#NuitDebout : la bibliothèque éphémère bascule dans le Peer-To-Peer

Nicolas Gary - 12.04.2016

Edition - Société - Place république - Loi Travail Khomri - communs livres partage


Il y avait la présence de CRS, bien sûr, mais aussi la pluie. « Nous avions prévu des bâches pour protéger des livres, mais la pluie, définitivement, c’est notre point faible », plaisante un membre du collectif SavoirsCom1. L’opération #BiblioDebout accompagnait le mouvement #NuitDebout, qui depuis quelque temps maintenant, occupe la Place de la République. Une protestation contre la loi Travail de Myriam El Khomri, qui entraîne une mobilisation partout en France.

 

Ce 12 avril, à République

 

 

La création d’une bibliothèque éphémère, pour partager les livres, s’est déroulée avec bonne humeur, comme en témoignent les messages sur les réseaux. Cependant, les conditions d’occupation fixées par la mairie et la police ont légèrement modifié les projets. En effet, le rassemblement a été autorisé, à condition qu’aucune structure fixe ne soit montée – et que celles démantelées ne soient pas remontées. 

 

« Nous avons tout rangé dimanche : personne n’est arrivé avec une pelleteuse pour tout détruire », explique-t-on. Un message du compte officiel de NuitDebout avait laissé présager le contraire : 

 

 

 

Mais sollicité par ActuaLitté, le collectif SavoirsCom1 assure que rien n’a été détruit. « Les livres ont été récupérés, et nous nous conformons aux exigences de la police. Les installations fixes entraînent une réaction immédiate de leur part, alors nous allons opter pour une autre méthode. Les solutions ambitieuses impliquent une certaine logistique, nous allons repartir plus simplement », précise-t-on avec malice.

 

D’abord, les différents bancs installés sur la place sont convoités : ils offrent des emplacements pour déposer les livres et aménager des coins bibliothèques. De même, la Pirate Box, qui propose des téléchargements d’ebooks, dont certains ont été offerts par l’éditeur E-Fractions, pourra reprendre du service sans problème. Mais l’évolution suivante passera plutôt par la mobilité et la flexibilité.

 

« Nous avons un fonds de 400 ou 500 livres : pour les déplacer, il faut un véhicule, et pour les installer, nous avons besoin d’une structure. Nous allons plutôt opter pour un modèle Peer-to-Peer. » Du téléchargement de livres ? Du tout : « Le P2P, sur internet, c’est l’absence de plateforme qui centralise : les contenus sont stockés par les différents utilisateurs, qui les mettent en partage. Ainsi, nous allons inciter chacun à devenir le véhicule des livres. » (voir sur SavoirsCom1)

 

 

Concrètement, on oublie les cartons, qui attirent l’attention des forces de l’ordre, pour privilégier des sacs en plastique avec quelques ouvrages. « Nous l’avons constaté dimanche, la demande est très forte. » Dans des sacs, chacun pourra apporter ce qu’il peut porter et emporter de même. « C’est la mise en application du Creative Commons au book crossing : un partage à l’identique, d’une certaine manière, puisque l’on prend et que l’on redépose, avec un changement permanent et un flux constant. »

 

Entre l’occupation de la Place de la République, revendiquée comme un Commun et l’installation d’une bibliothèque, d’un potager ou même d’une radio et d’une télévision, le mouvement NuitDebout prend une autre dimension.