Nigeria : sans politique du livre, pourquoi inciter à lire ?

Clément Solym - 14.03.2011

Edition - Société - lecture - nigeria - president


La publication d'un livre de conversations signé par le président Goodluck Jonathan (en photo), président du Nigeria depuis mai 2010, a fait du bruit. Surtout lors de son lancement, à prompt renfort de musique, chants, danses et d'un petit événement local...

Réunissant des conversations sur la politique, le monde, la vie, que le président a pu avoir sur Facebook, avec ses amis, Goodluck souhaitait avant tout ouvrir son peuple, « encourager une culture de la lecture et promouvoir une gouvernance responsable à tous les niveaux ». (notre actualitté)

L'intention est belle, l'enfer en fera ses pavés...

Ogunlesi Tolu, poète et essayiste s'interroge d'autant plus : quel est l'intérêt d'inciter à lire un pays qui ne peut pas se permettre d'acheter des livres ? Quel est réellement le fondement de la campagne présidentielle lancée - dans laquelle la lecture avait une place majeure - sans qu'il n'existe de financement pour aider les artistes, soutenir la production de livres ou accordée d'aider dans le cadre d'une politique nationale du livre ?

En fait, le principal moteur éditorial dans le pays semble bien l'autoédition, où les imprimeurs font fortune. A cela s'ajoute un taux d'alphabétisation très important (70 % du pays, précise le poète), et la moitié des 150 millions d'habitants qui vit dans une très grande pauvreté.

Que représente une campagne invitant à la lecture, quand un livre de poche incarne un véritable luxe ? « La campagne Bring Back the Book est un impératif de survie national et progressiste, qui doit transcender les gouvernements... Nous n'avons pas d'autre choix que de lire et d'encourager à lire, et lire, et lire encore », clame le président.

Mais la réalité rattrape : Niyi Osundare, qui enseigne à l'université de la Nouvelle-Orléans, outre-Atlantique, s'explique : « L'an passé, entre janvier et mai, j'ai reçu près de quinze demandes en provenance du Nigeria - les étudiants de ces différentes universités m'ont demandé de les aider parce qu'ils travaillaient sur mes poèmes et ne savaient ni où, ni comment obtenir mes livres. » Terrible ironie, qu'un poète dont les oeuvres ne sont pas disponibles sur le sol de sa naissance !

Depuis 2004, les campagnes incitant à la lecture sont nombreuses dans le pays, mais aucune d'entre elles n'a posé clairement les enjeux ni donné les moyens de doter le pays d'une politique du livre. Et le niveau d'alphabétisation risque d'empirer encore, alors que les étudiants n'obtiennent pas les notes nécessaires pour accéder à l'université... (via Publishing Perspectives)