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Pakistan : des mangues explosives, vieilles de 30 ans, refont surface

Nicolas Gary - 08.01.2020

Edition - Justice - Attentat Mangues - Mohammed Hanif - traduction livre confisquer


Voilà quelques années, Mohammed Hanif, auteur pakistanais, faisait paraitre Attentat à la mangue (traduction Bernard Turle). Cette satire politique du pays vient récemment d’être traduite en ourdou, la langue nationale. Le titre de l’ouvrage, en anglais, était des plus évocateurs :  A Case of Exploding Mangoes. Un peu trop peut-être.


Mohammed Hanif - Hps-poll reserv-art.de, CC BY SA 4.0
 

Devenu indépendant en 1947, le Pakistan aura connu, sur 70 années d’existence, quatre dictateurs militaires, ayant exercé leur pouvoir durant la moitié de cette période. Parmi eux, Zia al-Haq se démarque. Il a régné dans les années 80 et transformé le Pakistan en un endroit plus conservateur, voire intolérant. Or, c’est bien lui qui est au cœur du livre de Mohammed Hanif.
 

Un faux goût de pêche explosive


« Au Pakistan, après onze ans de règne, le général Zia ul-Haq craint pour sa vie. Lui qui chaque jour aime interroger le Coran comme on consulte un horoscope, pourra-t-il faire le lien avec le vol d’un avion militaire, un sous-officier en mal de vengeance, le secrétaire du syndicat des balayeurs, et un corbeau trop gourmand de mangues ? », résumait l’éditeur français 10-18.

Cocasse, drôle et risible : la satire se sent dès les premières pages. Or, les Pakistanais se souviennent bien que le général avait édicté des règles particulièrement drastiques — comme l’interdiction du maquillage pour les femmes passant à la télévision. Ou encore, des consignes spécifiques sur les heures de prières dans les bureaux du gouvernement. 

Ce dernier fut tué lors d’un accident d’avion, en 1988 — des bombes étaient planquées dans des mangues, selon la légende…

Sorti en 2008 — Mohammed Hanif écrit en anglais — le livre venait donc d’être porté à la connaissance du public, avec cette traduction en ourdou. Mais selon l’écrivain, des personnes se présentant comme membres d’une agence de renseignement ont fait irruption dans les locaux de son éditeur. Toutes les versions en ourdou de l’ouvrage auraient été confisquées.
 

Des bouquins “mangues” à l'appel


Dans un post, il explique que ces gens se prétendaient de l’Inter-services Intelligence, qui œuvre au Pakistan. Il assure également qu’on lui a réclamé 1 milliard de roupies pour avoir diffamé le nom de l’ancien dirigeant militaire. Pourtant, au cours de ces 11 dernières années, personne n’avait tenté quoi que ce soit contre l’ouvrage. 
 

« ISI est l’agence d’espionnage numéro 1 dans le monde. Je suis sûr qu’ils ont de meilleures choses à faire », plaisante-t-il. Mais jaune — jaune mangue, bien entendu. 

La commission des droits de l’Homme au Pakistan déplore ce raid mené contre l’éditeur, et renonce « une tentative lâche d’étouffer la liberté d’expression ». 
 
 

Menaces et intimidation 


Du côté de la maison d’édition, Maktab-e-Danyal, ce sont des menaces qui ont été proférées, poursuit l’ancien journaliste de la BBC. « Ils ont cherché des informations me concernant, et ont dit qu’ils reviendraient pour obtenir la liste des points de vente à qui le livre a été fourni. Il semble qu’ils veuillent effrayer les quelques personnes qui auraient envie de lire ce vieux livre », continue Hanif. 


Le livre traduit en ourdou

 
L’Associated Press fait état d’une réaction de l’ISI, pour qui « il s’agit d’une tentative bon marché afin de gagner en popularité, lançant de fausses accusations contre une institution nationale ». 

Reste qu’au cours des dernières années, les efforts des militaires pour contrôler les citoyens ont amplement augmenté. En 2016, rapporte Amnesty international, une loi sur la cybercriminalité était adoptée, et sert désormais « pour intimider, harceler et arrêter arbitrairement des défenseurs des droits humains en raison de commentaires publiés en ligne ».

Au cours des dernières années, des disparitions soudaines ont été monnaie courante, et les violences liées au blasphème ont fait un mort — bien que le gouvernement ait par la suite condamné ces agissements. « Des manifestations de grande ampleur ont été organisées pour soutenir des lois réprimant le blasphème, qui étaient utilisées pour condamner des personnes exprimant leurs opinions en ligne », relève Amnesty.


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