Orhan Pamuk condamné : on ne dénonce pas le génocide arménien

Clément Solym - 30.03.2011

Edition - Justice - pamuk - turquie - wilileaks


La relation amoureuse entre la Turquie et son écrivain Orhan Pamuk se poursuit. Alors qu'en mai 2009, le pays affirmait sa volonté de continuer les poursuites, que croyez-vous qu'ils ont fait ? Évidemment, la Turquie a continué.

En février 2005, le prix Nobel de littérature déclarait que « 30.000 Kurdes et un million d'Arméniens ont été tués sur le territoire et personne sauf moi, n'ose en parler ». Et la Turquie s'était ruée sur l'article 301 du Code pénal pour intenter un procès contre Orhan Pamuk. « Je crois comprendre que je pourrais être jugé de nouveau, mais rien n'est certain. De toute façon, je n'ai pas aucune appréhension », assurait-il.


À raison, et à moitié tout de même. En effet, la plainte du gouvernement turc a abouti à une sanction de 6000 lires locales, qui seront réparties entre les cinq plaignants. Ces derniers accusaient en effet l'écrivain de mettre en accusation le peuple turc et en vertu de l'article 301, qui condamne toute insulte faite au pays, tentaient de faire revenir l'auteur sur ses propos. (via Bloomberg)

Orhan Pamuk dispose d'un délai légal de 15 jours pour faire appel de la sanction.

Wikileaks et la diplomatie US

Ce qui est intéressant, c'est qu'en croisant avec les câbles de Wikileaks, on trouve une réaction de Washington, envoyant un message à Ankara, pour explique combien il était absurde que l'écrivain subisse une procédure judiciaire pour ses propos.

L'ambassadeur Ross Wilson, alors en Turquie, écrivait que, si en 2005 la liberté d'expression existe bien dans le pays, il faudra encore beaucoup de temps « pour convaincre les Turcs que cette liberté recouvre aussi le droit de critique et qu'il faut établir des garanties pour protéger ce droit ». (via Taraf)

Pamuk s'en était également pris à Paris, fin 20006, alors que le pays réfléchissait à la pénalisation de la négation du génocide arménien. « Ce que les Français ont fait est une erreur. Cela ne correspond pas à la tradition française de libéralisme. »

Parmi les personnes que les 6000 lires turques doivent indemniser, un certain Kemal Kerinçsiz, avocat nationaliste et soupçonné d'implications politiques extrémistes.


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