Neelie Kroes sur le départ : Une Europe 'en stagnation'

Antoine Oury - 27.10.2014

Edition - International - Neelie Kroes UE - Commission européenne - Agenda numérique société


De 2009 à 2014, Neelie Kroes fut commissaire européenne chargée de la société numérique, vice-présidente de la Commission européenne chargée de l'Agenda numérique. Elle a été remplacée, au sein de la Commission de Jean-Claude Juncker, par Günther Oettinger, que le Parlement européen a élu il y a quelques jours. Dans son dernier discours, Kroes ne se prive pas de quelques remarques bien senties.

 


NOG Brussel: Neelie Kroes

Neelie Kroes, en 2009 (Sebastiaan ter Burg, CC BY-SA 2.0)

 

 

« Je suis heureuse de m'adresser à vous pour la dernière fois en tant que commissaire européenne au numérique. Je ne veux pas laisser passer cette chance, ou vous faire perdre votre temps, vous m'excuserez donc d'être directe », prévient Neelie Kroes en introduction de cet ultime discours. « Je suis très inquiète que l'Europe continue de stagner, qu'elle observe des success stories, mais soit incapable de s'en saisir. »

 

On a vu mieux, pour marquer un départ : après 5 années à la direction de l'agenda numérique, Kroes pourrait au moins se féliciter de quelques-unes de ses actions. Certes, elle se félicite que « 7 Européens sur 10 soient connectés au moins une fois par semaine » : autrement dit, le vieux continent bénéficierait d'un des meilleurs accès à Internet au monde.

 

Mais, pour le reste, la commissaire sortante ne semble pas trouver de raisons de se réjouir : « Avant 1940, les innovations technologiques étaient européennes : téléphone, radio, télévision, ordinateur. » Même après la guerre, poursuit-elle, l'Europe a introduit le CD, le Bluetooth, et même les SMS : mais, depuis Internet, les États-Unis semblent avoir pris le monopole, tandis que les pays asiatiques constituent désormais leurs meilleurs opposants. « L'Europe est reléguée à l'arrière-plan. »

 

D'après Kroes, l'espace politique est désormais coupé en deux : une « Europe optimiste », celle des start-ups qui innovent et créent de nouveaux services, et « une Europe qui a peur de l'avenir numérique. De ces nouveaux emplois de classe moyenne qui vont apparaître. [...] Qui apprécie l'idée d'ériger des murs. » Kroes nuance : « Les deux partis ne sont pas à suivre à 100 % », mais il n'est pas difficile de deviner lequel elle soutient — et celui auquel elle s'oppose.

 

On se souviendra qu'en juillet dernier, la commissaire à l'agenda numérique avait retoqué le Livre Blanc sur la modernisation du droit d'auteur, en prétextant que la partie des propositions de l'Union européenne n'était pas suffisamment ambitieuse. Le Livre Blanc est toujours attendu, mais ne devrait plus tarder dès lors que la nouvelle commission est en place.

 

Le départ de Kroes fait craindre un certain manque d'innovations de la part du remplaçant, Oettinger, réputé pour être plus conservateur. Néanmoins, les industries culturelles ne vont pas s'en plaindre : toute la chaîne du livre, du CNL aux libraires, en passant par les éditeurs, a souligné l'importance du copyright et du droit d'auteur.

 

« À titre personnel, je suis ravi de la nomination de Mr Oettinger, pour le moment. Nous sommes passés de Mme Kroes, dont on connaît les positions ultralibérales, à un commissaire plus soucieux de réaffirmer le principe du droit d'auteur, ce qui n'exclut pas de le moderniser », nous expliquait même Vincent Monadé, président du Centre National du Livre.

 

L'intégralité du discours, en anglais, à cette adresse