Nouvelle traduction des Confessions de Saint Augustin

Clément Solym - 11.01.2008

Edition - Les maisons - Frédéric - Boyer - Les Confessions


Le style de Frédéric Boyer ne peut laisser indifférent. De même que pour le texte biblique, il pratique ici une traduction de premier ordre. A la question que l’on se pose toujours lors de ces douloureuses heures passées à se colleter avec le texte : traduttore traditore : traduire c'est trahir ?

 La réponse est claire. Comme Baudelaire pouvait traduire Edgard Poe, Frédéric Boyer nous livre sa lecture d’un livre qui n’en finit pas d’être actuel. Et l’on a bien trop tendance à l’oublier. Ce n'est donc pas une main de traître qui signe ce livre mais bien celle d'un maître en la matière...

Les Confessions, œuvre devenue prisonnière d’un carcan d’annotations, retrouve des couleurs. Et pour le traducteur, il faut que ça se voie. C’est aussi pourquoi il s’octroie le droit de changer jusqu’au titre. Saint Augustin devient alors l’auteur des Aveux. Désormais tout est possible, tout est ouvert. Tout Père de l’Eglise et saint qu’il est, notre bon vieux Saint Augustin peut donner dans du « c’est clair et net » !

Cette traduction vient s’ajouter aux précédentes non comme un volume supplémentaire dans la bibliothèque mais comme une remise en vitrine de cette œuvre majeure. Ce n’est pas là démagogie. C’est plutôt retrouver l’expression actualisée qui corresponde le mieux à la valeur des mots choisis par Saint Augustin en son temps. Travail remarquable. Frédéric Boyer fait là œuvre de bienfaisance envers cet auteur délaissé par la jeune génération comme appartenant définitivement à un passé qui nous serait devenu étranger.

Le texte est donné à nu, sans titres, intertitres et appareil critique permettant de déceler les multiples références aux Ecritures. On retrouve un ton vif, plein de spontanéité, ce qui fait aussi toute l’éloquence des grands littérateurs.

Ce n’est pas un Saint Augustin imbu de sa personne qui apparaît ici mais un être qui hésite, se questionne, doute. Africain, berbère (né dans l’actuelle Algérie en 354), il part enseigner la rhétorique à Rome puis à Milan. Il suivra les traces de différents courants religieux avant de trouver sa voie.

On suit ce personnage dans un parcours sinueux et il n’est pas étonnant de lire dans ses Rétractations finales que l’excitation à connaître et aimer Dieu n’est pas le but des Aveux, mais «l’effet qu’ils ont produit en moi quand je les ai écrits, et qu’ils produisent en moi quand je les lis». On est encore dans la recherche, non dans l’œuvre fixée, aboutie, enfermée dans un tombeau de verre.

En nous proposant ce texte revisité, Frédéric Boyer nous offre la possibilité de nous retrouver aux côtés de l’homme qui s’écrit. Tout est ouvert. Parlant de son travail sur le texte, le traducteur disait : «J’ai écrit cette traduction durant cinq années, entre 2003 et 2007. Je pense que je voulais échapper à quelque chose. Echapper à quoi, je ne le sais toujours pas. Sans doute pour ne pas savoir ainsi à quoi j’échappais. Pour ne pas avoir à savoir un jour ou l’autre à quoi j’échappais de moi-même.»

Saluons donc le travail accompli par Frédéric Boyer pour redonner un ton juste et moderne pour que ce texte, même après mille cinq ans, nous touche comme un témoignage brûlant d’actualité.

Les Aveux, Saint Augustin, Frédéric Boyer, POL, 22.80 €

Pour approfondir

Editeur : First
Genre : pamphlets...
Total pages : 288
Traducteur :
ISBN : 9782754022538

Syndicats ; corruption, dérives, trahisons

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