Observer la peinture pour y découvrir le passé des bibliothèques

Antoine Oury - 08.07.2014

Edition - Bibliothèques - tableaux de maîtres - art - bibliothèque


L'université des Arts de Londres propose un cursus entier dédié aux livres rares, et les enseignements prodigués aux étudiants leur proposent plusieurs techniques pour reconstituer l'art ancestral de la reliure. Parmi ces dernières, l'étude des tableaux de maîtres s'impose comme une ressource efficace et à peu près sûre.

 


François Boucher, Madame de Pompadour, 1756, domaine public

 

 

Nul besoin de passer par l'école pour se douter que poser avec un livre, ou devant sa bibliothèque entière, permettait de faire passer un message clair et fort de savoir, d'érudition, et d'intelligence. La taille imposante des représentations picturales, réservées aux plus fortunés, permettent par ailleurs d'observer des détails précis : « Le sens aigu de l'artiste a capturé des détails précis, permettant de dépeindre le livre à travers les siècles, montrant les reliures, les matières, les couvertures, les typographies, les méthodes de rangement », explique Christina Duffy, chargée des collections à la British Library.

 

Les méthodes de rangement des livres, au sein des bibliothèques, mettent ainsi sens dessus dessous nos habitudes en la matière : nombre de peintures figurent des meubles de rangement, dans lesquels les livres sont placés reliure en arrière et tranche à l'extérieur. Tout simplement parce que la tranche des ouvrages était souvent dorée, et l'effet dans la bibliothèque se révélait alors saisissant.

 

 

Portrait of William Cartwright, 1651, © The Trustees of the British Museum

 

 

De fait, les titres des livres étaient souvent inscrits sur tous les côtés des ouvrages, pour s'adapter à la méthode de rangement des lecteurs.

 

 

Portrait of Lawyer Francesco Righetti, Guercino, 1626-1628, domaine public

 

 

Saint-Jérôme dans son étude, de Marinus van Reymerswale, une peinture qui remonte au XVIe siècle, présente plusieurs reliures inhabituelles : « Les reliures sont visibles sous la forme de liens qui séparent les différents volumes, plutôt qu'une reliure qui couvre toute la tranche du livre. Cette forme de reliure n'utilise pas d'adhésif sur le corps du livre, ce qui la rend particulièrement adaptée aux partitions musicales, par exemple, puisque le livre reste facilement ouvert, tout en étant très flexible », explique Christina Duffy.

 

 

Saint-Jérôme dans son étudeMarinus van Reymerswale, XVIe siècle

 

 

« La grande diversité des livres autour de Saint-Jérôme suggère qu'il était très lettré, porteur d'une érudition sans égale. » Et pour cause : il reste connu pour avoir traduit la Bible en latin, à partir du grec et de l'hébreu.

 

 

Gauche : Beaulx abc belles heures. Droite : Tavolette, e Libri per li putti

 


Aux débuts du XVIe siècle, les libraires usaient leurs semelles sur les pavés, dans une version itinérante du métier contemporain. Longtemps réservés à l'aristocratie, les ouvrages reliés deviennent finalement une denrée à portée de tous - ou presque, puisqu'il sont encore réservés aux plus fortunés des bourgeois...