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Ouverture des bibliothèques : Mélenchon fustige le projet culturel d'Emmanuel Macron

Nicolas Gary - 06.02.2017

Edition - Société - Jean-Luc Mélenchon culture - ouverture bibliothèques dimanche - Macron pass culture


Le meeting organisé simultanément à Lyon et Paris, Jean-Luc Mélenchon a abordé certains points de son programme culturel. Une première technologique pour le candidat de la France insoumise, puisqu’il était physiquement présent à Lyon, et à Paris, c’est un hologramme qui intervenait.

 

 

 

Partant du crédit impôt recherche dont les banques ont pu profiter – « Est-ce que ces gens-là ont encore des choses à découvrir dans l’art de nous étouffer ? », interroge-t-il – Jean-Luc Mélenchon bascule sur la question de l’illettrisme. « Nous sommes ce grand pays, tant de poètes, tant d’écrivains, tant de scientifiques, tant de médailles Fields [NdR, récompense saluant des travaux en mathématiques]. Le premier pays au monde pour les médailles Fields. »


Éradiquer l'illettrisme à la fin du quinquennat

 

Et de poursuivre : « D’où tirons-nous cette indifférence qui fait que nous laissons dans notre pays 2,5 millions de personnes qui sont dans l’illettrisme ? » Son projet : une campagne, « comme cela a été fait dans les pays du tiers monde s’il le faut, et avec leur aide parce qu’ils savent le faire mieux que nous ». Celle-ci aura pour mission de « sortir de l’illettrisme tous les illettrés d’ici la fin du quinquennat qui vient ».

 

Parce que l’illettrisme, « ce n’est pas être bête, être ignorant, ce n’est pas ne pas savoir, c’est juste de ne pas savoir manier avec suffisamment de fluidité la lecture et l’écriture ». Et d'offrir une aide qui s’opérera sans distinction des personnes, de leur appartenance religieuse ni aucune autre forme de discrimination.

 

On entend en plat les propos de Marine Le Pen, qui assurait récemment : « Je considère que la solidarité nationale doit s’exprimer à l’égard des Français. Je n’ai rien contre les étrangers, mais je leur dis : “Si vous venez dans notre pays, ne vous attendez pas à ce que vous soyez pris en charge, à être soignés, que vos enfants soient éduqués gratuitement, maintenant c’est terminé.”. »

 

Emmanuel Macron et le pass culture de 500 €

 

Pour le candidat Mélenchon, « le savoir n’est rien sans la culture ». Et d’égratigner « le milieu médiatico-politique » où « personne ne se souvient jamais de rien ». En revanche, « pour ce qui est de s’extasier de se réjouir, il y a une très grande disponibilité. Alors j’ai donc entendu M. Macron parler de culture. » Le candidat de En marche était en effet passé sur France Culture pour dévoiler les trois axes de son projet culturel.

 

« Je ne vous cache pas que quand les technocrates et les banquiers s’y intéressent, j’ai toujours un petit mouvement de sourcil », lance Jean-Luc Mélenchon. Et de décortiquer la mesure d’Emmanuel Macron, le fameux pass culture : une sorte de chèque cadeau de 500 €, offert par l’Etat pour le 18e anniversaire, « pour faire de la consommation culturelle ».

 

Le projet avait été initié, comme Emmanuel Macron l’avait souligné, par le gouvernement de l’ex-premier ministre italien, Matteo Renzi. Mais sa réussite était plus que douteuse.

 

L’idée ne manque pas d’amuser Jean-Luc Mélenchon : « A mon tour de ricaner et de dire : avant de distribuer des chèques pour consommer de la culture, il faut d’abord la produire. Et la culture, ce n’est pas comme les boulons [...] ça pousse dans les esprits, faut pas brutaliser les gens, sinon ça ne vient pas. » Pour que ne s’opère la création, le candidat estime qu’il importe d’avoir été mis en relation, abondamment, avec des œuvres. Il faut « avoir beaucoup entendu de musique, avoir vu des pièces de théâtre, avoir lu des livres, avoir regardé des statues ».

 

Mais surtout, « avant la diffusion, qui est très importante, il y a la création ». Et cette dernière ne « tombe pas du ciel ». Pour que les artistes créent, « il faut qu’ils puissent vivre dignement, et par conséquent, la première page d’une politique culturelle, ça consiste à faire en sorte que les créateurs puissent vivre dignement ».

 

Arrêter de menacer les intermittents du spectacle, et au contraire, « s’en inspirer, pour imaginer ce que pourrait être le statut de créateur indépendant dans d’autres branches de la création artistique : l’écriture, la bande dessinée... » Une intention sociale qui a un coût – « parce que l’autre, 500 € par tête de pipe aux frais de l’État, ça n’a pas l’air de le troubler », dézingue Jean-Luc Mélenchon.

 

NdR : Emmanuel Macron avait exposé le financement de son pass culture en sollicitant l’État pour une part très minoritaire, puis les diffuseurs et les GAFA

 

"Sans bibliothécaires, pas de bibliothèques"

 

Mais les attaques contre les projets d’Emmanuel Macron ne s’arrêtent pas en si bon chemin. Le projet d’ouverture des bibliothèques, le samedi et le dimanche [ainsi qu’en soirée, NdR], avancé par Emmanuel Macron prête le flanc aux sarcasmes de Jean-Luc Mélenchon. ? Puisque les établissements sont déjà ouverts le samedi, « c’est juste pour aller faire bosser les gens le dimanche ». Or, à Paris, une grève était organisée ce week-end, justement pour dénoncer des conditions d’ouverture dominicale défaillantes et le recours aux vacataires.

 

« Parce que, le dimanche, il y a des bibliothécaires, dans la bibliothèque. Et s’il n’y a pas de bibliothécaires, il n’y a pas de bibliothèque. Il n’y avait pas pensé » fustige Jean-Luc Mélenchon. Et d’enchaîner : « Celui-là, il a pourri la vie de milliers de gens », que ce soit dans « sa participation à la loi El Khomri », ou à travers l’uberisation. « Il ajoute une catégorie, qui, dans le futur, va militer avec nous, les bibliothécaires. »

 

D’autre part, il affirme que le gouvernement de François Hollande serait le seul, en 10 ans, à avoir diminué le budget de la culture et propose, lui :

 

de consacrer 1 % de la richesse du pays pour la culture

de créer 5000 classes à filière culturelle, pour faire intervenir des créateurs, rémunérés

 

 

A partir de la 50e minute