Ouvrir mieux les bibliothèques : le retrait financier de l'État inquiète

Antoine Oury - 05.02.2020

Edition - Bibliothèques - ouvrir mieux bibliotheques - orsenna corbin senat - commission culture senat


Ce mercredi 5 février, la commission de la culture, de l'éducation et de la communication du Sénat, présidée par Catherine Morin-Desailly, recevait Erik Orsenna et Noël Corbin, les auteurs du fameux rapport consacré aux missions des bibliothèques publiques et aux moyens de les faire évoluer. En deux heures, ils sont revenus sur plusieurs points de leur étude, alors que se profile la douloureuse question du financement des extensions des horaires d'ouverture par les collectivités, l'État retirant petit à petit son soutien...

Erik Orsenna devant la commission culture du Sénat (capture d'écran)
 

Presque deux ans après la publication du rapport « Voyage au pays des bibliothèques, lire aujourd'hui, lire demain », signé par Erik Orsenna et Noël Corbin, les deux auteurs étaient de retour devant la commission culture du Sénat pour faire le point, tout simplement, des différentes mesures engagées. Entre 2018 et 2020, 15 millions € ont été mobilisés pour mettre en œuvre les recommandations du rapport, avec 8 millions destinés à l'extension des horaires d'ouverture et 7 millions pour l'évolution des missions et la formation des professionnels.

« On nous a reproché de ne pas avoir été assez directifs avec ce rapport », rappelle Erik Orsenna en ouverture, « mais il n'y a pas qu'un seul modèle de bibliothèque, valable de Dunkerque à Cayenne. Ce n'est pas vrai ». L'académicien souligne le rôle crucial des établissements dans les petites et moyennes villes, « où la bibliothèque est le seul lieu ouvert, chaud et humain au milieu d'une désertification, parfois ».
 

Étendre les horaires, mais les financer ?


Deux ans après le rapport, dont la principale recommandation portait sur l'extension des horaires d'ouverture, on relève 8h30 d'ouverture supplémentaire moyenne dans les bibliothèques qui ont fait le choix d'une extension, selon le bilan communiqué par Noël Corbin.

« Quand on a ouvert mieux et plus une bibliothèque, on ne revient pas en arrière », souligne l'inspecteur général des bibliothèques, qui valorise « l'effet cliquet » de l'extension des horaires d'ouverture : un élu ne reviendra pas, a priori, en arrière.

À moins que la question du financement ne se fasse pressante : jusqu'à présent, l'État a en effet considérablement soutenu les projets d'extension des horaires. « Sur les 88,4 millions € de la dotation générale de décentralisation (DGD), 8,4 millions sont dédiés aux extensions d'horaires et le reste est destiné à l'investissement. En réalité, nous sommes plutôt sur 10 millions € pour les extensions, et, demain, nous prendrons un peu plus sur l'investissement, auquel nous sommes pourtant attachés », relève Noël Corbin.

Noël Corbin
 

L'inquiétude de l'Association des maires de France se comprend : le soutien de l'État dans l'extension des horaires couvre environ 70 % des dépenses, en moyenne, avec une date limite, après laquelle les collectivités doivent prendre le relais. « Du côté des collectivités, la prise de conscience de ce retrait de l'État est pratiquement nulle », indique Sylvie Robert, auteure d'un rapport sur le sujet. « Et les 8 millions qui y sont consacrés au sein de la DGD peuvent disparaitre dans le projet de loi de finances dans deux ans... »
 

Évolution des usages et des métiers


L'extension des horaires d'ouverture, dans certains établissements, ne s'est pas faite sans quelques heurts, notamment dans les négociations avec les personnels. « Il y a un certain conservatisme », note Erik Orsenna, « qui touche les questions de mission : “Ma mission n'est pas d'accueillir les immigrants, ma mission c'est les livres”, ai-je pu entendre. »

« Sur les horaires d'ouverture, l'argument qui souligne que le samedi et le dimanche sont hors de question “car il faut garder de l'humanité dans le métier et non céder au commercial” ne tient pas : c'est en ouvrant lorsque les êtres humains sont là que l'on garde l'humanité. C'est comme si j'écrivais 35h par semaine, il ne faut pas se foutre du monde », s'emporte Orsenna... oblitérant quelque peu des revendications légitimes des personnels comme la question de la rémunération ou le respect des rythmes de vie...

Noël Corbin, qui a été confronté à ces questions à Paris, où l'extension des horaires d'ouverture a récemment déclenché une nouvelle grève, souligne l'importance du dialogue social, mais aussi de la formation : « 55 % des personnes qui viennent en bibliothèque n'empruntent pas de livres », explique-t-il. « Votre métier n'est plus ce qu'il était, et il faut le faire à des horaires adaptés », ajoute Noël Corbin en décrivant les apports des fablabs ou des micro-folies dans les médiathèques.
 

Les deux auteurs du rapport s'accordent à valoriser le travail et l'importance de plusieurs acteurs, les bibliothèques départementales et les Directions régionales des affaires culturelles (DRAC) dans la formation et l'accompagnement des personnels, mais aussi le dialogue avec les élus. « Ce n'est plus comme avant, et en même temps nous devons rester fidèles à ce que c'était », termine Orsenna dans un exercice de synthèse qui préconise une adaptation des personnels à la mesure des évolutions des usages.




Commentaires
Avec toutes ces portes ouvertes enfoncées, la question de l'ouverture devrait être réglée, non ?
C'est prodigieux : ils ne semblent même pas savoir que les bibliothécaires travaillent tous les samedis et en horaires décalés. Être payé pour aligner autant de platitudes même pas dignes d'un stagiaire de 3ème à peine arrivé, même les hauts cadres qui ne vont jamais sur le terrain n'en sont pas là. C'est dire.
Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.