NO TAV : un écrivain italien accusé d'incitation au crime

Nicolas Gary - 10.06.2014

Edition - International - Erri De Luca - Train grande vitesse - Italie opposants


L'écrivain italien Erri de Luca a été inculpé pour incitation au sabotage pour la ligne de train à grande vitesse qui est sensée relier Lyon à Turin. Au travers de différentes interviews, il a invité à mener des actions contre ce train - et se défend en invoquant la liberté d'expression. « Le TAV [NdR Treno a alta velocità, ou train à grande vitesse] doit être saboté », n'est pas non plus une déclaration de non-violence...

 

NO TAV scozzesi!!

L'omino con la Canon, CC BY 2.0, sur Flickr

 

 

Le mouvement du NO TAV est né dans la seconde moitié des années 90, dès lors que le projet de liaison à grande vitesse - 220 km/h - a été présenté. Et l'écrivain italien compte parmi les opposants. Il a été présenté devant les procureurs de Turin,  Andrea Padalino et Antonio Rinaudo, soutenant que livrer son opinion n'est pas un crime. « Je suis fier d'être accusé de délit d'opinion », assure-t-il. 

 

Mais pour les juges, les propos de l'auteur ne sont pas de simples opinions : il possède une grande influence, et certainement une forte écoute auprès du peuple italien. On ne parle pas de débat, selon les juges, mais bien d'exhortations à des actes criminels. En septembre 2013, De Luca avait assuré : « Le sabotage est nécessaire pour comprendre que le TAV est un projet qui est nuisible et inutile. »

 

 

"Le projet du TAV dans le Val de Susa provoque des dommages catastrophiques

pour l'air, l'eau, le sol, et la santé publique de cette terre, et il est aussi grotesquement inutile."

 

Mais de Luca ne se laisse pas démonter : d'abord, le tribunal de Turin est surchargé, avec plus d'un millier de poursuites contre les membres du mouvement NO TAV. Il évoque également des détournements d'argent public, de corruption autour de ce projet. 

 

L'audience préliminaire du 6 juin visait à comprendre l'enjeu du procès, déterminer si les mots prononcés et l'incitation au sabotage pouvaient être recoupés. L'avocat de De Luca continue de plaider en faveur de la liberté d'expression de son client, tout en démontrant que les mots ne sont pas des crimes en soi, dans le cas présent. 

 

L'écrivain, de son côté, est toujours disposé à se confronter aux détracteurs. « Une opinion n'est pas négociable, c'est un droit indiscutable », jure-t-il. Dans cette lutte, il a reçu le soutien de plusieurs intellectuels italiens, comme Fiorella Mannoia, Luca Mercalli et le père Alex Zanotelli

 

Matteo Renzi, premier ministre italien, se retrouve également en première ligne dans ce dossier. Ancien maire de la ville de Florence élu en 2009, il était concerné par la création d'une ligne à grande vitesse Florence-Bologne.