Naples : disparition d'une prestigieuse bibliothèque philosophique

Clément Solym - 24.08.2012

Edition - Bibliothèques - Naples - Gerardo Marotta - Benedetto Croce


Triste sort pour les 300 000 ouvrages philosophiques de la bibliothèque de Naples, dont le budget est désormais inexistant. En effet, après la suppression en 2010 de 3 millions d'euros de subventions par l'Education nationale et malgré les efforts de son fondateur  Gerardo  Marotta, il n'est désormais plus possible de l'assumer financièrement.

 

Elle conservait des copies imprimées provenant de toute l'Europe dont les oeuvres originales de grands penseurs, comme Benedetto Croce et Giordano Bruno, tous deux nés en Campanie. Son fondateur et philosophe Gerardo Marotta avait pourtant tout fait pour sa sauvegarde, comme vendre tous ses biens et contracter des emprunts pour continuer à payer le loyer de 14 locaux.

 

 

« C'était la plus belle bibliothèque privée de l'Europe. Nous avons travaillé dessus pendant plus de 40 ans, la seule institution comparable en Europe est le Warburg Institute à Londre », explique-t-il à l'AFP. Âgé de 85 ans, Gerardo Marotta a commencé à travailler dans les années 50, établissant les côtes de Croce et collectionnant les livres, lors de multiples voyages en Europe.

 

C'est pour lui le signe d'un déclin généralisé des études philosophiques et de la culture européenne. Patocka avait écrit, Platon et l'Europe, et il faudra peut-être écrire l'Europe sans Platon. Mais une seule question se pose dans l'urgence : que vont devenir les livres ? 

 

Malgré divers appels à l'aide « le gouvernement actuel ignore totalement notre projet » déplore-t-il, mais un transfert est prévu dans un entrepôt, même si des problèmes juridiques s'y opposent. Cela tombe bien Marotta est aussi avocat.

 

Les livres sont comme à la rue, tomberont-ils aux mains des va-nus-pieds d'Italie du Sud ? C'est bien plutôt la direction du terrain vague qu'ils prennent : « Pour ne pas les laisser dans la rue, nous sommes en train de tous les déménager vers un entrepôt à l'extérieur de la ville ».

 

Enfin, la pupille des philosophes brille encore, puisque d'après Antonio Gargano, secrétaire général de l'Institut, le maire de Naples Luigi de Magistris, serait ému par la situation : « Il faut trouver une solution pour héberger ces précieux volumes, une priorité non seulement d'un point de vue local, mais aussi national ».

 

L'UNESCO a également déclaré que l'Institut forme un atout majeur pour l'héritage de l'humanité, alors que de nombreux savants ont crié au « scandale » pour l'indolence du gouvernement italien. « Nous avons tout ce qu'il faut pour les jeunes, reconstruire l'histoire et redécouvrir la pensée philosophique de ces illustres maîtres » ajoute Marotta. Presto.