Ouvrages "censurés" à Paris : de quoi veut-on protéger les enfants ?

Cécile Mazin - 24.10.2016

Edition - Société - livres Thierry Magnier - ville paris Dasco - scolaire enfants lecture


Si la Direction des Affaires scolaires de Paris (DASCO) rejetait la moindre idée de censure, il n’en reste pas moins que deux livres jeunesse s’étaient retrouvés pointés du doigt. Un rappel avait été demandé, puis une mise sous clef des deux titres... Tout cela ne sentait pas vraiment la grande liberté.

 

 

 

La DASCO avait assuré à ActuaLitté que des remontées de terrain suffisamment nombreuses pour être prises en compte émettaient des réserves sur deux ouvrages : Dictionnaire fou du corps, de Katie Couprie, aux Éditions Thierry Magnier, et Beta... civilisations, de Jens Harder, co-édité par les Éditions Actes Sud-L’An 2. Ces livres, estimait-on, contenaient des vignettes susceptibles de choquer les enfants ou les parents. La Dasco avait donc demandé leur rappel en CASPE.

 

Le syndicat CGT des animateurs de la Ville de Paris considère cette décision inique, et exige « le retour et le maintien des deux ouvrages censurés ». Et de rappeler que les titres avaient été validés par le comité de lecture de Paris-Corvisart. Ce dernier est constitué « de représentants de l’Éducation Nationale, d’animateurs et animatrices dont la fonction est d’élaborer des ateliers autour du livre à des fins pédagogiques, et présidé par M. Robert Caron, Directeur du Centre Paris-Corvisart, appartenant lui-même à l’Éducation nationale ».

 

Des livres pourtant sélectionnés, expérimentés et validés

 

Les titres en question avaient ainsi été sélectionnés et approuvés, mais également « expérimentés dans de nombreuses actions-lecture, préparées et coordonnées en partenariat avec les équipes enseignantes. Ils ont été choisis avec et pour les enfants », souligne la CGT. C’est en relation avec les services de la DASCO et des différents services en question que les ouvrages furent alors intégrés au catalogue. 

 

Nous rappelons qu’avant d’être publiés et répertoriés en littérature jeunesse, les ouvrages sont soumis à l’approbation d’une commission qui vérifie que l’œuvre est bien conforme à la loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse, modifiée par la loi n° 2011-525 du 17 mai 2011. Celle-ci définit légalement les contours éditoriaux du champ de la littérature pour la jeunesse en langue française. Cette autorité gouvernementale en a permis la publication et la diffusion.

 

 

Le rappel des ouvrages relève donc d’une privation incompréhensible pour les bibliothèques scolaires. Et la CGT de souligner que les animateurs de ces espaces sont spécifiquement formés pour accompagner les enfants dans la lecture et la découverte de textes. La DASCO, pour sa part, indiquait à ActuaLitté que le risque venait aussi que les livres étaient mis à disposition au cours de lecture en autonomie. Cette absence d’accompagnement pouvait alors poser problème. 

 

« La ville de Paris doute-t-elle des formations qu’elles délivrent aux animateurs en charge des espaces-lecture pour refuser d’endosser la responsabilité des propositions de listes d’ouvrages soumises aux deux partenaires et de l’utilisation qui en est faite ? Peut-elle être confiante dans le discernement de ces mêmes animateurs », s’interroge alors la CGT ? De quoi veut-on protéger les enfants ? 

 

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« Nous ne pouvons qu’être totalement opposés à ce retrait et ne pouvons que juger inappropriée la décision de notre sous-directrice de la politique éducative. Serait-elle une adepte du politiquement correct ? Auquel cas, qu’elle prenne la décision logique de cantonner les enfants à l’intérieur des murs des centres de loisirs ! »

 

En conséquence, la CGT exige le retour des livres, ainsi que leur présence dans les bibliothèques, centres de documentations et espace premiers livres de la ville.