Ouverture des librairies le dimanche : toujours l'épineuse question

Nicolas Gary - 04.05.2014

Edition - Librairies - Aurélie Filippetti - ouverture des commerces - travail le dimanche


En cette journée de fête du Travail, jeudi 1er mai, il est de bon ton de se demander… si les libraires ne devraient pas travailler également le dimanche. La publication du rapport Bailly a relancé la question, alors que pour les magasins de bricolage, une autorisation provisoire, jusqu'en 2015 a été décidée par décret. Et ce, avant que la CGT et FO n'intervienne, et qu'en février dernier, une requête déposée devant le Conseil d'État ne casse l'initiative. 

 

Cultura 4 Temps - La Défense

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Il a été promis par le gouvernement Valls d'établir un projet de loi avant la fin de l'année, et récemment, c'est Laurent Fabius qui est intervenu pour plaider en faveur de l'ouverture dominicale, notamment pour favoriser le tourisme dans la capitale. De son côté, François Rebsamen, ministre du Travail, s'est placé la semaine passée dans ce sillage, considérant que les zones ultras touristiques profiteraient de cette manne, tout en soulignant que cela devrait s'accompagner de hausses sensibles des salaires. 

 

L'ensemble de ce mouvement doit reposer, selon le ministre, sur le volontariat, assure le ministre, qui insiste cependant sur l'importance du droit au repos. Paris, capitale touristique, se verrait octroyer des autorisations spécifiques ? Pour la maire de la ville, Anne Hidalgo, interrogée par France 2, il faut aussi prendre en compte que la journée bénéficierait alors des services municipaux de nettoyage - et tout cela, aux frais du contribuable parisien, of course. Les négociations ne seraient donc pas simplement salariales, entre patrons et employés, mais également territoriales. 

 

Pour sa part, Jean-Luc Mélenchon s'est formellement opposé à ce type d'ouverture des magasins, même pour des raisons touristiques. « Si les touristes viennent à Paris pour aller aux Galerie Lafayette le dimanche, ils se trompent. Il faut qu'ils aillent aux Galeries Lafayette le samedi ou le vendredi. Ensuite le dimanche, ils vont visiter la Tour Eiffel ou le zoo de Vincennes », précisait-il sur RTL.

 

 

 

Parler de tourisme, donc de visite du patrimoine, relève du champ de la Culture, et la ministre, Aurélie Filippetti, s'était exprimée en faveur de cette ouverture dominicale. Le 23 avril, elle assurait, au micro de BFM TV que « pour tout ce qui concerne les activités culturelles l'ouverture le dimanche est bien sûr naturelle ». In extenso, le domaine du livre profiterait aussi de cette solution.

 

« Pour ce qui relève de la culture, le fait qu'il y ait des librairies ouvertes le dimanche c'est une très bonne chose, [comme] le fait qu'il y ait des cinémas [ouverts], on n'imagine pas des cinémas fermés le dimanche… Donc pour tout ce qui concerne les activités culturelles, l'ouverture du dimanche est bien sûr essentielle. En même temps, le dimanche est un jour particulier, c'est un jour où on peut se consacrer à des activités culturelles. Donc il faut lui garder une part de spécificité », précisait-elle.

 

« Je suis favorable à une ouverture de toutes les activités et commerces culturels le dimanche et notamment les librairies. Parce que c'est aussi un moyen pour nos libraires  de faire concurrence aux grands sites de ventes en ligne, si vous voyez à qui je pense, qui font une grande partie de leur chiffre d'affaires le dimanche. Et d'ailleurs, à Paris, il y a un grand nombre de librairies qui sont ouvertes le dimanche. On a besoin d'avoir une souplesse sur l'ouverture des librairies le dimanche. Je pense que ce sera apprécié de tous, ce sera un moyen de soutenir nos librairies de quartier. » 

 

On peut se souvenir à ce titre de l'ouverture dominicale du Virgin, sur les Champs Élysée, qui s'intégrait dans l'ensemble de la vie touristique, et même parisienne, de ces journées.

 

Contacté par ActuaLitté, le Syndicat de la librairie française  « attend d'avoir plus de précisions sur les intentions du gouvernement pour prendre officiellement position ». Toute la difficulté, dans un secteur dont les marges sont considérablement faibles, reste de pouvoir rémunère un salarié durant une journée du dimanche, qui ferait l'objet de négociations salariales spécifiques… L'allégement des charges serait une solution, pour ce faire, attendu que le chiffre d'affaires réalisé durant la journée d'un dimanche ne doit pas vraiment couvrir les frais qu'occasionne un salarié durant cette journée. 

 

(voir à 13'07)