Oublier Saint-Germain : le livre parisien se plaît au nord-est

Antoine Oury - 24.04.2013

Edition - Société - filière livre - Nord-Est parisien - Fontaine O Livres


La Direction à la Politique de la Ville et à l'Intégration (DPVI) de Paris accompagne depuis 2009 la dynamique de la filière livre du Nord-Est parisien, en soutenant l'association Fontaine O Livres (chez laquelle ActuaLitté est hébergé) dans sa mission d'expertise sur le territoire. Pour ne pas risquer le conflit d'intérêts, Fontaine O Livres a délégué l'étude du territoire à Benoît Berthou, du LABSIC (LABoratoire des Sciences de l'Information et de la Communication) de l'Université Paris 13.

 

 

 Fontaine O Livres, rue de la Fontaine au Roi (11e)

 


Un premier aperçu des enjeux du territoire avait été dressé par l' « Étude de faisabilité et de préfiguration d'un Système Productif Local sur le Nord-Est parisien », suivi d'une feuille de route adressée à Fontaine O Livres pour développer la filière livre. La pépinière a mis à disposition ses données afin de compléter celles de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris, afin d'actualiser les résultats.

 

Le territoire Nord-Est abordé par l'étude est constitué par les 9e, 10e, 11e, 18e, 19e, 20e arrondissements, ainsi que par le département de Seine-Saint-Denis (93). Pour comparer et évaluer les résultats observés, l'étude utilise en contrepoint les quartiers parisiens historiquement liés au livre : les 5e, 6e, 15e et 17e arrondissements.

 

 

D'entrée, le rapport note que le pessimisme de mise il y a quelques années est en porte-à-faux avec les résultats actualisés : l'emploi de la filière, dans le Nord-Est parisien, a considérablement bien résisté entre 2008 et 2010 par rapport à la période (2000-2010), tandis que le centre historique essuie encore un recul de 8,92 % sur la même période.

 

Ce déplacement serait dû à la gentrification du territoire, auparavant populaire : les bobos à l'assaut, ou, selon les termes de l'étude, le déplacement « des catégories socio-professionnelles moyennes et supérieures ».

 

Globalement, le secteur nord-est parisien s'est donc consolidé et structuré, même si les arrondissements présentent toujours des disparités : « [C]ertains arrondissements présentent une hausse de plus d'un tiers de la main-d'oeuvre salariée (tel le 20e) alors que d'autres enregistrent une très forte baisse (-72 % pour le 19e, chiffres à relativiser avec le départ en 2000 du groupe Elsevier Masson et ses 354 salariés pour Issy-les-Moulineaux) », précise l'étude. La Seine-Saint-Denis encaisse particulièrement, avec un recul de l'emploi salarié (édition-librairie) de 37,97 % sur la période 2008-2010.

 

 

 

 

Le dynamisme du nord-est parisien semble tout de même s'arrêter au périphérique, et l'auteur de l'étude préconise une politique régionale de valorisation du livre pour éviter la fracture : ce sont 120 emplois perdus en Seine-Saint-Denis, 35 à Montreuil et 24 à Saint-Denis sur la période 2008-2010... Sur 40 librairies présentes dans le département en 2008, 11 ont mis la clé sous la porte. Un grand nombre de villes ne disposent ainsi que d'une seule librairie (Epinay, Les Lilas, Le Raincy, Rosny-sous-Bois, Villepinte), et plus encore en sont privées (Bagnolet, Bobigny, Drancy, Pierrefite, Sevran, Tremblay…).

 

Enfin, l'étude évoque les bibliothèques, qui connaissent une augmentation substantielle de leurs prêts (+ 50 % en moyenne, tous supports confondus entre 2007 et 2011, + 25 % pour le territoire nord-est), comme équipement culturel indispensable. Si elle juge la qualité de ces dernières satisfaisantes, elle note toutefois que bibliothèques et librairies sont encore sous-représentées dans certains arrondissements (Chaussée d'Antin, Porte Saint-Denis, Porte Saint-Martin, Hôpital Saint-Louis, Goutte d'or, Auteuil, Necker, Saint-Fargeau, Charonne), au regard de leur population.

 

Malgré ces réserves, le territoire est tout de même consolidé : toutefois, l'étude ne peut pas prendre en compte, pour cause d'absence de données, les statuts d'autoentrepreneur ou les contrats d'auteur, qui viennent s'ajouter à la dynamique ambiante. Et la majeure partie de la filière livre est pourtant constituée à 80 % de Très Petites Entreprises (TPE), comme le note le document.

 

Ces dernières sont accueillies par le nord-est parisien, « lieu d'hospitalité pour les « petits » du secteur » : si le territoire accueille des entreprises encore fragiles, parfois constituées d'une seule personne pour tout effectif, la croissance est au rendez-vous sur cette partie du territoire parisien : 

 

 

 

L'étude évoque pour finir la fameuse feuille de route remise à Fontaine O Livres en 2010, et recommande à la pépinière de se rapprocher des libraires, particulièrement en Seine-Saint-Denis. De 65 adhérents en 2012, elle compte atteindre la centaine en 2014. L'étude préconise une hausse globale des subventions accordées à la pépinière, notamment pour l'embauche d'un salarié supplémentaire et l'agrandissement de la capacité d'accueil. 

 

En guise de conclusion, l'étude termine sur une note unificatrice : « Fontaine O Livres dispose d'une expertise reconnue en terme d'emploi et d'animation de réseaux d'acteurs du livre, le Labo de l'édition s'est positionné sur l'innovation et le développement de nouveaux produits éditoriaux, le MOTIF a pour mission de cartographier et analyser le territoire d'Île-de-France », et l'auteur propose de les rassembler dans « Paris Livres », fédération littéraire visant à mieux coordonner les actions locales et régionales.

 

 

  Étude de la filière du livre sur le territoire Nord-Est Parisien by ActuaLitté