Numérisation d'urgence à la BnF : rien ne 'presse' ?

Clément Solym - 10.06.2013

Edition - Bibliothèques - numérisation - presse - BnF


En juillet 2012, ActuaLitté avait eu le déplaisir de montrer comment la BnF entendait commercialiser le domaine public, dans le cadre de partenariats public privé. Le projet était de numériser des livres anciens, de la littérature et un fonds sonore. Mais dans l'ensemble du plan d'action que nous avions dévoilé, se trouvait également un projet tourné vers la presse. 

 

 

Newspapers

Alex Barth, CC BY 2.0

 

 

Voilà un an, donc, pour le fonds sonore comme pour la presse, la BnF mettait en avant une « vente de titres sur les principales plateformes internationales de distribution digitale » ainsi qu'une « vente directe sur une plateforme et vente de licences de contenus ». Pour ce qui est des conditions d'accès, nous avons depuis amplement pu découvrir comment la BnF entendait verrouiller de toutes les manières possibles l'objet de la numérisation. (tous les détails, à cette adresse)

 

Pour la presse, la consultation devait être libre dans les salles de lecture de l'établissement, durant la période d'exclusivité de 7 années. Et voilà que près d'un an plus tard, la Caisse des Dépôts fait état du soutien qu'elle a apporté à la BnF, dans le cadre du Fonds national pour la Société numérique (ou FSN). 

 

Voici, pour mémoire, ce que rappelle la Caisse des dépôts :  

Ce projet consiste à soutenir la création de la filiale BnF-Partenariats, qui contractera avec des partenaires pour des opérations de numérisation et valorisation des collections de la BnF. Les principaux projets concernent : 

-  Les « livres anciens », avec la numérisation de 70 000 ouvrages anciens, destinés à la vente de collections aux grandes bibliothèques internationales ; 

- La « musique », avec la numérisation de 725 000 titres pour une vente sur les principales plateformes de distribution grand public  ; 

- La « presse », avec la numérisation de 10 millions de pages de microfilms, pour une vente de contenus et de licences dans le monde francophone.

 

Toujours pour garder l'essence du projet à l'esprit, la BnF dévoilait, dans un document dont ActuaLitté avait pris connaissance qu'il s'agissait de « constituer une large base de données sur la presse française, à partir de la numérisation de microfilms, et valorisée à travers plusieurs canaux et modèles de vente ». Une première sélection de 10 millions de pages à partir d'un fonds de périodiques remontant à 1820, et classés selon de grandes thématiques (presse politique, presse des anciens territoires et colonies, etc.) était prévue. Ce premier lot devait constituer un « premier palier vers la création d'une très large offre d'archives de presse française. Il serait complété de 3 millions de pages déjà numérisées sur Gallica ». 

 

Pour ce qui est de la commercialisation et des réseaux escomptés, on parlait d'abonnement en vente directe, sur le site d'archives, de licence de réexploitation des contenus par des sites tiers ( principalement de généalogie, soulignait la BnF), la vente de modules thématiques, la commercialisation directe sur une plateforme en marque blanche. 

 

De quoi entraîner ce commentaire, publié par nos soins en juillet 2012, mais qui semble toujours d'actualité...

La logique commerciale prévaut donc amplement sur l'accès à l'information et la connaissance. Maintenant que la messe est dite, il revient à chacun de prendre ses responsabilités dans ce qui sera non seulement un échec commercial cuisant, mais surtout une restriction sans comparaison dans l'accès du public au patrimoine relevant du domaine public.

Le directeur du département des collections de la BnF avait amorcé dans son discours de présentation : « Peu ou prou, le web devient bien la bibliothèque universelle de l'avenir. » De la part de bibliothécaires, une telle affirmation ne va pas de soi. Mais clairement, de la part de la BnF, on se demande bien quel sens peut avoir une telle déclaration.  

 

Pour l'heure, le projet de numérisation de ce pan de la presse, qui doit encore se concrétiser avec une mystérieuse société de numérisation, dont certains murmurent qu'elle pourrait se trouver dans les îles Alligators, est donc officialisé, mais pas encore en route. Manque de chance, les lignes de la BnF sont souvent occupées, quand nous tentons de les joindre.

 

Reste à savoir de quel niveau d'opacité ce nouveau pan de la numérisation par la BnF, au travers des PPP fera preuve...