Pablo Neruda sera de nouveau inhumé en avril prochain

Camille Cornu - 05.02.2016

Edition - Justice - Pablo Neruda - inhumation - mort enquête empoisonnement


Neruda n’en finit pas de se retourner dans sa tombe, et d’être ausculté par la médecine légale. Les chercheurs s’étaient succédé sur ses restes pour éclaircir cette partie de l’histoire : le poète aurait-il été assassiné peu avant le coup d’État ayant installé Pinochet au pouvoir ? Finalement, en novembre dernier le Chili admettait la « possibilité » que Neruda ait été assassiné. Selon une décision judiciaire connue mercredi, le corps est désormais autorisé à retourner dans sa tombe. 

 

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Salvador Allende et Pablo Neruda

Biblioteca del Congreso Nacional, CC BY SA 3.0

 

 

Le corps de Neruda devrait donc être remis en terre à la Isla Negra le 26 avril 2016. « Il est indispensable de ne pas prolonger plus que nécessaire la garde des restes du poète à disposition du Tribunal », a annoncé Mario Carroza, juge en charge de l’enquête. Il a estimé que toutes les démarches possibles avaient été effectuées, mais a néanmoins ordonné de « conserver des échantillons osseux ». 

 

Pablo Neruda était décédé à Santiago, douze jours après le coup d’État d’Augusto Pinochet : il s’était manifesté comme un solide soutien de son principal opposant, Salvator Allende. La cause officielle du décès évoque un cancer de la prostate, mais la disparition des registres de l’hôpital en charge de l’écrivain suscite des soupçons et alimente la thèse de l’assassinat. Son chauffeur de l’époque, Manuel Araya, avait soutenu qu’il aurait succombé à une injection faite la veille de son départ pour le Mexique, d’où il s’apprêtait à diriger l’opposition à Pinochet. 

 

Depuis son exhumation, les analyses n’ont pas apporté de réponses définitives. Les tests avaient surtout essayé de déceler des traces de poison, mais le seul élément détecté était un dérivé du dipyrone, médicament utilisé dans les années 70 pour lutter contre... le cancer de la prostate.

 

En mai 2014, une équipe de chercheurs espagnols avait révélé la présence massive de bactéries, des staphylocoques dorés, qui auraient pu être inoculés par des agents de la dictature. D’autres spécialistes internationaux ont lancé ces derniers mois de nouvelles analyses et les résultats de leurs travaux sont attendus en mars.