Noces extraordinaires : Christian Lacroix illustre La Princesse de Clèves

Nicolas Gary - 17.10.2018

Edition - Les maisons - Christian Lacroix Gallimard - Princesse Clèves Lacroix - Madame Lafayette Princesse


Jusqu’au 24 novembre, la Galerie Gallimard propose de découvrir peintures, aquarelles, collages et dessins de Christian Lacroix, ayant été repris dans l’illustration de La princesse de Clèves. Une exposition inaugurée ce 16 octobre, en présence de l’artiste. 


 
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

Une cinquantaine d’œuvres, illustrations réalisées pour illustrer l’ouvrage de Madame de Lafayette sont à découvrir, accompagnées de céramiques produites spécifiquement pour la Galerie. L’immortelle princesse a inspiré le couturier, devenu costumier de la Comédie française, entre autres. Relire La Princesse ? Oui, sans hésitation, mais plus encore à la lumière de ce magnifique Beau livre, façon Blanche en très grand format. 
 

Les plus grands retouvés, dans une étrange modernité

 

L’ouvrage marque immédiatement pour le travail réalisé sur la couleur, mais le parcours de Christian Lacroix ne laissait aucun doute sur le sujet. Alternant des collages de photos, avec des bijoux et des tissus, les personnages en dégagent une énergie folle, tant chez les femmes que les hommes.

 

Au rang des peintres et artistes qui surgissent au fil des pages, on retrouve aisément Vélasquez, Magritte, certains traits de Cocteau ou encore la déstructuration des visages qui n’est pas sans rappeler les œuvres de Picasso ou celles de Francis Bacon... 

 

Quand on bascule vers l’encre, les personnages deviennent ceux de Giacometti. Les silhouettes, elles, font revenir à l’esprit une manière de travailler d’Édouard Vuillard.

 

Toute une étrangeté qui confère une véritable modernité. Le papier Tintoretto Neve, avec ce format gigantesque, c’est une sensation toute particulière qui se dégage. Et au fil des pages, les matières employées prennent véritablement vie : encre, gouache et acrylique (tout particulièrement quand il est associé à des collages) ou encore aquarelle... jusqu’à la palette graphique.

 

Sublime, sensuelle, picaresque, foisonnante, libertaire : toute la puissance et l’humilité du créateur au service de l’œuvre. Voilà qui est sublime. La mise en page du texte, celui de l’édition de La pléiade, exprime une préciosité qui rend plus encore l’époque où, en 1678, originellement et anonymement, fut publié le roman...

 

Exposition Christian Lacroix illustre La princesse de Clèves
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
Tirage de tête, édition limitée

 
 

Relooking express aux éditions Gallimard...


Antoine Gallimard, PDG de la maison éponyme, sourit en entendant parler de relooking : « C’est plutôt une rencontre, une belle rencontre. Et je suis certain que cela fera plaisir à Nicolas Sarkozy. Car bien entendu, nous avons pensé à lui en faisant ce livre ! »

 

Facétieux : personne n’a oublié qu’en 2008, le président de la République s’en était pris à Madame de Lafayette. « L’autre jour, je m’amusais, on s’amuse comme on peut, à regarder le programme du concours d’attaché d’administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d’interroger les concurrents sur La Princesse de Clèves », déclarait-il. 

 

La maison Gallimard y fait d’ailleurs allusion dans la présentation du livre, pudiquement que le roman « a été récemment au centre d’une polémique ». 

 

L'album photo de l'exposition 


Et le PDG de reprendre : « Ce livre est fait pour lui, pour l’inviter à relire La Princesse. » Mais plus sérieusement, « cela montre qu’il y a des noces extraordinaires entre la littérature et la peinture. Nous avions là une occasion, avec un texte qui ne demande qu’à être lu. Et puis, la maison a toujours, historiquement, été proche des peintres ».

 

Christian Lacroix, poursuit-il, « c’est l’inventivité des couleurs, des dessins qui semblent vivants, prêts à sortir du cadre et nous parler. Avec beaucoup d’audace et de diversité : il en faut, pour donner une dimension picaresque à La Princesse ». 

 

Avec un livre de cette ampleur (32 x 25 cm), c’est avant tout une manière « d’embellir et magnifier le livre, dans sa dimension d’objet pour donner aux gens le goût d’aller découvrir des livres ».


La princesse de Clèves illustrée par Christian Lacroix
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

“La modernité du texte m'a touché”


L’artiste, lui, se souvient du roman et d’un personnage « dont tout le monde a été amoureux. Il fait partie des mythes de la littérature. J’avais déjà produit une couverture pour une autre édition, et, quand Anne Lagarrigue m’a fait cette proposition, j’ai senti que ce serait un projet phare dans ma carrière ». 

 

Christian Lacroix marque une pause, sourit et reprend : « Non, je n’exagère pas, c’est la première fois que je fais une exposition avec des peintures et des lithographies. Toute l’organisation fut chargée d’émotion. »

 

Le projet mentalement s’est structuré de sorte qu’il ne serait pas question de robes ni de personnages. « La couture, c’était autre, chose, il y a longtemps. En revanche, cela aurait pu être des ciels représentant une humeur, par des couleurs différentes selon ce qui se passait. » Après tout, faire appel à Christian Lacroix, « c’est pour la couleur, le tissu et un peu blomblomblom (sic) », ajoute-t-il en agitant la main, tout souriant.

 

« La Princesse, c’est sa modernité qui me touche. Dès que l’on passe le cap des premières pages, que l’on trouve le rythme de ce français, on devient addicte, comme avec les alexandrins. Ce que l’on ressent avec le cinéaste Éric Rohmer. » Moderne et contemporain : après tout Christophe Honoré en avait produit une libre adaptation avec Léa Seydoux et Louis Garrel, La belle personne, en 2008. Qui se déroule dans un lycée...


La princesse de Clèves illustrée par Christian Lacroix
Antoine Gallimard - Christian Lacroix – Laure Gallimard – Charlotte Gallimard
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

Les grandes inspirations

 

Quant au clin d’œil à Sarkozy, l’artiste y préfère la coïncidence du remaniement ministériel. « Nous avons le maire de Coulommiers qui devient ministre de la Culture. Or, le prince et la princesse, quand ils se rendent dans leur maison de campagne, c’est justement à Coulommiers. Ça, c’est très plaisant ! »

 

Quand on lui parle des sources d’inspiration, Velasquez, par exemple, Christian Lacroix exulte. « Oui, lui, et Greco, Goya, et Picasso, bien entendu Picasso. J’ai un tropisme espagnol, définitivement, sans l’être le moins du monde, contrairement à ce que certains ont cru. Alors, oui, il est vrai que je suis souvent en Catalogne parce que j’y ai des attaches sentimentales. »

 

Résidant à Arles, « une ville à la frontière de l’Espagne et de l’Italie », il parle de « convergence des civilisations. Plusieurs de mes amis d’enfance avaient des parents, ou grands-parents, qui quittèrent l’Espagne de Franco ou l’Italie de Mussolini. Arles, c’est la rencontre de ces mondes ».

 

Et l’audace du picaresque ? Avec un geste évasif, il rit : « Oui, il y a bien quelques chevaux qui se promènent. Comme une sorte d’erratisme. » La corrida alors ? « Oh, ça, je suis né dedans, je l’ai dans les gènes, dans les veines. Je lui dois beaucoup, dans la manière dont j’ai abordé théâtralement le travail des costumes et même pour la mode, consciemment ou non. »

 

Alors, une Princesse sur les planches ? Oui et non. En revanche, le souvenir du film de Jean Delannoy, daté de 1961, avec Marina Vlady et Jean Marais, est encore frais. « Cocteau avait participé au scénario et c’est Pierre Cardin qui en avait fait les costumes. Et cette couverture de Paris Match, où l’on voit Marina Vlady toute habillée en princesse, elle est gravée dans la mémoire. »

 

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Madame de Lafayette, illustrations de Christian Lacroix – La Princesse de Clèves – Gallimard – 9782072738494 – 42 €




Commentaires
sans oublier le duc Francois de la Rochefoucault j'espère exclaim
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