Naples : Procès d'un incroyable détournement de livres rares

Julien Helmlinger - 06.12.2013

Edition - Bibliothèques - Naples - Vol - Bibliothèque Girolamini


Retour sur un casse livresque pas banal, en Italie. Marino Massimo De Caro, l'ex-directeur de la plus ancienne institution de prêt napolitaine, qui se trouvait impliqué dans le vol de quelques milliers de livres rares au sein de la bibliothèque Girolamini, est actuellement jugé pour son forfait. Charge revient désormais aux procureurs de comprendre comment il aura été possible de subtiliser autant de livres, y compris des éditions plusieurs fois centenaires, d'oeuvres signées Aristote, Descartes, Galilée ou encore Machiavel...

 

 

 Eglise des Girolamini, CC by 2.0 par Averain

 

 

Il était chargé de conserver tous ces trésors littéraires, pas d'en faire du recel, et le voilà désormais accusé d'être au centre d'un réseau d'intermédiaires et autres marchands de livres corrompus. L'affaire regroupe quelque 13 suspects... dont un prêtre. Si courant 2012 les autorités ont remis la main sur des milliers d'ouvrages stockés à Vérone, dans un espace au nom de monsieur De Caro, il reste difficile de savoir combien de manuscrits exactement ont été détournés du catalogue de l'institution.

 

L'ancien directeur, âgé de 39 ans, a été présenté comme ayant été proche de Silvio Berlusconi, dont il fut un temps conseiller pour des sujets d'énergies renouvelables. Des connexions politiques qui pourraient expliquer comment ce un bibliophile autodidacte et sans diplôme d'études collégiales a pu être nommé directeur de la prestigieuse institution. Il ne serait d'ailleurs pas le seul politique et proche de l'ancien premier ministre à se retrouver dans le collimateur des enquêteurs.

 

En mars, il a été reconnu coupable de vol et de détournement de fonds. Il purge actuellement une peine de sept ans en résidence surveillée, et aurait commencé à coopérer avec les procureurs. S'il a admis avoir pris une partie des livres, il se défend en arguant avoir souhaité les vendre pour financer la restauration de la bibliothèque. L'accusé soutient que les vols auraient débuté avant sa nomination.

 

Un réseau international à démanteler

 

Pour Fabrizio Govi, le président de l'Association des libraires antiquaires italiens, il s'agirait vraisemblablement du plus important casse de manuscrits de ces deux derniers siècles. Avec une perte pour le patrimoine comparée à la destruction de Dresde pendant la Seconde Guerre mondiale. Et comme en témoigne l'actualité des ventes aux enchères, la cote des livres rares a tendance à grimper ces dernières années pour atteindre des sommes records.

 

Après l'éclatement au grand jour de cette sombre affaire en 2012, suite à des dénonciations émises par certains bibliothécaires, la International League of Antiquarian Booksellers a conseillé à tous les acquéreurs et revendeurs de livres italiens anciens, publiés entre les XVe et XVIIe siècles, de bien vérifier s'ils ne feraient pas partie de ceux détournés de la bibliothèque Girolamini.

 

Les procureurs napolitains, quant à eux, mettent à profit les techniques développées dans le cadre de la lutte contre le crime organisé pour tenter de remettre la main sur les ouvrages en question. Selon Giovanni Melillo, le procureur responsable de l'équipe, le marché des livres rares connaîtrait sa propre forme d'omerta, ce qui ne simplifie pas la tâche. En conséquence de quoi il en appelle au soutien de l'Europe entière, mais aussi des États-Unis et de l'Argentine.

 

Au cours du mois d'août, la police a mis la main au collet d'un marchand de livres rares de Munich, Herbert Schauer, de la maison de vente aux enchères Zisska & Schauer. Tandis que ce dernier est accusé de complicité pour avoir réceptionné des ouvrages détournés de la bibliothèque Girolamini, il est actuellement détenu dans une prison en dehors de Naples et conteste les accusations.

 

(via NewYorkTimes)