Nouvelle plainte pour utilisation abusive de Sherlock Holmes

Nicolas Gary - 25.05.2015

Edition - Justice - Sherlock Holmes - Conan Doyle Estate - copyright film


Pas plus Holmes que son créateur Conan Doyle ne connaîtront le repos : les ayants droit du romancier britannique viennent d'amorcer une nouvelle vague de procès, contre un film à venir au mois de juillet. Les héritiers estiment que cette production tire profit de différents passages de livres qui sont encore sous droit. Et voilà donc revenue la folle danse du copyright...

 

Sherlock Holmes plainte Conan Doyle Estate

Insomnia Cured Here, CC BY SA 2.0 

 

 

Miramax fait donc face aux ayants droit de Conan Doyle, chargé de défendre l'œuvre de leur ancêtre contre toute tentative d'appropriation. Dans la plainte, le scénariste Mitch Cullin du film sont cités, ainsi que l'éditeur Penguin Random House, qui a fait paraître A Slight Trick of the Mind – écrit justement par Cullin, et dont le film s'inspire. 

 

Il est impossible de comprendre cette situation, sans rappeler qu'une majeure partie des œuvres de Conan Doyle est entrée dans le domaine public. Et qu'à ce titre, on peut se servir de Sherlock Holmes à peu près comme bon nous semble. Mais dix œuvres parues entre 1923 et 1927 sont toujours sous droit, et les héritiers s'y accrochent de toutes leurs forces, pour ne pas perdre le filon Holmes.

 

Dans leur nouvelle plainte, ils font valoir que Cullin aurait « copié des passages entiers d'histoires sous copyright de Conan Doyle, The Adventure of the Blanched Soldier. Cullin a adopté le point de vue de Holmes pour sa création, plutôt que la narration de Watson, de l'aventure du détective ». Contrefaçon flagrante. Mais d'autant plus que Watson s'est remarié et a quitté Baker Street. 

 

Le film doit sortir le 19 juillet aux Etats-Unis, et pour l'instant, aucune des parties sur les bancs des accusés ne s'est exprimée. Sauf qu'il n'échappe à personne que le comportement des ayants droit est de plus en plus frénétique vis-à-vis de Holmes et ses déclinaisons. Le livre, pour exemple, était sorti voilà dix ans, et alors que le film s'approche, voici qu'ils sortent de leur boîte, jolis diables. (via Deadline)

 

Par le passé, les héritiers se sont déjà retrouvés en justice pour de multiples raisons – leurs tentatives répétées de maintenir les œuvres de Conan Doyle sous droit ont ainsi agacé plus d'un juge. La Cour suprême avait eu à statuer sur la question, et tranchait à la défaveur de la Conan Doyle Estate, contre l'auteure Leslie Klinger, notamment. 

 

Rappelons que Sherlock Holmes, apparu pour la première fois en 1887 dans les textes de Conan Doyle, a enquêté dans quatre romans et 56 nouvelles publiées aux États-Unis jusqu'en 1927. Seule une dizaine de nouvelles, publiées entre 1923 et 1927 resteront soumises au copyright jusqu'au 31 décembre 2022. 

 

Leslie Klinger avait publié un recueil de nouvelles, mettant en scène Sherlock et son assistant, dès 2011. Les ayants droit lui étaient tombés dessus, et réclamèrent le paiement d'une licence d'utilisation de 5000 $. 

 

Dans cette nouvelle affaire qui oppose les studios Miramax aux héritiers, de nouveaux arguments sur le Fair Use pourraient ressortir, et apporter un peu plus d'air aux créateurs. L'un des grands enjeux est de parvenir à résoudre la question de la pertinence artistique – par laquelle il est justifié qu'une marque soit utilisée dans une œuvre, justement parce que cela s'inscrit dans une certaine logique.