Orange mécanique : 50 ans et encore toute sa pulpe

Clément Solym - 11.09.2012

Edition - Les maisons - Orange mécanique - 50 ans - Anthony Burgess


 Orange mécanique : ce titre étrange couvre deux oeuvres du XXe, dont la plus fréquemment citée reste le film de Stanley Kubrick, adaptée de la dystopie du Britannique Anthony Burgess (1917-1993). Mais la moitié de siècle que l'on fête pour l'ouvrage aurait pu être tout aussi sombre que l'univers de la bande de drougies : Orange mécanique a failli ne pas voir le jour dans sa version originale.

 

 

Quand Anthony Burgess dépose le manuscrit d'A Clockwork Orange chez William Heinemann, un éditeur britannique, il a déjà écrit 2 symphonies, tiré plusieurs centaines de pages de son expérience de professeur en Malaisie, et servi dans la British Army. Autant dire qu'il se fait plaisir : la tradition nationale de l'anticipation philosophique, façon More, Swift, Orwell et consorts, il compte bien la faire creecher.

 

Il y met tant d'application que la lectrice de la maison Heinemann, Maire Lynd, n'est pas tendre dans sa fiche : elle comprend les origines linguistiques (Burgess l'a enseigné) du Nadsat, un argot spécialement créé par l'auteur, qui mélange d'après elle « un parler en rimes, des termes balkaniques et une pointe de langage gitan ». Bien vu, mais la lectrice est impitoyable : « C'est impressionnant, mais plutôt difficile à lire, jusqu'à en devenir comique sans le vouloir. »

 

« Plutôt cynique », le livre de Burgess la laisse finalement démunie : « Avec un peu de chance, ce livre deviendra un énorme succès et fournira aux ados de nouvelles expressions. Mais il peut aussi faire un bide total. Ce sera probablement l'un ou l'autre. » Merci le comité de lecture : Heinemann réalise qu'il ne peut compter que sur lui-même et décide de publier le bouquin. En même temps, il vient de passer à côté de Lolita, alors l'avis de la stagiaire, il s'en bat les yarblockos.

 

 

A lire

Dans les archives secrètes d'Anthony Burgess et d'Orange mécanique

 

 

Dommage : la sortie du livre passe presque inaperçue, et ce n'est qu'aux États-Unis que le livre subira un tabassage en règle au moment de sa publication, en... 1986. L'éditeur américain décide en effet d'ôter à l'Orange mécanique son troisième et dernier quartier, celui où Alex, le jeune homme « passionné par l'ultraviolence et Beethoven », paie au prix fort la rédemption de ses péchés.

 

Le roman connaît la notoriété avec l'adaptation qu'en fait Stanley Kubrick en 1971, film que le réalisateur choisira d'interdire au Royaume-Uni après qu'il fut associé à un fait divers : des gamins s'étaient crus drougies. Une véritable punition, puisque le long-métrage renferme quelques fameux exemples de plans « one-point perspective », que la vidéo ci-dessous traduira mieux en images.