Les zones touristiques de Paris, "un accord entre patronat et gouvernement"

Nicolas Gary - 18.08.2015

Edition - Economie - Luc Chatel projet - gouvernement Fnac - dimanche Alexandre Bompard


L’amendement Fnac permettant l’ouverture des magasins, sous prétexte de vendre des livres le dimanche, avait été courageusement défendu. Le PDG de l’enseigne, Alexandre Bompard, avait fait de son mieux, mais, en face, Emmanuel Macron, ministre de l’Économie, l’avait finalement enterré, corps et âme. Sauf que l’on vient de souffler sur les braises du phénix...

 

 

 

En juin dernier, Emmanuel Macron était assez clair : « Si demain on autorise les Fnac à ouvrir, ça a d’ailleurs déjà commencé, les Fnac ne vendant pas que des livres, mais aussi de l’électroménager, du matériel informatique. » La Fnac ne serait donc pas le déclencheur d’une vague de sollicitations de la part d’autres enseignes, qui clameraient leur droit à ouvrir dominicalement, pour vendre des aspirateurs – un produit que l’on retrouve à la Fnac également.

 

Alexandre Bompard s’était pourtant débattu : « La Fnac est le premier disquaire, le premier libraire, et le premier vendeur de vidéos. On est de très loin le premier distributeur de biens culturels », assurait-il quelques jours avant l’intervention ministérielle. Et de proclamer que 90 % des tickets de caisse contenaient un bien culturel. Cela n’aura pas suffi. 

 

Le ministère avait de toute manière les syndicats à ses côtés, lesquels réclamaient des aménagements multiples, sous peine de refuser la demande du PDG. « L’ouverture des commerces culturels tous les dimanches pour concurrencer “Amazon” qui ferait 25 % de son CA sur cette journée n’est pas justifiée. Aux dernières nouvelles, la Fnac a un site, elle aussi ! Une telle dérogation ne se justifie pas sur le plan économique ; elle n’est pas non plus une réponse à la concurrence du commerce électronique ! » dénonçait une pétition assez peu suivie malgré tout. 

 

Des zones touristiques internationales... contestables

 

Voici pour le contexte, et les nouvelles sont plutôt bonnes, pour Alexandre Bompard. Les projets de décrets définissant les prochaines zones touristiques internationales parisiennes ont été consultés. Or, dans ces dernières, se retrouvent des gares parisiennes, dans lesquelles se retrouvent des commerces, habilités donc à ouvrir. 

 

Le Comité de liaison intersyndical du commerce parisien (Clic-P), monté en 2010, s’insurge contre ce contournement : « Si “l’amendement Fnac” a été retoqué lors du deuxième passage de la Loi à l’Assemblée nationale, Alexandre Bompard obtient finalement satisfaction puisque tous les magasins parisiens de l’enseigne se retrouvent dans les ZTI prévues dans le projet de décret, en dépit de la forte mobilisation des salariés tout au long des mois de luttes animées par le CLIC-P. »

 

Fnac Aéroport Lisbonne

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

D’autant qu’avec les gares de la capitale se retrouvent également des centres commerciaux tels que Beaugrenelle, Bercy 2, Italie 2. Des sites dont les Parisiens peuvent légitimement douter de la portée touristique internationale. Il est vrai que retrouver dans ces centres un établissement Fnac prête à sourire, tant l’ironie de la situation n’échappera à personne. 

 

Le Clic-P estime que ces emplacements sont la démonstration que « le projet Macron a pour objectif la généralisation du travail du dimanche dans le commerce, le tourisme international ne constituant qu’un artifice de communication ». Une assemblée générale intersyndicale se déroulera le 8 septembre prochain, où d’éventuelles actions pourront être décidées. 

 

Sollicité par l’AFP, le cabinet d’Emmanuel Macron assure que l’on ne peut pas parler de généralisation, puisque les espaces concernés « correspondent seulement à 6 % de la surface de la capitale. [...] Toutes ces zones correspondent à des zones de transport important avec une forte présence hôtelière et des monuments qui participent à la fréquentation touristique de Paris ». 

 

ZTI, pour "Zones de travail intensif"

 

Le périmètre des ZTI était prédéfini depuis février dernier, voté par les députés dans le cadre du projet de loi Macron. Elles seront sujettes au volontariat pour ce qui est de l’emploi, avec des compensations obligatoires, sans qu’un plancher ne soit imposé. Son passage devant le Conseil constitutionnel n’aura finalement que retardé légèrement la promulgation de la loi, parue le 7 août dernier, soit 24 heures après la décision des Sages. 

 

via Le JDD

 

 

Sollicité par ActuaLitté, le Clic-P rit jaune : « On crée une zone pour ouvrir le dimanche, parce que les commerces le demandent et qu’ils ne le pouvaient pas encore. Nous les avons baptisées “Zone de travail intensif” parce qu’il ne faut pas plaisanter : il n’y a jamais de tourisme place d’Italie ni à l’UGC Ciné ciné Bercy. Ce genre de chose ne nous fait pas trop rire. » Et d’affirmer : « Il aurait été plus sain de dire clairement que tout cela résulte d’un accord entre patronat et gouvernement. »

 

Bien entendu, les zones étaient définies depuis longtemps, mais les syndicats ne s’attendaient pas « à ce qu’elles soient modifiées. Or, on constate que certaines sont apparues : bientôt, tout Paris deviendra zone touristique internationale ? »

 

Citant l’exemple du boulevard Haussman, le Clic-P s’étonne : « Le tourisme, c’est le quartier Opéra, ici, on ne trouve que les grands magasins. Et pour les résidents, c’est la perte d’un rare moment de tranquillité. C’est pour cela qu’ils y sont opposés. »

 

De même pour les gares : comment imaginer qu’à l’intérieur, les commerces auront le droit d’ouvrir, et pas les magasins situés à la périphérie ? « C’est de la concurrence déloyale ! Et, effectivement, les magasins Fnac qui se prétendent culturels vont en profiter. Or, si l’on regarde bien ce qui se passe, les industries du disque et du livre se réduisent, au profit des machines à café, chez Fnac. »

 

L’impression de retourner plusieurs années en arrière agace le plus. Le Clic-P avait en effet rencontré Luc Chatel en 2013, « et il proposait exactement les mêmes mesures que celle de la loi Macron. Ouverture le dimanche et la nuit : tout cela avait été balayé par la gauche. Et voici qu’au pouvoir, le gouvernement opte pour une politique patronale, avec des propositions de la droite, qu’elle n’avait jamais mises en place. » 


Pour approfondir

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Lettre ouverte aux gourous de l'économie qui nous prennent pour des imbéciles

de Bernard Maris

Nouvelle édition mise à jour d'un pamphlet best-seller contre l'absurdité et l'arrogance du discours économique néolibéral dominant dans certains médias, les institutions internationales et chez tous les gourous autoproclamés économistes qui déversent chaque jour leurs " analyses " et prévisions. C'est un ouvrage unique en son genre, car il associe les vertus d'un livre didactique et la vivacité d'une " lettre ouverte " traversée par un humour au vitriol. c'est du keynes revisité par desproges ! côté didactique, on y trouve explicités de façon lumineuse les impasses du modèle néoclassique, l'impossibilité des prévisions économiques, les crises financières récurrentes, les méfaits des interventions du fmi dans les pays en développement, etc. Côté humour, il n'y a qu'à ouvrir le livre au hasard pour se faire une idée. mais cet humour grinçant fera rire jaune aussi. car au fond ce livre pose aux économistes qui riront volontiers une question dérangeante: pourquoi ont-ils laissé des imposteurs, des pseudo-experts faire main basse sur leur science, pour en faire le discours le plus illisible, le moins crédible, et peut-être déjà le plus détesté ?

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