Négocier la vente d'un manuscrit à un éditeur, le rôle de l'agent littéraire

David Pathé Camus - 02.10.2019

Edition - Société - Agent littéraire - trouver éditeur - manuscrit éditeur


DOSSIER – Le livre est un commerce, avant de devenir une lecture. Dans les coulisses, bien avant de se précipiter sur son canapé avec une tasse de thé, café ou autre, pour savourer une histoire, il faut parler d’argent. David Pathé-Camus, écrivain, agent littéraire et traducteur propose de détailler les processus de cet achat, quand l’ouvrage n’est encore qu’un manuscrit.



 
J’ai coutume de dire qu’on peut juger de la qualité d’un éditeur à la manière dont son offre est rédigée. De même, j’ai remarqué plusieurs fois qu’un mail très long — où l’éditeur s’étend en long et en large sur les raisons pour lesquelles il veut publier l’œuvre soumise à son attention — s’accompagne souvent d’une toute petite offre. 

En tout cas, force est de constater que, dans la plupart des cas, les « gros » éditeurs ne sont pas gros par hasard. Souvent, leur offre est bien présentée, bien argumentée. On sait pourquoi ils veulent acquérir l’œuvre, comment et quand ils comptent la publier, et à quelles conditions. 

Leur offre comprend généralement l’ensemble des paramètres permettant de poser les premières bases du contrat : 

– Dans quel(s) territoire(s) l’œuvre sera-t-elle exploitée ?
– En quelle(s) langue(s) ? 
– Pendant combien de temps ? (Et à partir de quand.)
– Quel est le premier tirage envisagé ?
– Quel est le prix de vente envisagé ?
– Quand l’œuvre sera-t-elle publiée ? 
– Montant de l’à-valoir versé à l’ayant droit ?
– A-valoir sur quel type de droits ? 
– Quelles royalties l’auteur percevra-t-il ? (C’est-à-dire, quel pourcentage du PPHT de l’œuvre l’auteur touchera-t-il.) Pour quels formats ? Quels sont les paliers ? 
– Quelles royalties pour les droits numériques ? Sur quelle base sont-elles calculées ? Quels sont les paliers ? 
– Quid des droits seconds et dérivés ? 
– Quid des droits étrangers ?
– Quid de la provision sur retours ? Quel pourcentage ? Quelle durée ? 
– Critères permettant de considérer que l’œuvre n’est plus exploitée de manière « permanente et suivie » ? 

Voici pour les points principaux. Tout cela est à affiner, bien sûr, mais l’essentiel est là. Il arrive que l’on négocie un plan « marketing » visant à promouvoir l’ouvrage, mais c’est assez rare. L’offre peut également comprendre un « bonus » (en cas de sortie d’un film, par exemple, ou si telle quantité d’exemplaires est vendue sur une durée prédéterminée, ou que sais-je encore), mais c’est rare aussi. 

Dans tous les cas, l’ensemble des « spécificités » propres à l’ouvrage et à son exploitation sont discutées par l’agent et l’éditeur, et se retrouvent dans le contrat. 

Tout cela peut sembler un peu rébarbatif au néophyte, mais j’avoue que j’aime beaucoup ces moments. L’œuvre commence à vivre sa vie commerciale. L’éditeur et moi la dessinons, la préfigurons. Alors oui, je trouve les négociations émouvantes, parce qu’elles se font à deux, et que nous sommes tous les deux — l’éditeur et moi — penchés sur l’échographie du livre que l’auteur a porté si longtemps en lui, et qui va bientôt sortir au grand jour.

Parfois, il y a des allers et retours, des va-et-vient — nous négocions —, et alors on dirait une valse. L’éditeur et moi échangeons des chiffres, des pourcentages, des conditions, des durées. Toutes sortes de paramètres entrent en compte. J’ai l’impression de faire l’amour, c’est très érotique. Et c’est aussi une façon, pour l’agent, de voir à quel point l’éditeur est investi — ou non. 
 
Prochain article : La négociation — partie 2

Précédemment : l'agent littéraire et son bâton de pèlerin

Dossier - Profession : agent littéraire, un métier mal connu


Commentaires
Je n'ai jamais trouvé la négociation des contrats particulièrement érotique. La prochaine fois, j'essayerai de me mettre dans cet état d'esprit. Qui sait, j'obtiendrai peut-être de meilleures conditions.
Pour l'écrivain moyen, trouver un éditeur est un parcours du combattant et le plus souvent il n'ose s'adresser au " gros-grassi & co. Du coup il saute sur le premier éditeur à se présenter et se fait le plus souvent rouler dans la farine,en se débattant, protestant ou autre mais son ego reste à la hauteur de sa désespérance. Celui qui résiste a pourtant gagné et devinez qui cela peut être????
"Le livre est un commerce, avant de devenir une lecture"

Tout est dit dès le chapô. Les livres qui sont à lire et pas à vendre se trouvent en bibliothèque. Emprunter plutôt qu'acheter, pour mettre au pas ce cavalier fou qu'est devenu le monde de l'édition.
Ayant lu les articles précédents avec un intérêt décroissant, après y avoir trouvé une proportion de rhétorique excessive par rapport aux faits et aux informations solides, j'abordais celui-ci avec scepticisme. A mi-hauteur de la page, j'étais en train de changer d'avis : des statistiques, des conseils sur ce qu'il faut observer en recevant une offre d'un éditeur, des rubriques de types de droits auxquels penser, toutes sortes de choses utiles... et puis voilà que ça a recommencé, ces formules creuses qui me laissent l'irrésistible impression que l'agent s'écoute écrire ou se dresse, disons, une statue - pour rester décent. Arrivé au passage où l'agent explique à quel point il est heureux de négocier les droits d'un livre seul avec l'éditeur, sans mentionner jamais l'auteur, j'ai éclaté de rire (jaune) puis en ai eu assez. Non, je ne prendrai pas d'agent littéraire, pas celui-ci en tout cas : la couleur est annoncée d'emblée, l'agent n'est qu'un rapace supplémentaire pour partager un gâteau déjà bien maigre sur le dos de l'écrivain-e. "J’ai l’impression de faire l’amour, c’est très érotique" ? Avant de commettre de telles clichés dans un article, l'agent aurait dû garder en tête que c'est aussi sur la base de sa prose que les auteurs potentiellement intéressés évaluent sa capacité à relire et d'améliorer un manuscrit littéraire. Avec des fautes de goût pareilles, non merci...
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