Nigeria : L'édition aux prises avec la contrefaçon et le piratage

Clément Solym - 31.10.2014

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Avec des auteurs de renommée internationale comme Chinua Achebe ou encore Wole Soyinka, le Nigeria dispose d'un secteur créatif et dynamique. Même dans le monde du cinéma, avec une industrie baptisée Nollywood, le pays a dépassé l'Afrique du Sud sur le plan économique. L'International Publishers Association propose un focus complet sur l'industrie du livre dans le pays, confrontée à un vif problème de contrefaçon.

 

 

 

 

Laurent Aladesuyi, secrétaire général de l'Association nigériane des éditeurs, explique que l'économie des industries créatives est littéralement paralysée par « un piratage chronique et endémique. On estime que les ventes illégales comptent pour 75 % du marché du livre ». Autrement dit, un véritable gouffre pour les éditeurs, qui font face à une menace protéiforme. 

 

N'importe qui, équipé d'une imprimante, peut alors devenir un pirate, assure-t-il. Des copies illégales, il est particulièrement simple d'en réaliser dès lors que l'on a la machine nécessaire pour effectuer un duplicata du livre. Mais des reproductions illégales interviennent aussi depuis l'extérieur, en particulier venant d'Extrême-Orient. Bien entendu, les traductions pirates font aussi partie du problème, puisque l'on peut acheter des ouvrages traduits sans l'accord de l'ayant droit. Sans compter les livres numériques qui circulent, en toute impunité.

 

Plus internationale, et surtout « plus sophistiquée que jamais », la contrefaçon s'est largement développée, pour atteindre un niveau quais professionnel dans le monde du livre. « Les anciens barons de la drogue, et les blanchisseurs d'argent se sont reconvertis dans le piratage de livres venus d'outre-mer, parce que le risque est faible », assure le secrétaire général. En outre, les progrès dans l'impression font que même les éditeurs ne sont pas en mesure de distinguer la copie authentique de la contrefaçon. 

 

Il suffit qu'un seul exemplaire, ou plus encore, soit envoyé par voie numérique, pour que se déploie l'offre pirate, et que les copies soient vendues. Même si les solutions existent pour lutter, elles semblent pourtant bien dérisoires. Laurent Aladesuyi évoque un contrôle sur les points d'impression, avec, par exemple, l'obtention d'un droit d'imprimer, sous la forme d'une autorisation délivrée par le pays, ou l'Association des éditeurs. C'est aussi du côté des douanes que les contrôles pourraient être améliorés, ainsi que dans le renforcement des sanctions contre les pirates traduits en justice. 

 

« Au niveau du gouvernement, les questions de piratages devaient attirer l'attention tout autant que celles du blanchiment d'argent, des trafics de drogues », insiste-t-il. Mais, plus encore, c'est du côté de la population qu'il faudrait entreprendre des campagnes d'informations pour sensibiliser les habitants – un effort de pédagogie indispensable en l'état. L'association nigériane des éditeurs est toute disposée à s'impliquer, pour lutter contre le piratage, mais le renforcement de sa capacité d'action ne posera pour rien, sans un soutien réel des pouvoirs publics.