Obtenir la meilleure offre pour un manuscrit, ou le savoir de l'agent littéraire

David Pathé Camus - 04.10.2019

Edition - Société - Agent littéraire - manuscrit éditeur - trouver éditeur


DOSSIER – Entrer en négociations avec une maison d’édition signifie que l’on a déterminé la valeur d’un manuscrit, et ce que l’on compte en obtenir. Le volet qualitatif de l’ouvrage est donc admis, et c’est la dimension financière qui sera désormais abordée. Le travail a un prix, et il convient de s’entendre sur ce dernier. Dans le cadre d'un grand dossier, David Pathé-Camus apporte un éclairage précieux sur le métier d'agent littéraire.


Saint Germain des Près suite à de mauvaises négociations (dystopie) - pixabay licence

 
Comme je le disais, la valeur d’une œuvre (je parle de sa valeur littéraire, comme de sa valeur commerciale) n’est pas subjective. 

Lorsqu’un éditeur — ou un agent — reçoit une œuvre (un manuscrit), il la resitue aussitôt dans sa famille éditoriale, au sens large. Poésie, documents, romans policiers, feel good, upmarket, fantasy, bit-lit, etc. Quel que soit le genre dans lequel votre futur ouvrage s’inscrit, nous (agents et éditeurs) nous faisons une idée de sa « valeur » : d’après sa qualité littéraire (style, histoire), son auteur (connu, pas connu), et le marché qui est le sien (roman policier ou recueil de poèmes ?). 

Évidemment, cela varie plus ou moins, et nous ne sommes jamais à l’abri d’une excellente surprise, mais les tendances sont lourdes et les chiffres têtus. 

En règle générale, les éditeurs font une offre basée sur le premier tirage — reste à savoir quel montant de droits d’auteur potentiellement généré par le premier tirage ils sont prêts à verser à l’auteur. Ils offrent rarement 100 % et tiennent toujours compte des espérances de mise en place. Charge à l’agent d’obtenir, pour son client, la meilleure offre possible. Quand on connaît bien son marché, cela n’a rien de sorcier. Certains éditeurs ont d’ailleurs tendance à toujours faire la même première offre ; à ceux-là, je dis gentiment : « Et si nous commencions par votre deuxième offre ? » 

Il est difficile de dire à quoi ressemble une offre « moyenne », car celles-ci varient considérablement d’un titre à l’autre, d’un auteur à l’autre.

Dans mon cas, j’ai négocié des offres allant de 600 € (pour une nouvelle) à près de 200 000 € — avec une moyenne s’établissant aux alentours de 5 500 € (d’à-valoir). 

 Quant aux pourcentages, pour une œuvre française (qui ne nécessite donc pas de traduction), les royalties tournent généralement autour de 10 %, avec des paliers à 12 % (à partir de 5 000 exemplaires vendus), puis 14 % (au-delà de 10 000 exemplaires vendus).  

Mais tout cela est soumis à d’infinies variations. 

Généralement, l’agent conserve les droits audiovisuels ou les cède à l’éditeur à des conditions plus favorables aux auteurs (75/25 au lieu du 50/50 traditionnel). Il en va de même pour les droits étrangers. Mais tout est négociable : territoires, comme durée de la session.  

Évidemment, ces conditions varient beaucoup en fonction de la notoriété de l’auteur et de la qualité du manuscrit — autrement dit, de la façon dont il s’inscrit dans le marché. 

Mon travail consiste à obtenir pour mon client la meilleure offre possible — ce qui ne veut d’ailleurs pas nécessairement dire « le plus gros à-valoir » possible. 

Il ne s’agit pas de demander, ou de refuser, n’importe quoi. Chaque œuvre, au moment où elle est soumise aux éditeurs, a une valeur commerciale potentielle qu’il appartient à chacune des parties (vendeur-acheteur) d’estimer. Cette valeur, dont je soutiens qu’elle n’est pas subjective, est calculée à partir de ce qu’une œuvre est susceptible de rapporter sur l’ensemble de ses marchés, français et étrangers, grand-format et poche, numérique, droits audiovisuels, etc. 

Pour un agent, avoir une idée aussi précise que possible de ce que vaut, commercialement parlant, l’œuvre que l’on soumet aux éditeurs est indispensable. Cette connaissance, il est rare qu’un auteur l’ait. Rien de plus normal dans la mesure où un auteur négocie rarement plus d’un titre par an, et avec un seul éditeur. Un agent, lui, négocie des centaines de titres, avec des dizaines d’éditeurs.

Au fil des ans, il n’est pas rare pour une agence d’avoir négocié des milliers de titres avec des centaines d’éditeurs. Difficile pour un auteur d’avoir une telle expérience. 

 
Prochain article : « La négociation — partie 3 ».

Précédemment : Négocier la vente d’un manuscrit à un éditeur



Dossier - Profession : agent littéraire, un métier mal connu


Commentaires
Je me trompe ou la valeur d'un agent se trouve là, dans la négociation? Ça serait bien d'avoir des exemples concrets de la différence entre la première offre et l'entente finale, ce que je n'ai jamais vu publié.
Bonjour Etienne,



la négociation est importante, en effet, mais elle ne peut avoir lieu que si l'agent et l'auteur ont bien fait leur travail en amont : sans offre, pas de négociation. Par ailleurs, l'agent est là pour accompagner l'auteur durant (en théorie) l’entièreté de sa vie d'artiste : son travail ne s’achève pas une fois la négociation terminée. En ce qui concerne les différences entre une première et dernière offre, j'ai vu toutes sortes de choses. Dans l'un des cas que j'ai en tête, l'offre que j'avais réussi à obtenir correspondait à 5 fois celle que l'auteur avait eu pour son livre précédent. La différence n’est pas toujours aussi nette, bien sûr, mais en général l'agent parvient à obtenir "la meilleure offre possible", ce que l'auteur n'arrive pas toujours à avoir (ni même à identifier). Mais comme je l’ai dit, l'à-valoir n'est pas tout, et la valeur d'un agent ne se trouve pas que dans la négociation. Beaucoup d’agents savent négocier : cela ne les empêche pas de prendre un agent pour se faire représenter.

Bien à vous,



David
Je m'voyais déjà en haut de l'affiche.

Ah ! Il faut espérer, encore et encore pour continuer à inventer de jolies histoires.

Sans marketing, rien ne se passe pour votre livre. Bah, il reste la postérité.
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