Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Ouvrir plus ou mieux les bibliothèques : investir le débat public

Antoine Oury - 05.02.2014

Edition - Bibliothèques - ouvrons plus les bibliothèques - pétition - Anne Hidalgo


11.000 signatures plus tard, l'initiative Ouvrons + les bibliothèques, initiée par Bibliothèques sans Frontières, se voyait dotée d'une conférence de presse, pour préciser les avancées et inviter les deux candidates des municipales parisiennes à s'exprimer sur le sujet. Mais d'autres intervenants étaient présents, notamment des professionnels en bibliothèques, qui ont pu partager une expérience, et un besoin, concret.

 


Conférence Ouvrons + les bibliothèques - Mayssa Labadlia, Patrick Weil et Jean-Louis Missika

Mayssa Labadlia (conseillère régionale jeune IdF), Patrick Weil (président de BsF) et Jean-Louis Missika (codirecteur de campagne d'Anne Hidalgo) 

(ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

La conférence de presse organisée à la Cité Internationale Universitaire de Paris était la bienvenue : d'abord, parce que la pétition lancée par Bibliothèques Sans Frontières (BSF) a quelque peu agacé les personnels des bibliothèques, premiers touchés par les baisses des budgets consacrés au service public. Ensuite, parce que les politiques, les candidates aux municipales parisiennes en tête, se sont emparées de la proposition, parfois avec de forts accents démagogiques.

 

Pour préciser le contenu d'une pétition forte de 11.000 signatures, en progression, BSF a très justement laissé la parole à des professionnels : Franck Bourgeois, directeur adjoint de la bibliothèque de la Cité Universitaire, Nathalie Daigne, chef du service Développement des publics de la BPI et Nicole Mounier, conservateur de la bibliothèque universitaire de Pau et des Pays de l'Adour, ont ainsi pu faire part de ce qu'un élargissement des horaires d'ouverture pourrait apporter, en termes de confort, aux étudiants.

 

Pour Franck Bourgeois, dont la bibliothèque accueillait la conférence de presse, « l'ouverture élargie les dimanche permettrait de désengorger la salle de travail. L'après-midi (la bibliothèque est ouverte de 13h à 19h), nous accueillons plus de 300 étudiants, pour une capacité de 160 places environ ». Nicole Mounier, de son côté, explique que les horaires élargis des bibliothèques universitaires de Bayonne mobiliseraient 10 à 15.000 € pour les emplois étudiants ou intérimaires créés.

 

Du côté de la Cité Universitaire, la facture approche le même montant (13.000 €), et nécessite également « une gestion du temps de travail plus complexe ». En effet : l'ouverture le dimanche matin nécessiterait un emploi en CDD, réservé à un étudiant, ainsi que la récupération ultérieure des heures supplémentaires pour les fonctionnaires (impossible de les payer, au vu des budgets). Pas de pérennisation des emplois, donc : on arguera qu'un emploi étudiant dans une bibliothèque est plus confortable qu'au Mc Do, mais, pour réussir ses études, il n'y a rien de mieux qu'une absence d'emploi pour se les payer. Mais ceci est une autre question...

 

 

De gauche à droite : Nathalie Daigne, Patrick Weil, Franck Bourgeois, Nicole Mounier

(crédits : Cité internationale universitaire de Paris)

 

 

Chacun souligne que le bénéfice d'une ouverture élargie serait à comptabiliser en termes d'image et de confort de travail et d'utilisation. Dans tous les cas, « il ne s'agit pas de remplacer les titulaires », précise-t-on. Quant aux réponses des usagers, outre les 11.000 signatures reçues, elles seront positives, assure-t-on : « À partir du moment où nous répondons à un besoin, la demande suit. »

 

Les politiques face à la politique du livre et de la lecture

 

Sur les 11.000 signatures reçues, 20 % viennent de Paris intra-muros : signe que la ville est particulièrement étudiante, mais aussi qu'il y a « un vrai problème sur Paris », analyse Patrick Weil. Si Jean-Louis Missika, chargé de l'innovation, de la recherche et des universités auprès de Bertrand Delanoë et codirecteur de la campagne d'Anne Hidalgo, était présent pour répondre aux questions, Nathalie Kosciusko Morizet n'apparaissait que par l'intermédiaire d'un représentant observateur, qui n'a pas fait de commentaires sur la question des bibliothèques.

 

Pourtant, la capitale a fort à faire pour redresser son service des bibliothèques : ActuaLitté démontrait récemment que de nombreuses réductions d'horaires avaient été enregistrées, surtout dans le 17e et le 18e, et que des directeurs d'établissements se voyaient demander de rendre des postes par la municipalité. « Je ne crois pas que l'on puisse dire que la municipalité a délaissé le Nord et l'Est parisiens », nous explique Jean-Louis Missika. « Nous devons déterminer, au travers d'un dialogue social, quels horaires sont adaptés. Et nous devons aussi déterminer comment les particularités horaires se sont déterminées dans chaque territoire. »

 

 

 

 

L'équipe de campagne d'Anne Hidalgo a en tout cas pu estimer les montants nécessaires au respect de ses promesses de campagne : ainsi, l'ouverture le dimanche d'au moins une bibliothèque par arrondissement est chiffrée à 1 million € par arrondissement, et par an. Par ailleurs, les budgets d'investissement devront prendre en compte la reconfiguration de certaines bibliothèques, ainsi qu'un réseau WiFi à consolider. À Censier, l'objectif serait d'ouvrir un véritable Learning Center, 24/24 et 7/7. Enfin, 40.000 € seraient mobilisés pour des postes d'agents supplémentaires.

 

Responsable de l'innovation à la Ville de Paris, Jean-Louis Missika se montre très enthousiaste vis-à-vis du numérique en bibliothèque, une des priorités posées par Aurélie Filippetti lors de ses voeux 2014. « Nous allons lancer une phase d'expérimentations pour développer le prêt de livres numériques. Nous pensons particulièrement aux personnes handicapées ou à mobilité réduite. Des opérations de prêt de liseuses et de mise à disposition d'ouvrages numériques sont également à l'étude. Nous croyons fermement à la cohabitation du papier et du numérique en bibliothèque. »

 

Un peu + pour Ouvrons +

 

Patrick Weil, président de Bibliothèques Sans Frontières, a également pu évoquer le futur de la pétition : « Notre objectif est de faire bouger les choses. Nous allons nous adresser aux différents ministres concernés, de la Culture, de l'Enseignement supérieur, de l'Éducation Nationale, de la Ville, de l'Égalité des Territoires et du Logement, pour que les bibliothèques reviennent au centre des budgets municipaux. » La pétition sera également envoyée aux présidents de Conseils Régionaux et Généraux, ainsi qu'aux présidents d'universités, élus, maires et candidats aux municipales. Mais pas au ministre du Budget...

 

Pour éviter de rester centré sur la capitale, BSF va s'atteler à mettre en place des comités locaux, à l'aide des 11.000 signatures retenues, pour mettre à plat les différents cas qu'il va falloir traiter. Par ailleurs, une charte d'engagement sera proposée aux candidats, qui pourront s'engager pour un service public de la lecture plus accessible.

 

(Merci à Hélène pour sa photo)