Pablo Neruda sort de terre : le secret de sa mort à venir

Clément Solym - 08.04.2013

Edition - International - Pablo Neruda - exhumation - thèse de l'assassinat


Dans le jardin de la maison du poète chilien, Pablo Neruda, ont commencé les travaux d'exhumation. Il s'y était fait enterrer, dans la ville d'Isla Negra, mort d'un cancer, comme on le croyait à l'époque. Mais voilà : il est possible que Neruda soit mort assassiné, des mains, ou presque, de Pinochet. Depuis hier, les équipes sont à pied d'oeuvre, 40 ans après sa mort, pour tenter d'éclaircir les circonstances de sa mort. 

 

 

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Pablo Neruda, Tehhen (CC BY-ND 2.0)

 

 

Hier, vers 17h, les équipes ont déployé outils et tente, installés autour de la tombe du poète, et après quelques excavations, les médecins légistes du Chili entameront ce matin la récupération des restes du poète. Le tout, conformément à la décision du juge Marion Carroza. Une procédure qui débutera à 8h, heure locale. 

 

Au terme de cette entreprise, explique Eduardo Contreras, avocat du parti communiste chilien, l'exhumation permettra de « déterminer si, avec l'aide des nouvelles technologies et malgré le temps passé et la proximité de la mer, nous pouvons trouver des traces de substances nocives, de toxines, de bactéries », rapporte l'AFP. « Nous avons la conviction, la certitude la plus absolue que Neruda n'est pas mort de mort naturelle. »

 

En effet, le juge Mario Carroza a ordonné, comme suite à la demande officielle du parti communiste chilien, que l'on réalise une autopsie. Disparu en plein régime d'Augusto Pinochet, qui a provoqué la mort de centaines d'habitants, la politique du dictateur, très peu enclin à supporter les critiques, aurait ainsi pu être fatale à Neruda.

 

Selon l'auteur Gonzalo Martinez, la possibilité d'un meurtre politique ne serait pas du tout à écarter. Cité par l'AFP, il explique que Neruda et lui « avaient pu discuter tranquillement, se déplacer dans sa chambre, échanger des opinions politiques, évoquer les choses qu'il entendait emmener au Mexique ». 

 

Et surtout que l'écrivain était en plutôt bonne santé, s'apprêtant d'ailleurs à décoller, en avion, pour le Mexique. De quoi éveiller les soupçons et inciter l'avocat du PC, Eduardo Contreras à estimer que «ces conjectures et témoignages obligent à déposer une plainte, d'un point de vue éthique, moral et juridique ». 

 

Manuel Araya, assistant du poète, a eu beau se faire traiter de chauffeur, dans une tentative pour le décrédibiliser, il n'en a pas moins fait voler en éclat les certitudes du Chili, dans des déclarations faites en décembre 2011. « Pablo Neruda disposait d'une grande influence dans le monde. Il voulait appeler les intellectuels et les présidents du monde à l'aider dans sa volonté de restaurer la démocratie dans le monde. »

 

En 1973, Pinochet prend les commandes du Chili, dans un coup d'État militaire et douze jours plus tard, Neruda, l'un des intellectuels du pays qui soutenait Salvadaor Allende, en poste avant l'intervention de Pinochet, trouve la mort.

 

L'ancien chauffeur de Neruda, Manuel Araya, a plusieurs fois déclaré que son poète de patron avait été assassiné. Une injection de poison, alors que Neruda était hospitalisé, et c'en aurait été fini de l'opposant au régime. Cependant, dans la presse, on parle plutôt, en septembre 1973, d'un arrêt cardiaque. 

 

De son côté, la Fondation Pablo Neruda a toujours soutenu que le Nobel de littérature de 1971 était décédé d'un cancer. Chose étonnante, la fondation aujourd'hui souhaiterait plutôt que l'on n'insiste pas trop sur cette époque, ces circonstances, et que l'on ne tente pas de démêler le vrai du faux. Pour eux Manuel Araya, par qui les soupçons ont commencé, n'était après tout que son chauffeur - argument plusieurs fois déployé pour tenter de le confiner à un rôle mineur dans toute cette quête de la vérité.