NSA : Les écrivains se censurent par crainte de la surveillance

Nicolas Gary - 13.11.2013

Edition - Justice - autocensure - surveillance de la NSA - programme PRISM


Les écrivains américains subiraient une pression forte, s'infligeant une censure motivée par la surveillance qu'exerce la NSA. La National Security Agency, agence de surveillance au coeur de l'actualité depuis des mois pour ses écoutes et autres espionnages des États, inciterait les auteurs à brimer leur créativité.

 

 

Censure?

zerok, CC BY 2.0

 

 

Le centre PEN America a sollicité le mois dernier 528 membres de son organisation, leur demandant s'ils évitaient les sujets controversés dans leur travail. « Au moins 85 % des écrivains ont répondu à l'enquête du PEN, assurant qu'ils sont inquiets de la surveillance gouvernementale des Américains et 73 % des auteurs n'ont jamais été aussi préoccupés par leurs droits à la vie privée et la liberté de la presse qu'à ce jour. » 

 

Au travers du programme de surveillance PRISM, impulsé par la NSA, c'est tout un réseau de contrôle des échanges électroniques qui ont été mis en place sur le territoire, durant l'administration Bush. Par décret présidentiel, la NSA est en effet autorisée, sans mandat judiciaire, à écouter et remonter appels téléphoniques, emails, et toute forme d'activité sur internet. Les révélations d'Edward Snowden ont partiellement levé le voile sur l'ensemble de cette machination. 

 

Et selon les données de l'étude, 28 % des écrivains ont réduit leur activité sur les réseaux sociaux, ou évité de s'en servir, tandis que 12 % ont sérieusement envisagé de le faire. Ils sont 24 % à déclarer qu'ils avaient délibérément évité certains sujets au téléphone ou par email. Un auteur sur six a évité certains sujets, considérant qu'ils seraient des motifs de surveillance, et un sur six a sérieusement pensé à le faire. Pour le PEN, ces préoccupations découlent directement de ce que l'on a pu apprendre des actions de la NSA, mais l'organisation va plus loin. 

 

 

"Les écrivains ne sont pas seulement extrêmement préoccupés par la surveillance du gouvernement, ils s'infligent une autocensure en conséquence"

 

 

En effet, « les écrivains ne sont pas seulement extrêmement préoccupés par la surveillance du gouvernement, mais ils s'infligent une autocensure en conséquence ».  De la bouche même d'un auteur, le climat est à l'anxiété : « Je suppose que tout ce que je fais fait l'objet d'un suivi électroniquement. » Ce qui apparaît, dans le sondage, c'est que 66 % des écrivains sollicités désapprouvent la collecte d'information gouvernementale dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, contre 44 % du grand public. 

 

Le PEN demande, « en regard des réactions alarmantes de ces résultats » que le gouvernement prenne des mesures, à appliquer immédiatement. Ces dernières visent la suppression de cette surveillance des communications et réclament le respect des libertés individuelles. En outre, Le PEN réclame une transparence absolue sur les données qui ont pu être collectées.

 

Il exige également que des recherches supplémentaires soient lancées pour que l'on établisse les liens entre la surveillance et la liberté intellectuelle et créative. L'impact que peut avoir ce contrôle sur les auteurs est un danger à ne pas négliger.