Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Ouganda : le président Yoweri Museveni, devenu diabolique

Nicolas Gary - 31.07.2013

Edition - International - Ouganda - opposants au régime - Norman Tumuhimbise


Norman Tumuhimbise, militant entré dans l'opposition, et combattant farouche du président Yoweri Museveni, vient de publier un livre, Behind the Devil's Line. Un ouvrage qui ne plaît pas aux policiers qui viennent de l'interroger pour comprendre qui peut bien être le Diable dont il est question dans le titre. Réponse de normand de Norman : à vous de trouver. C'est que, diffamer un président, cela peut toujours coûter cher.

 

 

Kampala

Kampala, capitale de l'Ouganda

Conservation Concepts, CC BY 2.0

 

 

L'Ouganda vient de sortir d'une situation politique violente : une vague de répression contre des manifestants s'est soldée par une action policière rude. Ces militants, désireux de grossir les rangs d'un mouvement opposé à Museveni, se sont également lancé dans la rédaction de livres et de tracts, qu'ils souhaitent tout aussi efficaces que les pancartes dans les rues. 

 

Les forces de sécurité ont alors lancé une campagne de répression contre les manifestants qui s'étaient retrouvés dans les rues de la capitale Kampala, notamment avec des gaz lacrymogènes, mais également des balles réelles. Pour disperser la foule, rien de plus efficace. Pour conforter les opposants dans leurs convictions, aussi. 

 

Depuis 1986, Museveni a pris le pouvoir, par la force, et promis par la suite de réformer la politique de violence du pays. À ce jour, il est l'un des plus anciens gouvernants d'Afrique, et aux yeux de certains, un véritable dictateur. Difficile de ne pas franchir le pas entre le Dictateur et le Diable : sur les forums d'internet, les usagers ne s'en privent d'ailleurs pas.

 

D'autant que, récemment, Tumuhibise a livré une exégèse de son livre : « Le diable, pour être sincère, c'est le président. Plus Museveni reste au pouvoir, plus il devient une lourde responsabilité pour le pays », rapporte l'AP.

 

C'est dans ce contexte que le livre de Tumuthimbise est sorti, particulièrement boudé par les librairies : pour assurer la diffusion de l'ouvrage, c'est à des proches, des amis, dans une distribution presque confidentielle et sous le manteau, que l'on fait confiance. Impossible de le mettre ouvertement sur le marché : l'auteur redoute que l'État n'achète la totalité des exemplaires et les fasse détruire. Entre autres choses, Tumuhimbise compare le président ougandais à Kadhafi, le dirigeant lybien. Rien que ça.

 

Son ouvrage, autoédité, s'est écoulé à 16.000 exemplaires. « Les livres ont été rapidement achetés. Il est maintenant difficile d'en trouver une copie », ajoute l'aueur.

 

Chez les officiels, un porte-parole du gouvernement minimise l'importance du livre, assurant qu'il ne mérite pas que le lectorat lui consacre trop de temps. « J'estime que si diaboliser le président peut l'aider à se construire, alors il ne sera pas le premier. Il va rejoindre une longue liste de personnes », assure Ofwono Opondo. Dans cette liste, on trouve d'autres opposants, qui, depuis la réélection de 2011, considèrent que Museveni veut finalement devenir président à vie. De même, on l'accuse d'encourager la corruption, qui profite à ses amis, alors que le pays vit dans une grande pauvreté. 

 

En effet, 35 % de la population, selon une estimation de mars 2012 vivraient sous le seuil de pauvreté, calculé en regard de critères propres au pays. L'UNESCO avait diffusé un document en 2005 pour évoquer une situation de pauvreté absolue. 

 

Aujourd'hui, l'Ouganda est en passe de devenir l'un des principaux producteurs de pétrole en Afrique. 

On se souviendra, à ce titre, que la société d'édition Ecosociété avait fait paraître un ouvrage, Noir Canada, mettant en cause la société Barrick Gold, dans son exploitation pétrolière, justement en Ouganda. Le livre évoquait des « collusions mafieuses ».