"Nos librairies sont des sociétés basées en France, pas au Luxembourg"

Clément Solym - 03.07.2012

Edition - Librairies - librairie - lettre ouverte - éditeurs


Information ActuaLitté : L'association Libraires en Rhône-Alpes, soutenue par la région Rhône-Alpes et la DRAC vient de publier une lettre ouverte aux éditeurs. Nullement vindicative, cette dernière souhaite poursuivre les discussions des Rencontres nationales de Lyon, et profiter de la présentation de la rentrée littéraire, à Lyon, pour interpeller diffuseurs et distributeurs, en passant par les éditeurs. 

 

« Nous en sommes à un point où la rémunération des librairies ne suffit pas », nous explique l'Association Libraires en Rhône-Alpes, plus importante association régionale de libraires. « Ce moment des présentations de la rentrée littéraire est un espace de rencontre privilégié avec les éditeurs, un contexte où nous pouvons échanger avec eux, au-delà des catalogues et des sorties. » 

 

Pour Érik Fitoussi, de la librairie Passages, dérangé par ActuaLitté alors qu'il est en plein travaux, c'est bien le désir de poursuivre les échanges des Rencontres qui a motivé cette lettre ouverte. « D'ailleurs, elle n'a rien d'agressif ni d'une prise d'otage : nous avons besoin de soutien, et nous avons voulu le faire savoir. Cette alerte, c'est pour que tous les acteurs soient vigilants, et l'occasion nous permet, en sollicitant les éditeurs, de toucher les diffuseurs et les distributeurs. »

 

Des éditeurs, assure-t-il, qui ont très bien reçu le message, garantissant qu'ils le feraient passer à leur tour. « Grâce à cela, nous pouvons sensibiliser la plupart des diffuseurs distributeurs, et parler des conditions commerciales de notre travail. Après tout, nous portons l'accent sur les demandes déjà formulées par le SLF, par exemple, d'obtenir des remises de 35 ou 36 %, qui seraient idéales pour continuer à travailler. »

 

 

La librairie de M. Fitoussi, Passages

 

Mais surtout, cette lettre s'inscrit dans un esprit qui n'est pas corporatiste : « Il nous faut expliquer que nous comprenons également leurs impératifs, et que l'évolution de nos métiers est de plus en plus délicate. Personnellement, je ne compte pas parmi ceux qui redoutent que la librairie va mourir, nous ne mourrons pas. Mais nous devons évoluer ensemble, pour assurer que tout le monde poursuive ce chemin. »

 

Et le poursuivre, cela passerait, ainsi que le confirmera probablement la ministre, suite à la mission Lescure, par l'instauration d'une taxe Amazon. « Il y a trois piliers dans cette mission, d'abord, le développement de l'offre légale, ensuite la lutte contre la contrefaçon commerciale, et puis, la recherche de nouvelles sources de financements. Et donc, la taxe Amazon entre dans le cadre de cette mission Lescure. Cela va prendre un petit peu de temps, quelques mois, et les préconisations seront présentées au début de l'année prochaine », expliquait la ministre à ActuaLitté. (voir notre actualitté)

 

 

Pour approfondir

Lettre ouverte aux éditeurs : les libraires de Rhône-Alpes prennent la parole

 

 

« Évidemment, le législateur, en instituant une taxe, nous aiderait. Nos librairies sont des sociétés qui sont basées en France, pas au Luxembourg. Nous payons nos impôts en France. Mais les institutions n'ont pas à prendre de décisions sur les politiques commerciales. » Une allusion aux propos de Renny Aupetit, qui en marge du Salon du livre de Paris 2012 expliquait à ActuaLitté : « Il faudrait leur demander, à ceux qui souhaitent instaurer une taxe sur les vendeurs en ligne, pourquoi ils ne pratiquent pas une politique commerciale différenciée, entre les vendeurs en ligne et les librairies indépendantes. En opérant un traitement différent sur les remises accordées aux uns et aux autres, on aurait déjà une initiative intéressante. » (voir notre actualitté)

 

Une évidence, pour Érik Fitoussi, que cette politique commerciale différenciée. « C'est un grand tout : nous devons échanger avec les éditeurs, pour arriver à des accords commerciaux, de même que nous devons échanger avec nos clients, pour qu'ils ne prennent pas les librairies pour des espaces d'exposition. Les robots d'internet ne lisent pas ; nous, si. Venir en librairie pour faire son choix et acheter un livre neuf sur le net, cela n'a aucun sens : le prix est le même, et en plus, le conseil d'une librairie vaudra toujours mieux que la recommandation d'une machine. »

 

Dont acte.