Négociation sur le prix des ebooks, enfer pavé de bonnes intentions

Louis Mallié - 29.08.2014

Edition - International - Auteurs - Author United - Conflit Hachette/Amazon


Dans le cadre d'un documentaire réalisé sur le conflit Hachette/Amazon, l'émission The Report de la station Radio 4 de la BBC questionnait quelques écrivains anglo-saxons. L'occasion de connaître leurs opinions personnelles sur la firme. Et chose étonnante, lorsque le monde entier ou presque semble se dresser contre Jeff Bezos, les plumes sondées sont plutôt partagées. Germaine Greer, Douglas Preston, et Alexander McCall Smith étaient du panel. 

 

 

Germaine Greer, CC BY 2.0

 

 

Réalisé à l'occasion de l'Edinburgh International Book Festival, le documentaire donnait à entendre de nombreux témoignages de visiteurs, avouant préférer payer plus cher dans leurs librairies locales, plutôt que de le commander sur Amazon. Mais au milieu de ces critiques, l'opinion de l'auteure australienne Germaine Greer, vient fortement nuancer cette tonalité générale.

 

« Amazon souhaite vendre des ebooks moins chers, et ils devraient pouvoir le faire », explique l'auteure de The Female Eunuch. Celle-ci semble en effet voir en les ebooks un produit culturel à même d'être plus accessible que le livre papier. « Ils devraient coûter moins cher parce qu'ils n'ont pas à être reliés, imprimés, dessinés, etc. Si vous faites l'impasse sur tout cela, il ne vous reste plus qu'un filet de texte sur un Kindle, et qui devrait honnêtement coûter seulement quelques pennies. » Une idée sûrement appréciée par la firme américaine, qui s'est déjà plainte des prix « excessivement élevés » des ebooks des éditeurs, assurant que des prix plus bas permettaient de vendre plus... 

 

Questionnée quant à la raison pour laquelle les gens se dressent contre Amazon, Germaine Greer n'a pas hésité à pointer « un attachement irrationnel au livre papier. Ils pensent qu'un livre est une chose méritante en elle-même. » Également interviewé, Douglas Preston, auteur à l'origine de la campagne Author United, ne reconnaît pas autant la valeur de la firme de Jeff Bezos, qu'il n'hésite d'ailleurs pas à comparer à Napoléon (entre autres). 

 

Preston confie : « Je pense que Jeff Bezos est plus un évangéliste qu'un homme d'affaires. Il s'imagine qu'il est en train de rendre le monde meilleur et je crois même que gagner de l'argent l'intéresse moins que cela. Cela pourrait être une bonne chose, mais si vous regardez l'histoire, vous vous apercevrez que ce sont les personnes qui s'imaginaient bien faire, y croyaient dur comme fer, qui ont causé le plus de ravages. Je pense par exemple à Napoléon, ou encore à Donald Rumsfeld, plus récemment. »

 

Même si on connaît le penchant de la firme pour le réinvestissement, la comparaison ne craint pas l'hyperbole… Ou alors, peut-être le distributeur entendrait-il envahir l'Irak avec ses éventuels drones ?

 

L'auteur écossais Alexander McCall Smith, publié chez Little, Brown and Company (une maison de Hachette) a quant à lui donné un avis moins passionné que ses deux confrères. Ni pour ni contre Amazon, il souhaite avant tout la réconciliation avec les éditeurs, n'oubliant pas les bonnes ventes qu'a souvent permis de réaliser Amazon. « Bon nombre de mes livres ont été vendus sur Amazon, et, si les gens souhaitent acheter sur Amazon, j'en suis ravi. J'espère qu'ils parviendront à résoudre leurs malentendus et leurs difficultés avec les éditeurs. »

 

Mais malheureusement, à une heure où, après avoir gagné l'Allemagne, le conflit touche le Japon, la réconciliation semble encore bien lointaine…

 

Via The Bookseller