Oui, les jeunes aiment lire – le problème, c'est la télé, internet et le reste

Nicolas Gary - 28.06.2016

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Les jeunes et la lecture, vaste sujet. Une enquête d’Ipsos pour le Centre national du livre auprès de 1500 jeunes de 7 à 19 ans fait un point sur les pratiques de lecture. Si 96 % ont lu 6 livres en moyenne au cours des trois derniers mois, les motivations divergent. Pour 89 %, ce sont des lectures faites dans le cadre scolaire ou professionnel. Pour 78 %, par plaisir...

 

Adding a little shoe spice to the stacks ...

Enokson, CC BY 2.0

 

 

Avec 3 heures de lecture hebdomadaire, 68 % des jeunes lisent au moins une fois par semaine, contre 28 % presque chaque jour. Mais le fait incontestable est que le nombre de livres lus pour le plaisir diminue drastiquement dès l’entrée au collège. On passe ainsi de 8,6 ouvrages à 3,7 entre le primaire et le post-collège. Toutefois, c’est la lecture plaisir qui chute le plus, de 6,4 livres à 2,1.

 

Que les filles lisent plus que les garçons reste une constante : en moyenne 3h55 pour les unes contre 2h30 pour les autres. Et les collégiennes sont les plus férues, avec 4h16 hebdomadaires.

 

L’autre point notable, est que le livre perd de son attractivité : la télévision est incontestablement leur ami favori, toutes tranches d’âges confondues, puis vient la musique (radio y compris) et internet ou les applications. Le livre n’est qu’en 7e position – devant les jeux vidéo, certes, mais aussi devant le sport. Avec 7h30 passées chaque semaine devant la télé, et 6h15 devant les smartphones – 4h45 devant les ordinateurs – difficile de trouver plus de temps ? 

 

« Plus que le manque d’intérêt, la concurrence des autres activités et/ou le manque de temps sont les deux freins majeurs à la lecture des jeunes. C’est surtout le cas pour les plus petits et les garçons qui expriment une préférence plus forte pour le sport, les amis et les jeux vidéo », note l’étude.

 

Internet est d’ailleurs un outil qui mobilise 8h hebdomadaire. Et chose intéressante, quand les parents contrôlent la consommation de web, les jeunes semblent plus orientés vers la lecture. Pourtant, ils ne sont que 4 % à affirmer qu’ils détestent lire : en moyenne, 77 % des jeunes adorent cela. Et la raison qui les pousse à ouvrir un livre, c’est le plaisir (55 %), puis la détente (48 %) et enfin l’évasion (42 %).

 

Fait notable : 12 % des jeunes ont déjà lu des livres de Fan Fiction et 4 % en écrivent.

 

Avant de se coucher, les parents en première ligne

 

Avant de se coucher, 85 % des jeunes qui lisent savourent quelques pages – cela reste l’activité privilégiée, devant la télévision. Ils sont aussi 71 % à trouver qu’il est important de lire, et 56 % à assurer qu’ils aiment, ou aimeraient, se rendre en bibliothèque – ils sont 42 % à disposer d’une carte à leur nom. 51 % apprécient même de parler de leurs lectures avec leurs amis.  

 

Et pour choisir, un jeune sur deux trouve ses lectures par lui-même. La maman (ou la belle-mère) est cependant prescriptrice pour 36 % d’entre eux. Peut-être parce qu’elles sont 70 % à acheter les livres – quand ils empruntent à 49 % au CDI ou la bibliothèque, et 34 % à s’en faire offrir par le reste de la famille. Maman est aussi, le plus souvent, celle qui lisait – ou lit – des histoires. 

 

64 % des jeunes déclarent que leurs parents leur lisaient souvent des histoires quand ils étaient petits. Quel que soit leur âge, que leurs parents leur lisent encore ou non des histoires, les jeunes adorent qu’on leur raconte des histoires : 94 % aiment et 52 % adorent. 

 

Le choix du livre passe majoritairement par le héros pour les jeunes de primaires, puis le résumé, quand on est au collège et après – chez les filles. Pour les garçons, durant toute la scolarité, seul le héros importe. 

 

Bien entendu, dans les foyers CSP +, la lecture plaisir est plus importante – 83 % des jeunes et 3h30 par semaine. « Plus de la moitié des enfants déclarent qu’au moins un de leurs parent lit souvent. C’est généralement la mère qui lit le plus régulièrement. Dans près de 4 foyers sur 10, le père ne lit pas du tout.
Les enfants dont les parents [surtout le père] sont des lecteurs réguliers sont également de plus grands lecteurs
 », pointe l’étude.

 

Par ailleurs, l'absence de livres au sein du foyer a des conséquences négatives : un tiers de jeunes trouve que leur maison contient peu de livres, et, de ce fait, ils ne sont pas tentés d’ouvrir ceux qu’ils ont. 

 

Quant aux déclinaisons numériques du livre...

 

Les livres numériques sont connus par tous (95 %) et 19 % des jeunes en ont déjà lu. 76 % des lecteurs de livres numériques lisent leurs livres sur des supports mobiles : tablette principalement, mais aussi liseuses et smartphones. 

 

Ils lisent principalement leurs livres numériques chez eux (90 %), dans leur chambre (74 %). Quand c’est à l’extérieur (pour 41 % des lecteurs de livres numériques), c’est principalement dans les transports qu’ils lisent (21 %). 

 

Ce sont les lycéennes qui sont les plus adeptes de la lecture numérique (27 % sont lectrices), en particulier dans les transports. Ils lisent principalement leurs livres numériques chez eux (90 %), dans leur chambre (74 %). Quand c’est à l’extérieur (pour 41 % des lecteurs de livres numériques), c’est principalement dans les transports qu’ils lisent (21 %).

 

63 % des lecteurs actuels déclarent aimer ce type de lecture, mais leur enthousiasme n’est que modéré : seuls 15 % déclarent adorer. Là encore ce sont les lycéennes qui sont les plus convaincues : 75 % aiment lire des livres numériques. 

 

Retrouver l'interview du président du CNL

Faire de la lecture « une cause nationale, y compris pour les adultes »

 

 

Le livre audio, en revanche, est connu par tous, et 21 % en ont déjà écouté un – sur CD, à 80 % et MP3 pour 28 %. 

 

70% des jeunes ayant déjà écouté un livre audio ont aimé cette expérience et 20% ont même adoré. Les plus jeunes sont les plus convaincus (26% des primaires ont adoré). – Pour ceux qui n’ont jamais tenté l’expérience, l’intérêt semble plus limité : seuls 24 % aimeraient écouter un livre audio, les plus jeunes semblant être moins réfractaires (41% des primaires n’aimeraient pas écouter un livre audio vs 54% pour l’ensemble) : ils se montrent soit plus intéressés (32% aimeraient) soit plus indécis (22% ne savent pas).