Naza Chiffert, candidate aux législatives : “L'ubérisation, la librairie connaît bien le sujet”

Nicolas Gary - 01.06.2017

Edition - Société - Libraire députée Paris - Naza Chiffert librairie - littérature jeunesse campagne


RENCONTRE – Naza Chiffert est libraire de métier – et elle connaît bien le monde politique et parlementaire. Elle se présente pour la première fois aux élections législatives pour la 13e circonscription – Paris XVe. « Je suis une enfant du XVe, j’y ai toujours vécu. Et une de mes deux librairies s’y trouve. Qu’on ne me fasse pas le coup du parachutage ! » Mission ? « Créer la surprise », plaisante-t-elle. 




 

La 13e circonscription a une fameuse histoire : « Historiquement, c’est une terre de droite... et pour les socialistes, une terre de mission. » Ce fut l’ancienne circonscription d’Anne Hidalgo, où elle se présenta en 2001 et 2007. À ce jour, c’est Jean-François Lamour, bretteur de l’ex-UMP, qui en est l’actuel député. 

 

Mais la présence de Naza Chiffert dans cette élection, sous l'étiquette socialiste, tient avant tout d’un défi, relevé sans hésitation. « La candidate qui y était investie a dû renoncer pour des raisons personnelles : on m’a appelée, et j’ai débuté ma campagne il y a trois semaines » 

 

L'ubérisation, la librairie connaît bien le principe
 

Le tout alors que de grands chantiers ont été amorcés en janvier dans la librairie – travaux et autres. « Je me retrouve à faire des journées particulièrement longues. Sauf que l’occasion était à saisir : j’ai envie de porter un message qui compte, et fait par ailleurs écho au métier de libraire. » Tout le discours de campagne s’est ainsi axé sur les problématiques qu’implique le terme imparfait, mais très parlant, d’ubérisation.

 

« République En Marche, substitue, dans son discours, le Nasdaq au Dow Jones : cette nouvelle économie comporte des risques pour notre lien social, mais aussi le financement de notre modèle social»  Cette thématique, les libraires la connaissent bien : « Nous avons été confrontés à un opérateur web, qui nous a donné – et continue – du fil à retordre. » Ils y ont répondu en deux temps : « La mutualisation des acteurs dans un premier temps ; et la loi dans un second temps. La régulation est non seulement possible, mais elle est surtout indispensable. Le secteur du livre a pu résister grâce à la loi Lang du prix unique. »


« Pour le secteur du livre, la mutualisation des acteurs à travers Paris librairie fut l’une des parades très efficaces, parce que cette association promeut la spécificité des libraires. Nous avons tout de même plus de choses à apporter qu’Amazon. » Et cette association a permis aux professionnels de se mettre en relation et d’échanger, tout en travaillant à des projets communs. 

 

« Le second chantier, législatif, fut la PPL pour encadrer les conditions de vente – l’interdiction de cumuler la remise de 5 % et la gratuité des frais de port. Elle fut un support de dialogue et de pédagogie avec nos clients, qui, jusqu’à présent, ne se posaient pas la question de ce prix de vente. Aujourd’hui, elle intervient... c’est un grand pas. »

 

20 ans de socialisme, mais surtout une histoire véritable


Sur le terrain, Naza Chiffert fait d’abord face à des questions légitimes des électeurs : « Les gens veulent savoir si je suis de la gauche Hamon ou celle Valls. Depuis 20 ans que je suis au parti socialiste, je ne me définis ni par l’un ni par l’autre – heureusement ! » Au contact quotidien des clients de la librairie, elle revendique surtout une histoire personnelle et professionnelle avec le XVe arrondissement.

 

« Aujourd’hui, ces nouvelles technologies, nous ne pouvons pas en dire qu’elles changeront la vie, sans prendre en compte l’importance d’une régulation. Tout a commencé avec la librairie, puis AirBnB et la grogne des hôteliers, les taxis. D’autres secteurs suivront, notamment dans les services. La régulation a commencé, mais avec difficulté. Il a fallu ferrailler pour que des mesures figurent dans la Loi Sapin 2. »

Par ailleurs, la mesure concernant le reporting pays par pays a été retoquée par le Conseil constitutionnel. Ces questions sont primordiales, et souligne « l’Europe s’est saisie du sujet de l’évasion fiscale. C’est un enjeu de taille qui représente plusieurs 10aines de milliards par an qui sont soustraits à la richesse nationale ».
 

Le projet tient ainsi simplement dans cette approche : oui aux nouvelles technologies, non à la destruction de l’humain. Et elle-même associée à de petites structures, Naza Chiffert entend faire porter la voix des sociétés, PME et TPE : « On accueille le MEDEF à bras ouverts, alors que d’autres interlocuteurs, bien plus légitimes, ne sont écoutés que d’une oreille distraite. Pourtant, 50 % des emplois salariés en France sont issus de sociétés de moins de 50 salariés. »

 

Avec un profil de commerçant – « mais le livre n’est pas un produit comme les autres ! » –, elle connaît toutes ces problématiques, le RSI, l’augmentation des loyers commerciaux, les travaux de voirie, la concurrence de la vente en ligne… « Mon discours, c’est mon expérience professionnelle, pas une rhétorique apprise. Et dans le même temps, montrer que je suis un des visages du parti socialiste : pas ceux dont les médias parlent, mais certainement l’un des plus représentatifs. Je veux incarner une gauche humaniste, responsable et utile. »

 

Pour marquer cette appartenance à la librairie, Naza Chiffert a par ailleurs choisi de faire illustrer son programme par l’illustratrice Emmanuelle Teyras. « Elle a travaillé dans des conditions terribles : elle n’avait que 48 heures pour assimiler le projet, et réaliser des illustrations qui ressemblent à son univers. » 

 

Pourquoi cette approche ? Simplement « pour valoriser le travail des illustrateurs : dans l’édition, je trouve qu’ils sont déconsidérés, ou du moins pas assez pris en compte ». 

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