L'éditeur Olivier Cohen invité du festival Vo-Vf, la parole aux traducteurs

Claire Darfeuille - 11.09.2015

Edition - International - Olivier Cohen - traducteurs parole - festival VO-VF


Le festival Vo-Vf, le monde en livres, du 2 au 4 octobre à Gif-sur-Yvette, met à l’honneur la littérature étrangère et ses traducteurs. Olivier Cohen des Éditions de l’Olivier y parlera avec Serge Chauvin, traducteur et critique de cinéma, de sa maison d’édition fondée il y 24 ans et qui faillit s’appeler « Horizons »…

 

Olivier Cohen, fondateur et directeur des Editions de L'Olivier © Olivier Doin

 

 

Avec un catalogue cosmopolite riche d’un millier de titres, Olivier Cohen peut estimer avoir gagné le pari dans qu’il s’était lancé en 1991. Les trois paris, de fait. Celui de publier des écrivains dignes de ce nom, de trouver suffisamment de lecteurs pour que l’entreprise soit viable et de devenir la maison d’édition de référence de la littérature nord-américaine...

 

ActuaLitté : Comment sont nées les Éditions de l’Olivier ?

Olivier Cohen : C’est un concours de circonstances. J’ai été licencié de mon précédent poste au sein d’une maison d’édition et Claude Cherki (ancien président du Seuil) m’a offert de fonder ma propre maison, dont Le Seuil a pris une part minoritaire. Une telle proposition ne se refuse pas. J’avais déjà publié, pour d’autres éditeurs, un certain nombre d’écrivains américains, comme Richard Ford, Raymond Carver, Jay McInerney, etc. qui m’ont rejoint. J’ai pris conscience que l’on pouvait devenir la maison d’édition de référence de la littérature américaine contemporaine. C’était ambitieux à l’époque, mais je crois que l’on a réussi.

 

Vous avez toujours accordé une grande importance à la qualité des traductions

À l’âge de 15-16 ans, je lisais beaucoup de livres étrangers traduits, puis quand j’ai acquis plus d’aisance en anglais et que j’ai pu lire dans la langue originale, j’ai été sidéré. Notamment par la traduction d’Hemingway qui était une sorte d’interprétation étrange. Il faudrait le retraduire entièrement ! Je pense que si Cormac McCarthy avait été bien traduit au départ, il n’aurait pas mis dix ans à être reconnu en France… Aussi, j’ai voulu travailler avec les meilleurs traducteurs possible. Le processus de sélection s’est étendu sur des années et un réseau de traducteurs s’est créé au fil du temps, qui aime travailler avec nous et à qui je confie nos auteurs. Comme nous publions un bon nombre de grands auteurs, les traduire demande une qualification élevée. Mais il reste tout de même de la place pour les traducteurs qui débutent et n’ont pas encore un nom.

 

Relisez-vous toutes les traductions de l’anglais ?

Dans un passé lointain, j’ai beaucoup relu, révisé des traductions et travaillé avec les traducteurs. À présent je délègue entièrement à notre directrice littéraire du domaine étranger, Émilie Lassus qui a pris la suite de Nathalie Zberro (Éditions Rivages) il y a trois ans. Elle relit tout et fait parfois appel à une personne extérieure pour réviser une traduction. De mon côté, je les lis une fois imprimées, sauf s’il s’agit d’une première collaboration… Mais, pour L’Infinie Comédie de David Foster Wallace (1 800 pages), ce fut un vrai travail d’équipe. 

 

L'infinie Comédie, le roman culte de David Foster Wallace enfin traduit en français

 

Une traduction se doit d’être exacte, sans faux-sens ni contresens, mais aussi être dans l’esprit de l’auteur. On ne confiera pas un auteur à tels traducteurs parce que l’on sait que ce n’est pas leur goût ou leur style. Il faut qu’il existe une affinité, comme lorsqu’un pianiste interprète une œuvre musicale.

 

Jean-Pierre Carasso est le traducteur à l’honneur de cette troisième édition, vous avez beaucoup travaillé ensemble ?

On travaille ensemble depuis 30 ans. C’est un ami. Il est le traducteur attitré de Howard Buten et a traduit de grands auteurs, Hubert Selby Jr., Cynthia Ozik, Raymond Carver… Je le considère comme le meilleur traducteur de l’américain, qui n’est pas une langue, mais qui a ses particularités par rapport à l’anglais de Grande-Bretagne ou d’autres pays anglophones. 

 

À l’occasion des vingt ans de L’Olivier en 2011, vous citiez les 10 commandements de l’éditeur indépendant, y êtes-vous resté fidèle ?

J’espère ! Mais, l’éditeur qui les avait énoncés 10 ans auparavant était connu pour ne pas les respecter...

 

Les dix commandements de l'éditeur indépendant, pour mémoire :

 

1. Ne publie que les livres que tu aimes vraiment.

2. Ne publie que les livres que tu as lus toi-même.

3. Ne publie jamais plus de livres que tu ne peux en lire.

4. Ne publie jamais un livre qui t’ennuie, même si tu penses que tu peux le vendre.

5. Ne publie que des livres qui t’émerveillent, te font rire, penser ou rêver.

6. Ne te cantonne pas uniquement à la fiction.

7. Ne pense jamais que les livres rendent les gens meilleurs.

8. Réjouis-toi toujours de ne pas avoir à publier les livres de tes concurrents.

9. N’oublie pas que l’excès de lecture est mauvais pour tes yeux et ton dos.

10. Rappelle-toi que les éditeurs qui ne s’intéressent à rien d’autre qu’aux livres sont dangereux.

 

Table ronde avec Olivier Cohen, animée par Serge Chauvin dimanche 4 octobre au Château du Val-Fleury à 16h.

 

Toutes les infos pratiques et la programmation détaillée sur le site du festival et la page Facebook.


Pour approfondir

Editeur : Editions de l'Olivier
Genre : littÉrature...
Total pages : 1488
Traducteur : r francis kerline
ISBN : 9782879299822

L'Infinie comédie

de David Foster Wallace

Traduit de l'anglais (États-Unis) par Francis KerlineL’Amérique, dans un futur proche. Les U. S. A., le Canada et le Mexique ont formé une fédération surpuissante, et la Société du Spectacle a gagné: les habitants ne vivent plus qu’à travers la télévision, les médicaments, l’ultra-consommation et le culte de l’excellence. Parmi eux, la famille Incandenza, avec les parents James et Avril et leurs trois fils – dont Hal, un tennisman surdoué promis à un brillant avenir. Mais de dangereux séparatistes québécois, en luttecontre la fédération, traquent cette famille singulière pour mettre la main sur une arme redoutable: L’Infinie Comédie, une vidéo réalisée par James Incandenza, qui suscite chez ceux qui la regardent une addiction mortelle…Livre culte dès sa parution aux États-Unis en 1996, ce texte prophétique a fasciné ses lecteurs dans le monde entier. Considéré comme l’un des cent meilleurs romans du XXe siècle, L’Infinie Comédie est enfin publié en France.

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