Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Norvège : quatre éditeurs soupçonnés de favoriser leurs librairies

Nicolas Gary - 16.04.2014

Edition - Justice - collusion - Norvège - maisons d'édition


Priverait-on les acteurs commercialisant des livres, sur le marché norvégien, d'une saine et vivifiante concurrence ? Les éditeurs du pays seraient soupçonnés d'une entente visant à favoriser leurs propres librairies, et l'autorité de la concurrence norvégienne, la Konkurransetilsynet, a perquisitionné les bureaux de quatre grandes maisons - Aschehoug, Cappelen, Gyldendal, et Schibsted. L'enquête est déclenchée.

 

 

Oslo - Norway, 2013 August 1441

tango-, CC BY SA 2.0

 

 

Les supermarchés, les espaces culturels, et les chaînes de vente en ligne seraient donc défavorisés, au profit des chaînes de librairies des maisons d'édition elles-mêmes. Imaginer une pareille situation, dans un pays avec un marché aussi restreint n'est pas compliqué à imaginer - au point que l'on avait qualifié la Norvège de « meilleur endroit au monde pour être un écrivain ». À voir, certes. 

 

Dans le pays, on constaterait un très fort taux d'alphabétisation, et la politique culturelle en faveur du livre est très impliquée. Par exemple, les remises sont interdites, les livres sont exempts de taxation, et le conseil des Arts norvégien achète 1000 exemplaires de chaque ouvrage qui passe entre ses mains, et 1500 quand il s'agit d'ouvrages jeunesse. 

 

Bien entendu, on ne vend pas un million d'exemplaires régulièrement, dans le Royaume, qui compte plus de 5 millions d'habitants. 

 

L'autorité a diffusé un message pour avertir le public, ce 9 avril, et expliquer que les régulateurs examinent les pistes d'une possible collusion entre les maisons d'édition. Le cartel serait également soupçonné d'avoir formé une coalition pour fixer et imposer un prix de vente pour les ouvrages. Mais cette accusation n'est pas incluse dans l'enquête en cours. 

 

Aujourd'hui, les principales chaînes de librairies en Norvège sont la propriété de grandes maisons, et ces dernières refuseraient de fournir régulièrement les autres revendeurs en livres. Les responsables de l'Autorité assurent qu'ils souhaitent « réfuter ou confirmer un soupçon concernant une éventuelle violation de la loi sur la concurrence ». Lequel repose donc sur ces refus de vente. 

 

S'il est trop tôt pour dire quoi que ce soit de la tournure que prendra l'enquête, plusieurs éditeurs locaux estiment que les quatre grandes maisons disposent bel et bien d'un monopole de fait, qui leur permet de limiter les lieux de vente de livres.