Opération 300k : 100.000 exemplaires vendus par Bragelonne

Nicolas Gary - 24.01.2013

Edition - Les maisons - opération 300k - Bragelonne - livres numériques


Exclusif : L'opération 300k de Bragelonne s'est achevée dans la joie et la bonne humeur. Une fois encore, l'éditeur a fait très fort : durant trois journées, 100 titres numériques étaient commercialisés - donc 300 titres numériques - au prix de 99 centimes. « On est très content, il faut commencer par là », sourit Claire Deslandes, directrice éditoriale de Bragelonne. Et pour cause : les résultats sont plus qu'au rendez-vous, avec des ventes démentes.

 

 

Alexandre Levasseur et Claire Deslandes

Crédit ActuaLitté

 

 

300 titres, trois jours et un livre numérique offert en cadeau - un exemplaire de Conan, qui ouvre la porte à d'autres surprises pour l'année à venir - et après l'arrêt des compteurs, ce sont 100.000 exemplaires qui ont été vendus. « On avait déjà annoncé qu'il n'y aurait pas d'opération après 300k, et en plus, nous avons déjà atteint les 400.000 ventes d'ebooks désormais : impossible de recommencer », plaisante-t-elle.

 

En son temps, l'opération 200k avait montré clairement que l'opération nécessitait d'étaler dans le temps l'offre, et faire durer dans le temps. « Notre objectif en tant que diffuseur, c'est que les lecteurs naviguent dans les stores, au fil des journées, en consultant les sélections que nous avions opérées. On voulait susciter l'intérêt, chaque jour différemment, avec des livres différents, et pas tout offrir d'un coup », ajoute Alexandre Levasseur, directeur commercial du diffuseur e-Dantes.

 

« Le succès de cette opération tient avant tout à l'énergie démesurée que les stores ont pu investir au cours de ces trois jours, autant qu'au soutien des lecteurs, qui, sur Twitter, ont par exemple largement diffusé l'information, commenté... certains ont même publié des sélections, en choisissant les titres qu'ils préféraient, pris dans les sélections quotidiennes... »

 

Un rendez-vous largement suivi

 

En outre, certains stores qui n'avaient pas pris part à 200k - Kobo et Fnac - ont mis les bouchées doubles pour arriver à suivre le mouvement. On cite également le cas de Sanspapier.com, qui a préféré couper son store, à cause d'un problème technique qui ne lui permettait pas de suivre l'opération correctement. « Cela démontre le respect qu'ils ont pour notre travail, et aujourd'hui, c'est particulièrement important », note Alexandre Levasseur. « Il ne faut pas oublier les agents, qui ont accepté de nous renouveler leur confiance - d'autant qu'ils sont très satisfaits du résultat », insiste Claire Deslandes. 

 

En termes de chiffres, la répartition des résultats diffère toutefois des précédentes éditions. D'abord, la présence de Fnac et Kobo ampute les parts de chacun des acteurs. « Si je vais avoir du mal à dire que la librairie indépendante s'est distinguée pour 300k, il faut souligner qu'elle s'en est très bien sortie, avec 39 % des ventes réalisées. Des librairies comme Feedbooks ont crevé le plafond, et chacun a multiplié au moins par trois ses résultats. En temps normal, Apple, Amazon, Kobo-Fnac représentent 85 % des ventes. Pour 300k, Amazon, de son côté, représente à lui seul 30 % des ventes d'ebooks. »

 

Même Apple a joué le jeu de la mise en avant, puisqu'une mise à jour particulière de la home page a été validée par les États-Unis, présentant une brique spéciale ‘Operation 300k'. Dans les tops, durant le week-end, on comptait 83 titres dans les 100 meilleures ventes et 86 chez Apple, ajoute Alexandre Levasseur. 

 

Chez Bragelonne, on reconnaît que tous les stores ne sont pas équipés également pour faire face à une pareille opération. « Certains doivent espérer que l'on ne recommencera pas trop vite », parce que les conditions techniques, de surveillance de machines, autant que l'implication humaine, sont autant de difficultés. « Pour certains, mettre trois personnes de plus dans l'équipe pour trois jours, ce n'est financièrement pas un problème. Ce n'est pas le cas pour tout le monde. »

 

Panier moyen entre 8 et 9 €

 

Financièrement, les différentes opérations témoignent d'ailleurs d'une certaine régularité : le panier moyen tourne autour de 8 à 9 €, ce qui est déjà important - et durant 300k, c'étaient des lecteurs qui sont revenus durant chacune des journées. Des internautes ont même confié avoir acheté plusieurs dizaines d'ouvrages, pour toute la famille. Alexandre Levasseur jubile : « C'est littéralement génial, quand cela devient transgénérationnel et que tout le monde y trouve son compte. C'est le contrepoint du lecteur qui nous remercie, après avoir acheté un ouvrage qu'il vient de finir, et qui, sans l'opération à 99 centimes, garantit qu'il n'aurait pas acheté le livre. »

 

Et sans compter que le panier moyen représente huit ou neuf livres achetés d'un coup, voire achetés chaque jour. De la lecture pour toute l'année ! En parallèle, l'opération a gonflé les ventes : en décembre 2012, les résultats n'ont pas été aussi importants, en termes de croissance, qu'en 2011. Si janvier a bien commencé, les ventes n'étaient pas aussi importantes que l'année passée.

 

« Ce qu'il y a de bien quand on travaille avec Bragelonne et e-Dantès, c'est qu'on ne peut pas se reposer sur ses lauriers ! Comparé à l'opération 200k, plus de canaux de vente souhaitaient être impliqués, sans toujours mesurer ce qu'impliquent 600 changements de prix programmés sur 72h. Merci aux humains qui se sont couchés tard pour surveiller les robots ! Toujours est-il que c'est bien la preuve que lorsque les acteurs de la chaîne abordent le livre numérique avec le même niveau de professionnalisme que le livre papier, tout le monde est récompensé », précise Xavier Cazin, de Immatériel, qui a travaillé de concert avec le diffuseur.

 

Regarder vers l'avenir : c'était bon

 

Le mouvement a tellement été bien suivi, que même certains forums de pirates bien connus, ont assuré qu'ils ne mettraient pas les livres achetés dans le cadre de cette opération, en téléchargement. Pour soutenir l'opération. Et si certains ont regretté un manque de titres Milady Romance, qu'ils gardent les yeux bien ouverts, la Saint Valentin arrive...  

 

« On a plein de projets pour 2013, mais nous avons d'autres projets, plein d'autres projets. De façon thématique, événementielle, nous avons des possibilités infinies. Avec le papier, il fallait imprimer des éditions spéciales, le numérique, ce sont des alternatives incroyables », assure Claire Deslandes. Et puis, pour amener les lecteurs vers le livre numérique, il existe des approches autres que l'homothétique, garantit l'éditeur.

 

 

 

 

Si l'opération XXXk est donc une page tournée, la critique n'a pas manqué, tant pour évoquer un marketing qui dévalue les livres, que dans son aspect techniquement lourd. « Au contraire, c'est une opération temporaire, qui apporte un éclairage tout particulier sur des oeuvres précises. Ça amène des lecteurs à mieux connaître notre maison, notre catalogue, à s'intéresser à des séries. Pour moi, cela ne dévalue pas du tout, au contraire », rassure-t-elle.

 

Au menu, Fantasy et trois auteurs phares 

 

Reste que le grand intérêt de cette opération, c'est le recrutement des lecteurs. Toutes les opérations mises en place chez Bragelonne et qui se suivent, avec un fil rouge très précis, d'expérimentations diverses autour de la promotion et du marketing, s'achèvent avec 300k, qui en cristallise toute l'intensité. « C'est la consécration de toutes ces opérations », résume Alexandre. Tout avait été mesuré, après chaque expérience, et analysé, pour définir les meilleures stratégies à adopter. « On avait besoin et envie de faire monter des auteurs, comme Raymond Feist, qui a dépassé toutes nos espérances. Ou d'en faire découvrir d'autres, comme Alexandre Malagoli, avec son nouveau livre, Sanctuaire. Un auteur historique, absent très longtemps, et qui présente là un résultat incroyable. » pointe Claire.

 

Reste alors l'indispensable top 3 des meilleures ventes, hors gratuit, le fameux Conan :

  • Raymond Feist
  • Andrzej Sapkowski, Le dernier voeu (qui accessoirement a donné lieu à une saga en jeu vidéo)
  • Pierre Pevel, auteur majeur de la fantasy en France.

Globalement, d'ailleurs, la fantasy a pris les 15 premières places des meilleures ventes, « bien que la différence se joue à deux ou trois exemplaires près. On nous a pourtant reproché sur les réseaux sociaux qu'il y ait trop de bit-lit», s'amuse e-Dantes. Des auteurs très installés, qui font la différence, probablement. Tous les tomes 3 se sont mieux vendus que les tomes 1 et 2, assez logiquement, puisqu'ils suivaient les précédentes opérations 100k et 200k. La SF s'est bien défendue - Arthur C. Clarke peut se féliciter.

 

Une conclusion reste : « 100.000 exemplaires quoi ! »