Numérique : le droit d'auteur victime de la période électorale

Clément Solym - 16.03.2011

Edition - Société - auteurs - ebooks - droits


L'échec des discussions entre auteurs et éditeurs a abouti à une grande déception. L'enjeu ? Les droits numériques. Mais au-delà de ça, les auteurs et leur travail. Le Conseil Permanent des Écrivains a ainsi diffusé un communiqué ce matin, faisant état de cet échec.

Après six mois de négociations avec le Syndicat National de l'Édition, le président du CPE, Eduardo Manet déplore que l'on en revienne à la même situation que l'an passé. Juste avant le Salon du livre de Paris, en 2010, les discussions avaient déjà échoué. « La réalité, c'est que la technique va tellement vite, qu'elle dépasse complètement les acteurs. Et l'on a le sentiment que les éditeurs ne savent pas très bien ce qu'ils veulent. Évidemment, ils veulent développer leur activité, et pour cela, ils ont besoin des écrivains. Mais devant le tsunami Google, le tsunami Amazon, finalement, on perçoit une certaine panique. » (notre actualitté)

Sur l'ensemble des points évoqués dans les négociations, trois d'entre eux, majeurs, ont abouti à un désaccord total. Il s'agit du contrat séparant numérique et papier, une limite de durée, pour ledit contrat et les conditions de rémunération. Le SNE pour sa part propose « d'intégrer au sein du contrat d'édition un chapitre unique clairement identifié contenant l'intégralité des clauses relatives à l'exploitation numérique ». (retrouver le communiqué)

Alors que reste-t-il, alors que les négociations sont interrompues ? L'appel au ministère ? « C'est que... notre ministre de la Culture est peut-être trop sympathique. Mais tout ce que l'on attendait de lui... nous l'attendons encore. Et pour le moment, rien de ce qui a été assuré n'a été obtenu. Le CPE en arrive à penser que la seule solution, c'est une loi, parce qu'avec elle, les éditeurs auront obligation de respecter. »

En appeler au gouvernement... Même cette idée semble assez peu assurée. « Nous entrons dans une période difficile, celle des élections. Ce que nous demandons n'est pas compliqué : que l'on paye les auteurs pour les livres numériques, comme on les rémunère pour le papier, c'est-à-dire en respectant la valeur de leur travail. Alors oui, je ressens une certaine colère, mais dans tous les cas, la période électorale ne jouera pas en notre faveur. Les politiques auront à coeur de formuler des promesses, peut-être, mais le gouvernement actuel n'avancera pas sur le sujet qui nous concerne avant les élections, et même après, il faudra plusieurs mois pour revenir au sujet. »

Délicat, délicat... « De plus en plus d'auteurs signent directement avec Amazon, aux États-Unis. Et même en France, on assiste à des signatures de contrats d'écrivains directement avec le marchand. Bientôt, il existera des auteurs français uniquement numériques, par Amazon. Et tout cela, parce que l'édition n'est pas en mesure d'accepter des conditions simples de respect du travail des auteurs. »

Contacté par ActuaLitté, le SNE n'a évidemment pas un regard aussi « sombre » que celui présenté par le CPE. Un point presse sera organisé demain, à l'occasion de l'ouverture du Salon du livre, dans lequel le sujet ne manquera pas d'être évoqué, nous assure-t-on.

Un Salon où, justement, des mécontents pourraient très bien manifester leur ras-le-bol, nous confirment certaines sources...