OVNI, la librairie belge et minimaliste qui met en boîte

Nicolas Gary - 08.06.2017

Edition - Librairies - librairie belgique OVNI - OVNI Géraldine Frognet - minimaliste livres sélection


Géraldine Frognet en avait assez : sa précédente librairie, Lettre écarlate, avait fini par devenir un enfer. Un contrôle fiscal qui avait fini par dévoiler des problèmes de comptabilité dus au prestataire, une lassitude générale... « Je voulais passer à autre chose », explique-t-elle. « Ouvrir un autre lieu, pour clore l’ancienne histoire. » Et OVNI s’est posé.



 

 

Située à Arlon, ville belge en Région wallonne, OVNI « c’est tout moi », affirme Géraldine Frognet. Parce qu’elle se sent un peu étrangère, et que « mes clients m’ont longtemps vue comme une extraterrestre, plus qu’une simple libraire ». Dans ce lieu, extrêmement épuré, « j’ai mis tout ce que j’avais envie d’y voir. C’est pour cela que l’idée Non Identifié est la plus importante ».

 

Ce revirement part aussi d’un constat : l’accumulation maladive, propre au métier. « L’idée était de ne plus tomber dans le travers d’engranger, comme je le faisais auparavant. Avec très peu d’espace sur les murs, je n’ai plus la tentation de remplir des étagères. » D’autant que Lettre écarlate était un véritable bazar, de son propre aveu, « avec des livres partout ». 

 

OVNI revient à une approche sélective, drastique. « Cela correspond mieux à mon esprit du moment. Et il faut bien tirer les leçons du passé : augmenter constamment les stocks, ça, je ne veux plus. »


"Ce côté gros bonbon, ludique et festif"
 

Alors l’extraterrestritude assumée, il fallait donner une identité spécifique, graphique. « J’ai travaillé avec Pierre Weyrich pour trouver une ambiance et notamment le logo. Nous sommes arrivés à quelque chose qui tient de la soucoupe volante, qui évoque une coccinelle, ou encore une sucette de fête foraine. Ce côté gros bonbon, ludique et festif, tout cela me parle. »

 

Quant est alors venue l’heure de rouvrir les portes, après une semaine de travaux, Lettre écarlate disparaissait, pour laisser place à OVNI. Il aura fallu une semaine de chantier pour tout remettre en ordre. Mais la simplicité est désormais le maître mot : « Dans le choix des livres proposés, l’envie de se laisser emporter par le nombre de nouveautés gigantesque est grande. Je fais des efforts pour me tenir à cette sélection très resserrée. »

 

D’ailleurs, moins de livres vendus signifient plus de temps pour lire, parce qu’un travail de manutention moindre. « Mon objectif est de parvenir à tout avoir lu – et j’y parviendrai : déjà, j’ai pu découvrir plus de livres que jamais ces derniers jours. Je sais que c’est dans l’air du temps, cette simplicité volontaire, ou l’esprit décroissance... mais cela fait du bien. Dans le logo, il y a aussi un escargot, qui fait l’éloge de la lenteur. »

Il sera de toute manière toujours possible de passer commande pour des livres qui ne seraient pas disponibles.

 

Une sélection très resserrée


Une librairie à son image, avec un choix qui va de littérature « exigeante, voire élitiste », tout en répondant « à mon côté pépette et fleur bleue », qui s'arrête cependant à Anna Gavalda. Il n’y a qu’en bande dessinée où les œuvres « sont pointues : les amateurs de roman graphique indépendants ne courent pas les rues dans la ville, mais je n’ai jamais apprécié les interminables séries ».

 

Enfin, OVNI oblige, la boutique propose également des objets insolites (à retrouver dans le carrousel ci-dessous), fruit d’une autre vie de commerçante. « J’avais une boutique où se retrouvaient des choses de créateurs, parfois insolites. Dans OVNI, j’en ai mis quelques-uns. » Prochainement, c’est une collection d’assiette, de tasses, de mugs, flanqués du logo de la librairie, qui verra le jour. 
 

Libraire, Charlie Hebdo lui avait redonné du courage : “C'est trop, j'arrête”

 

Tout cela, avec le soutien fort de groupes comme Actes Sud ou de la distribution Interforum. « Ils semblent beaucoup apprécier cette différence, l’originalité. » À l’exception de la filiale de Hachette en Belgique, Dilibel : « Eux, je ne veux pas même en parler ! »