“Non à la haine” : Leïla Slimani quitte les réseaux sociaux

Clément Solym - 20.10.2020

Edition - Société - Leïla Slimani haine - réseaux Leïla Slimani - haine réseaux sociaux


Avec la couverture d’un livre de Jean d’Ormesson, Leila Slimani, prix Goncourt 2016, passe le message tout simplement. « Au revoir et merci » n’a rien d’une fin de discours présidentiel : c’est le dernier mot de la romancière adressé aux followers des différents réseaux sociaux. 

Leïla Slimani - Librairie Decitre à So Ouest

 
« Aujourd’hui j’ai décidé de quitter définitivement les réseaux sociaux, de ne plus utiliser Instagram ou Facebook. Je ne veux plus cautionner des réseaux où la haine s’étale sans filtre, où aucune surveillance n’existe, où c’est le règne de l’impunité et de la démagogie », écrit-elle.

Et plus encore, de dénoncer ces créateurs, dans les bureaux de la Silicon Valley, qui « n’ont aucun compte à rendre ». 

Ce départ n’est pas sans regret : les amis manqueront, poursuit Leïla Slimani, d’autant que « leurs posts amusants, littéraires, poétiques m’ont touchée et fait rire ». Elle reconnaît aussi avoir pu faire des rencontres, dialoguer, mais estime que ces choses continueront, par d’autres canaux. 
 
Au bilan de cette présence, plus ou moins active : « J’ai pu y parler de mon travail, faire connaître mes livres et rencontrer des lecteurs. Mais tant que ces réseaux seront une arène où les fanatiques, les haineux, les racistes tordront le concept de liberté d’expression à leur profit ce sera sans moi. »

La puissance des réseaux est née du nombre des utilisateurs, et finalement, même si elle ne le dit pas ouvertement, de cet excès permanent que favorisent les outils.

« Ce soir je me déconnecte pour de bon, le temps de vous dire au revoir et merci. Ce soir je fais silence et mon silence est un hommage à ceux que la haine a tués. »
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Aujourd’hui j’ai décidé de quitter définitivement les réseaux sociaux, de ne plus utiliser Instagram ou Facebook. Je ne veux plus cautionner des réseaux où la haine s’étale sans filtre, où aucune surveillance n’existe, où c’est le règne de l’impunité et de la démagogie. Et où leurs fondateurs, dans leurs bureaux de la Silicon Valley, n’ont aucun compte à rendre. Je ne peux pas faire comme si mes amis n’allaient pas me manquer, leurs posts amusants, littéraires, poétiques m’ont touchée et fait rire. J’ai pu y rencontrer des gens, entrer en dialogue avec eux et je suis sure que je trouverai de nouveaux moyens de le faire. J’ai pu y parler de mon travail, faire connaître mes livres et rencontrer des lecteurs. Mais tant que ces réseaux seront une arène où les fanatiques, les haineux, les racistes tordront le concept de liberté d’expression à leur profit ce sera sans moi. Ces réseaux ne sont puissants que parce que nous y sommes si nombreux. Ce soir je me déconnecte pour de bon, le temps de vous dire au revoir et merci. Ce soir je fais silence et mon silence est un hommage à ceux que la haine a tué. Envoyez moi vos coordonnées en MP pour ceux qui veulent continuer le dialogue en tête à tête. Today, I have decided to leave social networks for good, not to use Instagram or Facebook anymore. I no longer want to endorse networks where hatred spreads without filters, where no surveillance exists, where impunity and demagogy reign. Good bye and thank you! #nonalahaineenligne #nouspouvonsagir #ceserasansmoi

Une publication partagée par Leila slimani (@leilaslimanette) le



Et l'on s'en doute, ce départ provoque des réactions. Celles de Gilles Cohen-Solal est détonnante : « Que Leila Slimani quitte les réseaux sociaux, et je ne vais pas polémiquer sur l’utilisation qu’elle en a fait pour construire sa notoriété, franchement ça m’en gratouille une sans chatouiller l’autre ! Mais utiliser ce titre et cette couverture est indécent pour illustrer la fuite, sinon la lâcheté ! C’est maintenant et aujourd’hui et partout qu’il faut être pour se battre contre l’Islamisme radical ! Ici, maintenant et partout !!! Laisser le champ libre est pire qu’une erreur, une faute ! Mais chacun son opinion, chacun sa liberté. »
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

.... Quand Leila Slimani @leilaslimanette quitte les réseaux sociaux... Elle utilise pour l’illustrer un titre de #jeandormesson qui n’est pas dans le domaine public que je sache... La propriété intellectuelle n’est pas le sujet... Le sujet c’est la fuite et utiliser cette couverture est une insulte au courage et à l’engagement dont #jeandormesson a fait preuve tout au long de sa vie et de ses combats politiques que l’on soit d’accord ou pas! Que Leila Slimani @leilaslimanette quitte les réseaux sociaux, et je ne vais pas polémiquer sur l’utilisation qu’elle en a fait pour construire sa notoriété , franchement ça m’en gratouille une sans chatouiller l’autre ! Mais utiliser ce titre et cette couverture est indécent pour illustrer la fuite, sinon la lâcheté ! C’est maintenant et aujourd’hui et partout qu’il faut être pour se battre contre l’Islamisme radical ! Ici, maintenant et partout !!! Laisser le champ libre est pire qu’une erreur , une faute! Mais chacun son opinion, chacun sa liberté . Je ne laisserai jamais aucun espace aux Nazislamistes!!! Réfléchissez y bien... « Ni oubli, ni pardon, ni espace, ni tranquillité? » Je persiste et je signe @gillescohensolal #leshashtagsonsenfout

Une publication partagée par Gilles Cohen-Solal (@gillescohensolal) le


mise à jour : 


La romancière a d'ailleurs mis sa promesse à exécution, en supprimant la totalité de ses comptes sociaux, entraînant la disparition du message même.


Dossier - Lecteurs, communauté et réseaux sociaux : promouvoir le livre

crédit photo : ActuaLitté, CC BY SA 2.0


Commentaires
Rappelons que c'est aussi l'Ambassadrice de la France auprès de la Francophonie et qu'à ce titre sa décision est très critiquable car ce sont les réseaux sociaux qui permettent aujourd'hui aux francophones du monde entier d'échanger et de créer une vraie communauté francophone. Ils sont d'ailleurs aujourd'hui les principaux moyens de communication du service des langues du Ministère de la Culture, de l'Organisation Internationale de la Francophonie et de TV5Monde.

Grâce à eux, la Journée du Manuscrit Francophone existe et touche 12 millions de francophones!!

Plutôt que de partir des réseaux sociaux, Madame Slimani pourrait faire preuve de courage comme Samuel Paty et publier sur son compte les caricatures.
Saluons l'héroïque Gilles Cohen-Solal qui combat comme un héros les djihadistes et les fanatiques sanguinaires sur les réseaux sociaux !

Oui ils tremblent et ce n'est que justice...

Ils nous imploreront de signer un armistice à nos conditions, vaincus par les réseaux sociaux et les tweets fermement réprobateurs !

Insensé comme certains semblent avoir perdu le sens de la réalité et du ridicule.

Effectivement, Jean D'Ormesson n'a jamais eu besoin de dire «au revoir et merci» aux réseaux sociaux...

Il s'agissait de son adieu et de son merci à la vie.

Bien réelle -et comment -et non virtuelle, arraisonnée, vampirisée, phagocytée, déformée, rapetissée par l'empire numérique totalitaire dont il ne faut user selon moi qu'avec de très grandes facultés de recul et de lucidité.

Je ne comprends pas bien le sens exact de la démarche de Slimani mais peu importe.

Plutôt une tempête dans un dé à coudre empli d'eau.

CHRISTIAN NAUWELAERS
Je viens de lire le message du La Journée du Manuscrit Francophone...

En ce qui me concerne, je m'en prends à la vacuité et à la bêtise souvent agressive, stérile mais parfois toxique voire mortelle de tant de posts, de tweets etc. que je lis ou dont on parle dans l'actualité.

Je ne doute cependant pas que les réseaux sociaux sont importants...

J'avoue ignorer de quelle façon ils sont les principaux moyens de communication du service des langues du ministère de la Culture, de l'Organisation internationale de la francophonie et de TV5 Monde.

Et de la Journée du Manuscrit Francophone.

Je ne pensais pas à cet aspect-là dans mon message précédent.

En ce qui me concerne, je crois toujours au grand impact que peuvent provoquer des articles, chroniques voire tribunes collectives qui peuvent se hisser bien au-dessus de cette profusion indifférenciée et donc assommante des réseaux sociaux.

Un océan de communication certes mais dans lequel on peut se noyer...et il n'est pas moins pollué que ceux dont la vraie vie réelle de l'humanité est issue.

Je ne sais pas ce que pense aujourd'hui une JK Rowling de sa présence plus que controversée sur les réseaux sociaux si violents et sans règles ni lois.

Mais je suis très loin d'être un spécialiste de ce sujet, on l'a compris.

Si Leila Slimani ne quittait pas les réseaux et osait republier les caricatures sur son compte, dans ce cas j'applaudirais.

Et oui ce serait -dans un cas comme celui-là -extrêmement encourageant et important.

Plus courageux que de lyncher quelqu'un en meute...

Une raison essentielle de mon grand recul face aux réseaux sociaux qui ont déjà flingué des vies -et je rejette une certaine tartufferie qui nie l'évidence prouvée et avérée.

Enfin Leila a pris le Lei-large...

CHRISTIAN NAUWELAERS
Einstein est-il responsable de la bombe atomique ? Faut-il réduire la vitesse des véhicules pour enrayer les morts sur la route ? Les couteaux de boucher sont-ils responsables des égorgements... L'outil n'est responsable de rien d'autre que de sa nature. Sa fonction est la responsabilité de l'Homme, des hommes.
Surtout que les travaux d'Einstein n'ont rien à voir avec la physique atomique et n'ont donc rien en commun avec la création de la bombe A wink

On rappelle qu'il s'est juste servi de sa notoriété pour convaincre Truman de lancer le projet Manhattan : il n'a pas participé, de près ou de loin, au projet (quand bien il aurait voulu qu'il n'aurait pas pu, par manque de compétences).
Et si on lui laissait le droit de faire en fonction de ce qu'elle ressent. Que j'aime les donneurs de leçons qui parlent haut et fort sur les réseaux.



Oui, les réseaux véhiculent la haine et la critique facile sans nuance, c'est un fait et nous sommes nombreux à les quitter.
Je ne suis sur aucun réseau social, ça dit l'amour que je leur porte. Mais comme le souligne Koinsky, il s'agit d'un simple outil. Le problème vient de la lâcheté des gouvernements et de leur refus de légiférer au nom de la liberté d'expression. Résultat, on peut raconter n'importe quoi sur ces réseaux, alors qu'on irait en taule pour avoir dit la même chose dans la rue.



Malheureusement, la réaction de Gilles Cohen-Solal témoigne d'une méconnaissance du fonctionnement intrinsèque des réseaux. Sa critique de Leila Slimani suppose que les réseaux vont nous unir et faire passer la bonne parole. L'intention est louable, bien sûr, mais la réalité tout autre. La réalité, c'est qu'un réseau social présente à son utilisateur un micro-monde illusoire renforçant et validant ses croyances. Pour le dire plus simplement, les anti-qualque choses vont tous se retrouver dans leur bulle, les pro-quelque chose dans une autre, sans la moindre communication et avec pour résultat une polarisation extrême. Le tout parce que l'utilisateur moyen de FB ne comprend pas son fonctionnement et la toute-puissance des algorithmes qui lui présntent une vision faussée du monde. Ce n'est pas par l'utilisation des réseaux que passera la lutte contre l'extrémisme, mais au contraire par leur soumission à de nouvelles lois, ainsi que par une taxation appropriée.



En l'état actuel des choses et des lois, le meilleur moyen de voter contre ce système reste en effet la déconnexion. Pas la déconnexion d'internet, mais des gros réseaux sociaux. Vous verrez, on vit bien, et mieux, sans.
Je comprends la décision de Leila. Dans les réseaux sociaux la majorité des activistes est occupée par des fanatiques et des esprits bornés peu cultivés voire incultes. Impossible de discuter avec ces gens là. Ils ne savent quinsulter et menacée quiconque est différent de leurs croyances. Je la comprends pas car les commentaires sont insupportables intraitables et je suis contre l'idée qu'elle publie les caricatures du prophète. Vous ne mesurez pas les conséquences d'un tel geste sur Leila du fait qu'elle est musulmane et marocaine !? Non lui demander de rester sur la toile pour éclairer ces possible à condition qu'elle ait des nerfs d'acier.
En lisant vos commentaires, je ne peux que confirmer la haine que génèrent un post et la véracité des propos de Leila Slimani...
Et une rectification, une !

En capitales, voir la ligne entre guillemets ci-dessous: la première ligne de mon deuxième message (20 octobre).

«Je viens de lire le message du DE La Journée du Manuscrit Francophone.»

Je constate que la démarche de Leila Slimani est comprise par d'autres...

On peut tout de même faire avancer le(s) débat(s) en dehors des réseaux sociaux où les «discussions» se limitent à des affrontements stériles et réducteurs, beaucoup trop souvent.

Je suis persuadé que Leila Slimani a mûrement pesé sa décision.

Quant à légiférer...bonjour les voeux pieux !

Comment diable une loi Avia peut-elle garantir la liberté d'expression ?

On ne peut promouvoir la censure (hors propos mettant par exemple en danger la vie d'autrui...ou autres messages factuellement illégaux).

Si on sort de là, on se trouve face à une belle quadrature du cercle.

Les sables mouvants de la subjectivité.

Un problème sans doute insoluble...

Garder un esprit de liberté et ne pas se soumettre à la nécessité gravée dans un marbre imaginaire des réseaux sociaux hors situations professionnelles, par exemple, qui l'exigent vraiment.

Pour communiquer et se faire connaître, ils sont incontournables.

Je ne crois pas du tout à une législation magique et toute-puissante qui rendra les réseaux sociaux bien moins lamentables.

Et débarrassés de leurs scories.

Une utopie absurde à oublier selon moi.

Le goût de la liberté et de la complexité, des débats dignes de ce nom est déjà une vraie réponse praticable et positive.

Ce qui tient les réseaux sociaux à une juste distance.

Non aux addictions qui bouffent la vie, si courte et si précieuse.

CHRISTIAN NAUWELAERS
Je ne suis pas d'accord avec ça. Il est impossible d'aller dans la rue et de crier "je hais telle race/religion/sexe ou tel autre" sans être passible d'une peine ou amende. Et c'est très bien comme ça. L'espace des réseaux doit être réglementé de la même manière, point. C'est ce que les gens semblent avoir du mal à comprendre, encouragés par lesdits réseaux qui crient au meurtre de la liberté d'expression, dont ils n'ont évidemment rien à foutre.
Je ne lis aucun message de haine et d'ailleurs nous ne sommes pas ici sur les réseaux sociaux mais sur un journal dont les avis sont modérés.

Nous sommes conscients des problèmes posés par les réseaux sociaux et évidemment la mort de Samuel Paty nous interroge. Mais n'oublions pas non plus que les réseaux sociaux ont aussi de bons côtés comme le mouvement #Metoo.

Quant à la publication des caricatures, Samuel Paty avait fait lui le choix de les montrer et il en est mort.

Si tous les journaux avaient à l'époque publié les caricatures de Mahomet, Charlie Hebdo n'aurait pas été la cible désignée dans le monde par les Djiadites. Beaucoup l'ont fait dimanche dernier...

Oui publier les caricatures est un acte de courage, Leila Slimani a préféré déserter.
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