Open Access : Les bibliothèques académiques freinées par les budgets

Antoine Oury - 25.08.2014

Edition - Bibliothèques - publications académiques - Open Access bibliothèques - IFLA WLIC 2014


Dans le champ des recherches scientifiques et des études en tous genres, l'Open Access, ou libre accès, a essaimé depuis le début des années 1990. Soucieux du savoir commun et du partage de la connaissance, des chercheurs se sont alors emparés de l'outil Internet pour publier en libre consultation le fruit de leurs recherches. Des journaux académiques en libre accès sont apparus depuis, et la question de leur prise en compte par les bibliothèques se pose.

 


Open Access Week 2013

(SLUB Dresden, CC BY 2.0)

 

 

Les bibliothécaires, et plus spécifiquement les personnes en poste dans des établissements académiques, ont observé avec intérêt le développement de ce mode de publication. Le Directory of Open Access Journals (DOAJ), répertoire de référence pour les publications scientifiques en Open Access, recense près de 10.000 revues académiques.

 

Les modalités de publication, à l'intérieur de l'Open Access, sont diverses : certains articles sont uniquement publiés par ce biais, d'autres sont évalués par des pairs, d'autres encore sont publiés simultanément au sein d'une revue traditionnelle, gérée par une maison d'édition commerciale. L'intégration au sein des collections d'une bibliothèque académique, ou d'un centre de documentation, dépend de ces modalités : la gestion des droits et des accès sera différente selon ces dernières.

 

En résumé, 6 points apparaissent cruciaux dans la gestion de ressources en Open Access :

  • Problèmes techniques
  • Vérification qualitative des publications en Open Access
  • Indexation des publications en Open Access
  • Gestion des modèles Open Access au niveau économique
  • Préservation à long terme des collections
  • Promotion des ressources en Open Access

Le rôle des bibliothécaires, dans l'intégration de collections en Open Access, apparaît plus important que jamais : dans le domaine de l'accès libre et de la publication rapide, les revues scientifiques en Open Access ne procèdent pas toujours à une sélection scrupuleuse. En 2013, le journaliste en science et en biologie John Bohannon avait mené une expérience concluant que 157 revues scientifiques ne sélectionnaient pas les articles. Si le pourcentage est faible, le risque existe.

 

Quelques critères pour procéder aux vérifications ont été publiés, mais le regard critique reste l'élément indispensable d'une sélection qualitative. Et le temps des bibliothécaires, en universités ou au sein des centres d'archives, n'est pas extensible... 

 

La gestion des accès fait déjà partie des tâches les plus importantes au sein des bibliothèques

Sondage mené en Allemagne, Grande-Bretagne et aux États-Unis par Miriam Lorenz

 

 

Du côté de la gestion, l'exercice se révèle aussi périlleux que celui du prêt numérique en bibliothèque publique : les APC (Article Processing Charges) ont été adoptées par la quasi-totalité des revues en Open Access, mais aussi commerciales. Elles définissent le tarif d'une publication au sein d'une revue, payé par l'institution à l'origine de la recherche ou celle à laquelle le chercheur est affilié. En règle générale, ce tarif est proportionnel à la réputation de la revue, ainsi qu'à son audience.

 

Par ailleurs, si l'accès aux articles est gratuit au format HTML, le téléchargement et la lecture aux formats PDF ou EPUB est généralement soumise au paiement d'un droit d'accès.

 

Les institutions, souvent courtes en budget, n'ont pas toujours les finances nécessaires à l'achat de contenus issus de revues scientifiques en Open Access, étant donné le coût déjà important des revues de maisons d'édition traditionnelles. En Italie et en Grande-Bretagne, révèle un sondage mené par le Conseil national de la recherche (Italie), le budget consacré à l'Open Access oscille entre 1 % et 5 % du budget global des établissements britanniques, et la moitié n'a pas évolué ces cinq dernières années. En Italie, il s'étend de 0,03 % à 1,25 %.

 

Pourtant, le mouvement de l'Open Access fut perçu pendant longtemps comme un moyen de parer au monopole des grandes maisons d'édition en matière de publications scientifiques. Comme tout monopole le suppose, le contrôle des prix est alors confié à un seul acteur, laissant craindre des hausses de tarifs sans précédent. Selon le sondage de Miriam Lorenz, ce problème est toujours épineux, particulièrement en Europe.

 

 

 

Malgré la contraction des budgets, particulièrement forte aux États-Unis, mais également en Europe, le modèle de l'Open Access n'est pas encore adopté, de manière générale, au sein des établissements scientifiques ou de recherche. Le sondage mené par Miriam Lorenz révèle une faible adoption des ressources Open Access, et l'absence de véritable plan d'intégration pour la plupart des acteurs interrogés.

 

 

La majorité des répondants (107) n'ont pas de contenus en Open Access

 

 

Miriam Lorenz, de l'Institut des Sciences de l'Information de Cologne, tire des résultats de son sondage une interrogation majeure quant aux rôles des bibliothécaires et des archivistes dans le modèle de l'Open Access. Elle note cependant que l'adoption de ce dernier est freinée par les restrictions budgétaires, faisant craindre que l'entrée d'un nouveau mode de publication et de gestion ne fasse qu'augmenter la pression économique.