Narrateur et survivant de l'Holocauste, Aharon Appelfeld est décédé

Antoine Oury - 04.01.2018

Edition - International - Aharon Appelfeld - Aharon Appelfeld mort - écrivain israélien


L'écrivain israélien Aharon Appelfeld est mort ce jeudi 4 janvier 2018 en Israël à l'âge de 85 ans, ont annoncé ses proches. Né en 1932 à Jadova, alors en Roumanie (aujourd'hui en Ukraine), Appelfeld avait été déporté avec son père en 1941, avant de s'évader et de survivre, seul. Réfugié en Palestine à partir de 1946, il est l'auteur d'une œuvre vaste, habitée par son expérience traumatique, mais pas seulement : Appelfeld refusait le titre d'« écrivain de l'Holocauste ».

 
Aharon Appelfeld - Jwh, CC BY SA 3.0
 
 

« Cette période, le ghetto, le camp, les forêts ont construit ma personnalité jusqu'à aujourd'hui même. » En 2015, pour le documentaire « Jusqu'au dernier : La destruction des Juifs d'Europe », Aharon Appelfeld évoquait ses années de terreur et de fuite, alors qu'il n'est même pas adolescent. Né en 1932 dans une famille juive germanophone, Appelfeld découvre l'horreur de la politique d'extermination nazie au moment de l'invasion de la Roumanie.

 

Sa mère est assassinée en 1940, et son père et lui sont déportés en 1941. Aharon Appelfeld parvient à s'échapper et à se réfugier, seul, dans les bois. Caché, il parvient en Italie d'où il embarque pour la Palestine. Ces mois resteront profondément gravés dans sa mémoire. « Chaque fois qu'il pleut, qu'il fait froid ou que souffle un vent violent, je suis de nouveau dans le ghetto, dans le camp, ou dans les forêts qui m'ont abrité longtemps. La mémoire, s'avère-t-il, a des racines profondément ancrées dans le corps. Il suffit parfois de l'odeur de la paille pourrie ou du cri d'un oiseau pour me transporter loin et à l'intérieur », explique-t-il dans Histoire d'une vie, publié en 2004 chez L'Olivier dans une traduction de Valérie Zenatti et lauréat du Prix Médicis étranger la même année.

 

Diplômé en lettres hébraïques et yiddish à l'université hébraïque de Jérusalem, Appelfeld commence à publier des nouvelles dans les années 1950 et son premier recueil, Fumée, paraît en 1962. Son premier roman, La Robe et la Peau, sera publié 9 ans plus tard. Une vingtaine de ses œuvres ont été traduites en plusieurs langues, dans le monde entier.

 

À partir de 1979, Aharon Appelfeld avait enseigné les lettres à l’université Ben-Gourion de Beersheva, dans le sud d’Israël. Résidant de l'État d'Israël, Applefeld en défendait la politique : « Je n'aime pas le mot boycott, ce n'est pas dans mon vocabulaire, ce n'est pas dans le vocabulaire que l'être humain devrait utiliser. Boycotter, comme si c'était un pays raciste, boycotter Israël en prétendant que c'est un pays raciste, c'est faux », assurait-il en 2015 à i24news.

 

La ministre de la Culture israélienne Miri Regev a salué l'écrivain « qui nous a laissé des histoires de vie entière qui resteront dans notre souvenir collectif et personnel », rapporte l'AFP.
 

Pas de mémoires, juste utiliser des souvenirs


Dans ses différents ouvrages, il s’efforça de donner une voix à l’Holocauste et ses victimes. Ses romans décrivent, à travers ce thème, la guerre et les conditions de vie en Europe après la Seconde Guerre mondiale. Ses ouvrages, écrits en hébreu, relèvent d’une gageure : lui-même fut l’un des auteurs les plus prolifiques dans cette langue, ne l’ayant cependant apprise qu’à l’adolescence. « Je n’écris pas de mémoires — je puise dans les morceaux de ma propre expérience », expliquait-il.  

 

Son dernier livre, De longues nuits d’été, a été publié à L’école des loisirs, en avril dernier, traduit par Valérie Zenatti. La maison avait déjà fait paraître en 2014 un récit pour enfants, racontant ses trois années d’errance en forêt après l’évasion du camp de concentration. Dans ce livre Adam et Thomas, il parlait ouvertement du froid, de la faim et de la soif, ressentis durant cette période. L’ouvrage fut consacré meilleur livre jeunesse l’année même de sa parution. 

 

Philip Roth avait dit de lui qu’il était « un écrivain déporté auteur de fiction déportée, qui a fait de la déportation et de la désorientation des sujets qui lui sont propres ». 
 

Mise à jour 05/01, 14h56 :


La ministre de la Culture Françoise Nyssen a exprimé ses hommages à l'auteur dans un communiqué :

Aharon Appelfeld, grande voix de la littérature israélienne contemporaine, Prix Médicis étranger en 2004 pour son autobiographie « Histoire d'une vie », et Prix d’Israël en 1983, s’est éteint dans la nuit du 3 au 4 janvier à l’âge de 85 ans.
Survivant de la Shoah en Ukraine, Aharon Appelfeld aura consacré la majeure partie son œuvre, qui compte plus de 40 ouvrages, à l’évocation de cette tragédie et de la vie des juifs d’Europe jusqu’au déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale. Ses romans et ses nouvelles s’imposent comme autant de poignants témoignages d’un monde disparu. Traduite dans le monde entier, son œuvre, au style remarquablement sobre, dépasse son histoire personnelle pour restituer des parcours humains universels.
Très marqué dans son travail d’écriture par les épreuves qu’il a traversées, Aharon Appelfeld refusait d’être réduit au rôle d’écrivain de la Shoah ; c’est la vie qu’il célébrait dans ses romans.
Ses livres magnifiques, souvent étranges et angoissants, où l’on reconnaît le grand lecteur de Kafka, sont bien ceux d’un vivant qui ne voulait rien d’autre « qu’écrire sur les hommes juifs ».
J'adresse à sa famille et à ses proches mes plus sincères condoléances.





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