Ne pas sauver une bibliothèque juste parce que c'est une bibliothèque

Cécile Mazin - 31.10.2016

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Voilà peu encore, la Chambre britannique des Lords soulignait l’importance cruciale des bibliothèques, déplorant leur fermeture. Mais l’organisme caritatif, la Tinder Foundation, fait valoir que certains établissements doivent plier boutique. Parce que c’est ainsi que va le monde...

 

Abandoned Mansion - Beirut

Craig Finlay, CC BY 2.0

 

 

Dans un long développement, la directrice de la Tinder Foundation, Helen Milner, revient sur le sujet : « Je suis d’accord avec le fait que nous devons protéger les services essentiels, la connaissance et l’éducation pour les personnes les plus défavorisées de notre communauté. Je suis d’accord, il y aura un impact plus vaste, à long terme, si nous n’agissons pas. Je ne suis pas d’accord avec l’idée que les bibliothèques devraient disposer d’un “bon pour sortir de l’austérité”, pour la seule raison qu’elles sont des bibliothèques. » (voir ici)

 

Difficile de jeter plus gros pavé dans la mare des coupes budgétaires. Mais l’idée que développe la directrice est simple : l’accès au savoir ne s’effectue plus uniquement à travers les livres. « De plus en plus, la connaissance, l’éducation, l’histoire, les informations, et même la fiction sont disponibles en ligne. Les livres ne sont pas synonymes de connaissances et ne sont certainement pas synonymes de communauté », poursuit-elle.

 

L’intégration de la dimension numérique contemporaine faire partie pleinement des missions des bibliothèques, estime-t-elle. Si certaines effectuent « un travail incroyable pour répondre aux besoins », c’est avant tout parce qu’elles parviennent à développer des solutions numériques – par lesquelles les utilisateurs développent des compétences numériques.

 

La fin des sauf-conduits pour les bibliothèques

 

Pour les Lords, à l’occasion d’une séance mouvementée à la mi-octobre, la fermeture des établissements devait impérativement s’accompagner d’une prise de conscience. On s’apprête au Royaume-Uni à ouvrir de nouvelles prisons si des bibliothèques ferment. 

 

La directrice de Penguin Random House UK, Gail Rebuck, soulignait : « Renverser le déclin des bibliothèques et s’assurer que chaque école dispose de son propre lieu de prêt sera le moyen de renverser cette tendance, où nos jeunes perdent leurs compétences en lecture. [...] Nos performances médiocres affectent également notre économie. On estime que plus de 9 millions d’adultes en âge de travailler, en Angleterre, ont des compétences minimales, ce qui coûte à notre économie près de 80 milliards £ par an. »

 

Or, pour la Tinder Foundation, toutes les organisations sociales se sont adaptées au monde numérique et ses évolutions au sein de la société. Les bibliothèques, en revanche, n’ont pas été confrontées à cette évolution. « Alors que l’on aura de moins en moins d’argent, nous devons considérer que certaines bibliothèques doivent fermer. Il est temps que le financement dirigé vers les bibliothèques – et d’autres organisations communautaires – joue vraiment un rôle auprès de la communauté », continue la directrice. 

 

Et d’en rajouter une couche : « J’aime les bibliothèques. Mais je les apprécie quand elles réalisent leur potentiel. Quand ce n’est pas le cas, je crois qu’elles tirent l’institution vers le bas. J’estime qu’elles desservent le public. » Autrement dit, finis les sauf-conduits pour les bibliothèques, tant qu’elles ne s’impliquent pas plus en avant. Et que l’argent soit alors reversé à des organisations qui agissent concrètement pour le bien de tous. 

 

« Je crois que nous pouvons obtenir des bibliothèques si fortes, utiles et essentielles, que personne ne songera à les fermer. Mais nous n’y parviendrons pas en prétendant que toutes les bibliothèques sont brillantes, pour le seul fait qu’elles sont des bibliothèques. »

 

La lecture publique au cœur de l’actualité

 

Dans le projet de loi de finances 2017 que la Commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale examinera ce 3 novembre, la députée Marie-George Buffet expose un large projet de renouveau des politiques en faveur de la lecture publique. ActuaLitté, qui a diffusé ces informations en exclusivité, notait combien le gouvernement entend s’appuyer sur les bibliothèques pour lutte contre l’illettrisme, renforcer le lien social, mais également lutter contre les inégalités sociales et culturelles. 

 

La jeunesse française sera particulièrement ciblée, explique le document. « La perception de la lecture diffère selon les lecteurs. Si pour des bibliothécaires, le livre est synonyme de plaisir, d’évasion ou de connaissance, pour des personnes moins familiarisées avec la lecture, il peut s’apparenter à l’échec scolaire, voire intimider. Il est donc important d’aller au-devant de ces lecteurs potentiels, de les sensibiliser, d’introduire le livre dans les familles les plus en difficulté. Plusieurs acteurs, l’État, des associations, des institutionnels se rejoignent dans des actions d’éveil à la lecture, que ce soit en direction de la jeunesse ou des adultes. Toutefois, l’instrument majeur de cette sensibilisation reste la bibliothèque. »

 

Si l’importance de nouveaux services – accompagnement scolaire, opérations transversales avec les acteurs scolaires, etc. – était soulignée, la dimension numérique est, elle, presque totalement absente.