Numeriklivres : la librairie associée à l'éditeur, fin d'une utopie

Nicolas Gary - 23.01.2015

Edition - Librairies - librairie numérique - ebookstore vente - lecture éditeur


L'idée de coupler un ebookstore à son activité d'éditeur numérique court toujours. Certains s'aventurent dans le projet, d'autres sont toujours réticents. Numeriklivres vient présenter un bilan de cette expérience, entamée en 2010, à la création même de la maison d'édition. 

 

 

 

Depuis « le coup d'essai » de 2010, l'éditeur avait perfectionné le projet. « Nous avions travaillé en marque blanche avec Sans Papier qui a malheureusement fermé ses portes », nous explique la maison. Mais soucieux de porter encore ce projet, Jean-François Gayrard a décidé de « gérer par nous-mêmes la librairie intégrée durant près d'un an ». 

 

Tout partait d'un constat d'indispensable indépendance, comme il l'assurait déjà. « Un éditeur numérique ne dispose pas de libraires pour assurer la vente de ses livres. Et il est impossible de se contenter de publier, diffuser sur les plateformes et attendre que les ventes se fassent. Pourtant, dans l'écosystème actuel, conserver son indépendance face aux acteurs monopolistiques est primordial. »

 

À l'époque, Apple et le français izneo avaient connu un sacré différend : le distributeur de BD s'était vu fermer la porte par la firme de Cupertino, et se posait alors la question des contraintes posées par les opérateurs, leurs conditions générales de vente et une forme de censure. 

 

« La librairie ne sera pas une source de revenus fantastiques dès la première semaine. En tant qu'éditeur, je sais en revanche que l'avenir de mon métier passe également par la médiation autour de mon catalogue. Avec ma propre librairie, je dispose désormais d'un outil pour ce faire », reconnaissait l'éditeur, en mai 2013. Mais désormais, le constat est implacable. 

 

D'abord, le métier de prescripteur, de médiateur en ligne, représente un emploi à plein temps. Et en l'absence des ressources impératives, Numeriklivres a pris le parti de se consacrer au travail éditorial, plus rentable, certes, mais surtout essentiel.

 

« Nous pensions naïvement que, l'argument de dire aux Internautes d'acheter en direct chez nous, cela leur garantissait des ebooks sans verrous numériques. Mais notre librairie intégrée n'a jamais vraiment décollé », explique l'éditeur à ActuaLitté. Et pour cause : son diagramme des ventes indique clairement que 85 % des ventes sont concentrées autour de trois acteurs, des opérateurs américains. Et de déplorer : « Oubliez les sites des librairies indépendantes, elles ne vendent strictement rien parce que le numérique, elles s'en foutent royalement, sauf quand il s'agit de demander des subventions. »

 

Pourquoi avoir fermé sa librairie en ligne ?

 

 

« Le jour où nous aurons une plus grande notoriété peut-être que cela vaudra la peine, mais, pour le moment, gérer une librairie c'est une perte de temps et d'argent. Enfin, je crois que les gens qui lisent en numérique ont pris le pli d'acheter directement depuis leurs terminaux de lecture et c'est très bien aussi, je fais aussi la même chose, de toute façon. »

 

Et pour cause : l'achat en un clic, le fameux one-clic mis en place par Amazon relève d'une innovation commerciale quasi-parfaite. Évidemment, cela répond à un usage spécifique, celui de l'immédiateté : un lecteur qui souhaite acheter, sans rien demander à personne, et que la consommation se fasse sans discussion. 

T'as pas à savoir s'il y a des DRM ou pas (Monsieur et Madame Tout le Monde ne sait pas ce qu'est un DRM), tu cliques et tu lis. Tu cliques et tu écoutes ta musique. Tu cliques et tu joues à un jeu. T'as même pas besoin de te connecter à l'ordi pour transférer tes fichiers. Voilà, c'est tout. Et qu'on le veuille ou non, et tous les beaux discours sur l'interopérabilité et tout le toutim n'y changeront rien, on ne peut pas rivaliser avec nos petites librairies en ligne intégrées avec ça.

 

Moralité, l'éditeur est désormais en phase : se concentrer sur l'éditorial, ne pas oublier le cœur de métier, et surtout, valoriser le catalogue, tout en maintenant la qualité des ouvrages proposés. Non sans un certain amusement : « Ah oui, est-ce que nous sommes déçus de cette expérience ? Mais pas du tout, bien au contraire, c'est en forgeant que l'on devient forgeron et au moins, aujourd'hui, quand on me parle d'intégrer sa propre librairie, je sais de quoi je parle. »