“Oui, les éditeurs doivent être meilleurs pour trouver et promouvoir les voix noires”

Gariépy Raphaël - 02.10.2020

Edition - Société - Hashtag Press Edition - Hashtag Blak collection - racisme lettre ouverte


LETTRE OUVERTE – À l’occasion du #BlackHistoryMonth, Leonie Huie, Abiola Bello, Suzy Rowland, Annabelle Steele et Nuzo Onoh, 5 autrices noires britanniques s’expriment dans un texte adressé au monde de l’édition. Un courrier qui brosse « une perspective honnête et sans faux semblants de ce que signifie être une auteure noire britannique au Royaume-Uni aujourd’hui ».
 


Dans un communiqué datant du 28 septembre, la maison Hashtag Press s’associait avec The Author School et The Diverse Book Awards pour annoncer le #BlackHistoryMonth, un mois d’octobre consacré à la culture noire. À travers une série d’évènements, de concours et de célébrations, les maisons s’engageaient notamment à mettre en avant les auteurs noirs encore sous-représentés dans le pays. 

Pour ouvrir le bal, cinq autrices de la collection Hashtag Blak mêlent leurs mots au sein d’une lettre ouverte adressée au monde de l’édition. Le texte comprend des témoignages, des revendications, mais aussi des mesures pratiques à prendre pour faire avancer l’industrie dans une direction plus inclusive. 

Cette initiative survient notamment après le #PublishingPaidMe, un hashtag populaire sur Twitter en juin dernier, qui avait pour but de dénoncer les disparités de rémunération entre les auteurs noirs et les autres dans l’industrie de l’édition.

Une goutte d’eau qui avait fait déborder le vase pour Leonie Huie, Abiola Bello, Suzy Rowland, Annabelle Steele et Nuzo Onoh : « Chaque année, nous nous attendons à des améliorations en termes de diversité et d’inclusion, mais il y a bien plus de discussions que d’action. On ne fait pas assez pour lutter contre l’élitisme, le racisme, le manque de représentation et les modèles d’édition archaïques qui sont fermés à de nombreux écrivains extrêmement talentueux ».
 

Pour une diversité éditoriale 


« L’édition, comme de nombreuses autres industries créatives, est une entreprise. Nous comprenons cela. Nous ne demandons pas de faveurs. Nous voulons simplement que notre talent soit reconnu et célébré et que nos histoires — réelles ou imaginaires — continuent d’être racontées », poursuit Suzy Rowland, auteure de S.E.N.D. in the Clowns.

Si des progrès ont été faits ces dernières années, les livres publiés par des écrivains noirs restent pour la plupart des œuvres qui racontent des histoires similaires. Abiola Bello souhaite ainsi pouvoir lire un livre qui raconte la vie d’une petite fille de couleur sans que sa vie ne soit qu’une longue suite d’oppression : « J’adore les livres qui montrent ce que nous avons vécu, comme The Hate U Give d’Angie Thomas (traduction N. Bru, ed Nathan), mais je veux aussi lire des livres qui nous montrent en dehors du traumatisme. Oui, les éditeurs doivent être meilleurs pour trouver et promouvoir les voix noires… parce que cela peut être fait. »
Justement, en permettant à davantage d’auteurs de couleur de faire partie de leur catalogue, les maisons aboutiront à une véritable diversité. « Quand j’ai écrit Being Amani, j’étais consciente de ne pas vouloir dépeindre le traumatisme des Noirs, car les Noirs ont d’autres histoires à raconter. Au lieu de cela, j’avais l’intention de partager une histoire sur une fille noire qui n’était pas forte, faite d’acier et agressive, mais une histoire sur une fille noire qui trouve l’amour et grandit », explique Annabelle Steele. 

Enfin, proposer des écrivains avec des vécus différents ce serait également changer la perception des lecteurs sur des cultures et des pays entiers. Comme le souligne Nuzo Onoh spécialiste et pionnière du genre littéraire African Horror « De nos jours et grâce travail prolifique de l’industrie sud-africaine du film d’horreur, une recherche sur Internet de l’expression African Horror ne se traduit plus automatiquement un bombardement de nouvelles et d’articles négatifs sur le continent africain ». L’autrice a ainsi toujours eu pour objectif de redéfinir la manière dont le genre de l’horreur était défini par l’occident pour proposer sa propre interprétation. 



 

Pour les lecteurs de demain 


Dans leur lettre, les cinq femmes se disent grandes lectrices, depuis l’enfance, mais peinent à se souvenir d’avoir eu entre les mains des œuvres d’auteur de couleur. «Pig Heart Boy de Malorie Blackman, était le seul livre que je me souviens avoir lu d'un auteur noir – que mes amis et mes professeurs lisaient et recommandaient aussi » témoigne Annabelle Steele, « Aussi merveilleux que cela ait été de célébrer un auteur qui me ressemblait, je devrais pouvoir me souvenir de plus d’UN seul livre d’un auteur noir que j’ai lu pendant mes études. Je devrais avoir une longue liste de livres dans mes souvenirs d'enfance. »

Pour pallier ce problème Suzy Rowland, autrice de S.E.N.D. in the Clowns propose que l’industrie de l’édition britannique crée une sorte de document cataloguant les réussites des auteurs de couleur, « un peu comme le “Writers '& Artists' Yearbook” mais débordant de noms d’auteurs noirs, les titres de leurs œuvres »; pour qu’en 2030 aucun petit garçon ou petite fille n’ai à se demander « où sont tous les talentueux écrivains noirs ? ».

À Leonie Huie de conclure sur peut-être le plus important : « Je suis fière de moi d’être une auteure noire pour de nombreuses raisons, à commencer par la plus simple, mes filles jumelles qui grandissent en sachant que leur mère est une écrivaine. » 

Pour retrouver la lettre dans son intégralité, rendez-vous à cette adresse


Crédit photo : Respectivement de gauche à droite Suzy Rowland, Leonie Huie, Annabelle Steele, Abiola Bello et Nuzo Onoh.


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