toujours pas été retrouvés – et qu’un collectionneur doit avoir illégalement acquis. Pour mémoire, cela s’appelle du recel...

 

Des vagues dans la Baie de Naples

 

Un autre cas de vol, cette fois pour 20.000 ouvrages, avait conduit la justice à s’intéresser de près au sénateur Marcello Dell’Utri, un proche de Silvio Berlusconi. Les connexions entre les deux affaires ne sont pas encore complètes. Dell'Utri est connu, en Italie, comme un grand collectionneur d’œuvres d’art, et a participé à la réalisation de la Fiera del Libro Antico.

 

Dans le cas de Dell’Utri, les liens se firent toutefois connaître, quand des ouvrages de la bibliothèque Girolamini furent découverts dans la propre collection de l’ancien sénateur. 

 

Marino Massimo De Caro, dans son appel, tentait de faire valoir les mêmes arguments, contestant également le montant des peines. Selon lui, il faisait les frais de la mauvaise gestion des précédents directeurs. Mais les juges ont balayé cette rhétorique, considérant comme évident l’exercice de spoliation du patrimoine culturel. 

 

Les enquêteurs sont toujours à la recherche de nombreux éditeurs manquants, des pièces parfois uniques. À ce jour, on déplore encore la disparition de 140 incunables et ouvrages de géographie, particulièrement anciens. 

 

La Cour a également souligné la difficulté de détermine le nombre de livres volés parce qu’il n’y avait pas d’inventaire réalisé dans la bibliothèque. 

 

(via La Repubblica)