Obligation d'écrire à visage découvert pour les auteurs chinois

Clément Solym - 27.01.2015

Edition - International - Chine internet - Twitter anonymat - pseudonyme écrivains


Pour protéger leur identité, les écrivains chinois ont de longue date adopté un nom de plume, leur permettant d'échapper un peu à la répression. Mais le gouvernement chinois a décidé de mettre un terme à cette pratique, considérant que les textes parus sur la toile doivent être signés. Il se s'agit pas d'interdire l'usage du pseudonyme, mais d'obliger à dévoiler la personne qu'il abrite.

 

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Gwydion M Williams, CC BY 2.0

 

 

Un long document présenté par l'administration étatique, en charge de la presse, des publications, de la radio, des films et de la télévision – lourdes charges – donne les lignes directrices nouvelles. La tradition chinoise du nom de plume, les blogueurs et écrivains ont perpétré le schéma en se retrouvant sur la toile. 

 

Pour les autorités, il s'agit d'encourager « à mieux prendre la responsabilité », des billets publiés, et des textes diffusés sur internet. Le tout, pour renforcer « l'éducation morale, professionnelle, et la formation » de ceux qui s'aventurent dans la publication d'articles. La Chine se défend de toute oppression : elle souhaite avant tout promouvoir une littérature de qualité, et lutter efficacement contre toute forme de plagiat.

 

Mais des écrivains comme Murong Xuercun, alias Hao Qun, expliquent au New York Times, que « le gouvernement prend ces mesures avec l'intention de supprimer la créativité en ligne ». Alors que le secteur de l'impression est fortement contrôlé par le pays, la Toile offre des perspectives vertigineuses pour les auteurs. 274 millions de lecteurs passent par internet, ce qui représente 44 % des internautes du pays. 

 

Les auteurs déjà publiés chez tel ou tel éditeur ne devraient pas être concernés par ces mesures, leur identité est déjà connue. En revanche pour les écrivains amateurs, l'enregistrement du nom véritable peut avoir un effet dissuasif certain, « surtout s'ils travaillent dans des genres tels que les diverses formes de fiction érotique qui sont à la limite de ce qui est autorisé », estime Michel Hockx, professeur de l'école d'études orientales et africaines de Londres.

 

Chez Baidu Literature, l'une des grandes plateformes chinoises de publication, filiale du moteur de recherche, les utilisateurs sont déjà tenus de s'identifier avec une identité véritable, et vérifiable. 

 

Le directeur de l'Administration de Chine, pour le cyberespace, Xu Feng, précise prendre « le système de véritable identité en tant que principe, et pour objectif majeur cette année, et l'étendrons à d'autres industries en ligne, telles que les forums et les plateformes de micro-blogging ». Même sur Twitter, ou Facebook, pour peu que l'on y accède en Chine, l'anonymat ne sera donc plus garanti.

 

Cet effort gouvernemental cache mal ses intentions véritables : la surveillance de ce que la population peut faire sur la toile compte parmi ses périmètres d'action centraux. De quoi empêcher toute propagation de rumeurs politiques, de pornographie en ligne, la fraude, ou encore le terrorisme, un argument bien habile. 

 

Sauf que l'administration se heurtera, peut-être, à la tradition, une puissante force dans le pays. Les écrivains révolutionnaires et prérévolutionnaires du XXe siècle avaient imposé cette pratique comme une vertu salutaire. Le climat politique de l'époque, qui n'a finalement fait qu'évoluer en pire, justifiait amplement ces mesures de prudence. Et les justifie tout autant aujourd'hui.