Orhan Pamuk dénonce la surreprésentation des auteurs occidentaux

Clément Solym - 27.01.2011

Edition - Société - ohran - pamuk - colère


L’auteur, très sérieux au festival de littérature de Jaipur, a estimé qu’un évènement comme celui qui se tenait était dominé par des auteurs écrivant en anglais, et ne représentait pas de manière juste les différentes voix de la littérature.

Quand il est monté sur l’estrade pour s’exprimer, suivi de Kiran Desai (lauréate du Prix Booker en 2006), Pamuk a dit qu’être un écrivain du monde non-occidental posait une constellation de problèmes, tels que la question de l’expérience humaine, marginalisée car écrite dans une autre langue que celle du monde occidental.

« Ma préoccupation essentielle concerne les écrivains non-occidentaux : ils ne jouissent pas d’une véritable représentation. La plupart des écrivains présents à ce festival écrivent en anglais, peut-être parce c’est la langue officielle ici. Mais le travail de ceux qui écrivent dans d’autres langues est rarement traduit, et n’est jamais lu. Il s’agit d’une lacune importante », a-t-il déclaré.


L’auteur, qui écrit en turc et situe tous ses récits à Istanbul, sa ville bien-aimée, semblait irrité par le monde littéraire occidental qui à ses yeux s’acharne à provincialiser son travail : « quand je parle d’amour dans mes livres, les critiques américains et britanniques disent que j’écris des choses très intéressantes sur l’amour en Turquie. Pourquoi ne peut-il pas s’agir de l’amour en général ? Je suis toujours plein de ressentiment et de colère face à cette tentative de réduire mes écrits et ma capacité à traduire l’expérience humaine. Quand des auteurs non-occidentaux expriment cette humanité à travers leur travail, leur humanité est réduite à l’humanité de leur nation. »

Pamuk a aussi fait écho de la peur de Kiran Desai d’être considérée comme une représentante de son pays natal, l’Inde. « Un autre problème, qui est la conséquence des autres et dont Kiran a parlé, est la question de la représentation. Vous êtes réduit et rétréci, acculé au statut d’écrivain qui serait uniquement un porte-parole national, mais qui aurait néanmoins un léger intérêt anthropologique », a observé l’auteur.


Connu pour ses œuvres largement traduites, à l’instar de Mon nom est Rouge, Neige ou Le Musée de l’Innocence, Pamuk voit l’Occident comme une minorité, dans laquelle les autres voix n’ont pas la chance de percer, et ainsi l’expérience humaine se perd…

Kiran Desai a, elle, exprimé son désarroi d’être tiraillée entre plusieurs pays et a mentionné qu’après le 11 septembre, le monde littéraire américain « pourrait au moins prendre en considération le monde extérieur, et cela inclut le monde des livres ».