Nouveau round pour la bataille de droits autour de Raging Bull

Antoine Oury - 22.01.2014

Edition - Justice - Raging Bull - scénario - Frank Petrella


En 1981, alors que les films de Martin Scorsese ne mettaient pas encore tout le monde d'accord, les spectateurs américains découvraient Raging Bull, l'histoire de Jake LaMotta, sur les écrans. Selon Paula Petrella, fille du scénariste décédé Frank Petrella, le script du film serait une copie pure et simple d'un scénario écrit par son père et proposé en 1963.

 


 


Hasard des dates ou pas, Robert de Niro sera à l'écran ces jours-ci pour un film, Match Retour, qui se propose d'opposer deux boxeurs légendaires, et surtout deux acteurs bien connus pour leurs rôles dans des films consacrés au noble art : Sylvester Stallone (Rocky Balboa) et Robert de Niro (Jake LaMotta, donc, dans le film de Scorsese).

 

Mais l'histoire qui préoccupe la justice américaine est bien plus antérieure, puisqu'elle concerne un texte visiblement écrit et rendu public en 1963. Ou plutôt plusieurs textes, que Frank Petrella avait travaillés en collaboration avec le célèbre boxeur : deux scénarios, et un livre, dont le film est d'ailleurs tiré (sont crédités, pour celui-ci, Joseph Carter et Peter Savage).

 

Des années après la sortie du film, en 2009, Paula Petrella dépose une notice d'infraction de copyright à l'attention de MGM Holdings Inc et Twentieth Century Fox Home, cette dernière détenant les droits de distribution en DVD et Blu-Ray. La défense de la MGM, à l'époque, reposait sur le fait que la plainte était déposée bien tardivement...

 

« Ce qui est à l'oeuvre ici, c'est un ayant droit, avec un intérêt mineur dans une mine d'or, qui s'est assis et a attendu qu'un autre développe cette mine pour en tirer un profit, avant de se manifester pour s'en accorder une part », résume, furibond, l'avocat de la MGM et de la Fox Mark A. Perry. Il souligne également que le film n'avait jamais connu le succès, du moins avant une nouvelle sortie, en 2006, pour les 25 ans du film.

 

Évidemment, chaque partie a reçu le soutien des lobbys respectifs : l'Author's Guild a ainsi pris position pour Petrella, tandis que la Motion Picture Association of America défend mordicus la position des studios, d'autant plus que la MGM aurait investi 8,5 millions $ dans la restauration du long-métrage, pour l'anniversaire.

 

La Cour Suprême des États-Unis n'a donc pas, pour l'instant, rendu de verdict : elle est partagée entre deux interprétations, qui pourraient donner lieu, dans les deux cas, à une avalanche de procès ou de rejet d'infraction du copyright. Donner raison au studio définirait ainsi une certaine limite temporelle à la plainte pour infraction au copyright ou au plagiat, tandis que pencher dans le sens de l'ayant droit découragerait les studios d'entretenir leur héritage cinématographique.

 

Les neuf juges de la Cour rendront leurs avis en juin, alors que quelques-uns ont visiblement déjà choisi la cause de la MGM.