Opportunités et menaces sur le marché du livre en Russie

Julien Helmlinger - 27.02.2015

Edition - Economie - Marché - Russie - Industrie


Selon l'éditrice Irina Gusinskaya, de la maison Alpina Publisher, l'industrie de l'édition en Russie ne serait pas épargnée par les effets de la crise économique. Interrogée récemment par l'International Publishing Association, elle a dressé son diagnostic quant aux menaces et opportunités propres au marché du livre russe. Après une année 2014 qui avait débuté de façon relativement optimiste, la situation s'est ensuite détériorée.

 

 

 

Sur l'ensemble de l'année, les ventes d'Alpina Publisher ont certes progressé de 11 %, mais ce chiffre reste en deçà des espérances. Le début de l'année avait rendu la maison confiante, l'été fut « comme à son habitude presque une saison morte », ensuite la crise économique et politique a eu raison de l'optimisme initial avant que les fêtes ne rattrapent le coup. La demande sur le marché du livre serait en berne, quand la chute du rouble rend les droits étrangers plus onéreux.

 

Des registres de lectures qui ont le vent en poupe

 

Globalement, en Russie, parmi les catégories de livres qui se vendraient le mieux actuellement, elle cite notamment les publications destinées aux jeunes parents, sur des thèmes comme l'éducation et le développement des enfants. Auraient également le vent en poupe, les titres destinés à renforcer les compétences du développement cognitif, et depuis quelques années les ouvrages prônant un mode de vie saine, invitant au bien-être ou encore à la méditation, selon l'éditrice. 

 

Dans un autre registre, les lecteurs russes donneraient également dans les bouquins sur les startups et l'esprit d'entreprise, comme le livre Zero to One, de Peter Thiel, ou The Lean Startup par Eric Ries.

 

Pour ce qui concerne plus précisément la maison Alpina, les best-sellers du moment sont les titres Kindergarten Is Too Late, par Masaru Ibuka, The Seven Habits of Highly Effective People, signé Stephen Covey, ainsi que Atlas Shrugged, de Ayn Rand. Deux autres livres d'auteurs russes se sont bien écoulés en librairies, le premier à propos de l'entraînement de la mémoire et l'autre sur les mythes de beauté.

Irina Gusinskaya estime enfin que la demande de publications richement illustrées et aux formats personnalisés se fait de plus en plus importante dans le pays. 

 

Moins de tirages et plus d'exigences qualitatives

 

En moyenne le prix d'un livre de 300 pages, format imprimé en noir et blanc, à couverture rigide, en catégorie non-fiction pour adultes, était de 500 roubles en 2014, ce qui représenterait moins de 7 euros en tenant compte des taux de change actuels. Le tarif serait le double pour l'impression en couleurs, et selon l'éditrice les lecteurs seraient prêts à payer plus cher quand les textes s'accompagnent de visuels.

 

Les tirages sont en baisse dans le pays. La moyenne serait passée de 3000 exemplaires il y a un an à pas plus de 2000 aujourd'hui. Le coût de production pour chaque exemplaire serait en hausse, en raison d'un papier importé devenant prohibitif. Un contexte qui fait de l'impression à la demande une option de plus en plus attrayante, en promettant aux éditeurs une théorique réduction des dépenses de stockage.

 

Adoption des contenus numériques, mais réticences à payer

 

Le commerce de fichiers électroniques se démocratise peu à peu en Russie, mais le livre ne représente qu'une infime part des revenus générés par les contenus numériques dans le pays. Une grande partie de la population estimerait que les biens culturels dématérialisés devraient être gratuits, si bien que lorsqu'un ebook est publié il se retrouve souvent sur les plateformes de partage illégal dès le lendemain.

 

Dans ce contexte, Alpina Publisher, qui publie en EPUB2 et sans DRM, s'est essayé pour la première fois au livre numérique enrichi, et plus précisément au rayon manuel scolaire, partant du principe que cette valeur ajoutée multimédia se prêtait idéalement aux ouvrages éducatifs. Pour ce faire, la maison y a injecté une dose de vidéo, d'infographie, de tests, contenus audio et autres animations.

 

En somme, l'éditrice semble convaincue que pour répondre aux attentes des lecteurs russes, il fallait être capable de leur offrir un livre de qualité, aux contenus pertinents et dans le format approprié.