Nuremberg veut remettre les ouvrages dérobés par les nazis aux juifs

Clément Solym - 29.09.2010

Edition - Société - nuremberg - bilbiothèques - livres


Après la culpabilité nouvelle, qui rejaillit sur les jeunes générations allemandes, qu'évoquait l'auteur de Le liseur, une nouvelle phase de réhabilitation en Allemagne se dessine, du côté de Nuremberg.

Durant la période nazie, des ouvrages, entre autres, furent confisqués par les autorités aux juifs du pays et d'ailleurs. Des livres que Julius Streiocher, propriétaire du journal antisémite Der Stürmer, avait demandé que l'on collecte, pour servir à la recherche scientifique. On ignore encore laquelle, mais à Nuremberg, les habitants avaient largement suivi cet appel, alors que l'on estime que 10.000 juifs y vivaient alors.

Entre 1933 et 1945, ces livres furent stockés par des collectionneurs privés dont la ville vient finalement de dresser une liste comportant 304 noms. Après la fin de la guerre, quelque 10.000 ouvrages furent retrouvés dans les bureaux du journal. Parus entre 1820 et 1940, ils étaient la propriété de personnes toutes frappées d'ostracisme par le pouvoir nazi. On compte en effet 26 langues différentes dans cette collection de livres.

Pour Liebl Rosenberg, historien et responsable du travail de restitution, cité par l'AFP, la ville est la seule au monde à détenir un aussi important « stock d'écrits dérobés par les nazis ». Pour l'heure, la fameuse liste, qui n'a rien de Schindler, présente des personnes qui résidèrent en Allemagne et en Autriche. Elle sera bien entendu augmentée au fur et à mesure des recherches.

Bien moins cotés que les toiles de maîtres également dérobées par les nazis, ces ouvrages auraient plutôt une valeur sentimentale. Ainsi, Leibl Rosenberg prend mille précautions : « Pour nous, chaque propriétaire, chaque héritier est important. On doit agir comme si chaque livre était un Matisse. » Et Christine Sauer, de la bibliothèque municipale, d'évoquer un devoir de restitution. « Ces oeuvres sont d'une grande valeur d'autant que l'on sait que la génération concernée s'éteint progressivement ».

Derniers souvenirs des personnes disparues, l'établissement qui détient aujourd'hui les livres a pu en restituer 150, envoyé aux États-Unis, en Angleterre, ou encore en Autriche, en Suisse et en Israël.