Pamphlets de Céline : “On n'a pas à pousser les éditeurs à s'autocensurer” (Gallimard)

Antoine Oury - 09.01.2018

Edition - Les maisons - Céline pamphlets - Céline Gallimard - Céline antisémite


La maison d'édition Gallimard, par la voix de son président Antoine Gallimard, a finalement réagi à la polémique autour de la réédition des pamphlets antisémites de Louis-Ferdinand Céline, prévue à une date encore incertaine. « On n'a pas à pousser les éditeurs à s'autocensurer », a affirmé Antoine Gallimard à la Foire internationale du livre de New Delhi, en Inde.


Antoine Gallimard - Prix du Roman Fnac 2014
Antoine Gallimard (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 
 

Depuis plusieurs semaines, personnalités et organisations s'expriment pour ou contre la réédition des pamphlets antisémites de Louis-Ferdinand Céline, à savoir Bagatelles pour un massacre, L'École des cadavres et Les Beaux draps. Annoncée pour mai 2018 puis plus ou moins démentie par la maison d'édition, qui assurait que cette publication n'était pas encore prévue dans le planning de l'année.

 

Néanmoins, plusieurs des éléments révélés par le journal L'Incorrect s'avèrent exacts : ainsi, comme le rappelle l'AFP, Gallimard a diffusé un communiqué en décembre pour indiquer que leur réédition s'inspirerait de l'édition critique des pamphlets antisémites publiée au Québec en 2012 par la maison d'édition canadienne Éditions 8, avec un appareil critique de Régis Tettamanzi, professeur de littérature moderne et auteur de plusieurs livres sur Céline.

 

« L'intention est d'encadrer et de replacer dans leur contexte des écrits d'une grande violence, marqués notamment par la haine antisémite de l'auteur », indiquait Gallimard dans son communiqué, en confirmant que Tettamanzi signerait l'appareil de cette réédition, tandis que Pierre Assouline se chargerait de la préface.

 

Francis Kalifat, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), avait dénoncé cette réédition : « Je ne vois pas trop l'intérêt de rééditer des pamphlets spécifiquement antisémites, surtout dans un moment où les Français juifs traversent une période difficile dans notre pays, où l'antisémitisme grandit à vitesse grand V et où, faut-il le rappeler, il tue. » De même, le CRIF s'inquiétait de la qualité de l'appareil critique proposé par Gallimard. 

 

L'édition critique à laquelle fait référence Gallimard n'est en tout cas pas exempte de défauts, selon Pierre-André Taguieff, spécialiste de Céline et coauteur de Céline, la race, le Juif. Légende littéraire et vérité historique (Fayard) : « Il ne s’agit en aucune manière d’une véritable édition scientifique des pamphlets. Seulement d’un recueil de textes présentés d’une façon académique, convenue, conforme à l’orthodoxie célinienne, et commentés ou annotés hâtivement. L’appareil de notes est sommaire, lacunaire, la bibliographie très insuffisante et comporte de nombreuses inexactitudes. »

 

La liberté de publier avant tout

 

À New Delhi, interrogé par l'AFP, Antoine Gallimard balaie les critiques : « Le livre pour l'instant n'existe pas, alors pourquoi cette polémique ? Elle ne devrait exister que quand j'annonce : “Voilà, il sortira et voilà l'édition” », a indiqué le président des éditions Gallimard. « On n'a pas à pousser les éditeurs à s'autocensurer », a-t-il ajouté, déplorant un procès d'intention.

 

L'éditeur assure même que les livres de Céline sont plus fréquentables que d'autres, sur le plan de l'incitation à la haine : « Il n'y a aucune raison de ne pas publier ces livres, il y a bien pire. Les livres bien pires ce sont les livres insidieux, dans lesquels il y a un antisémitisme rampant, qui ne dit pas son nom », souligne Antoine Gallimard. « Je trouve que le débat est un peu hystérique, un peu fou », a-t-il terminé.

 

Si le débat semble légitime, il est effectivement très vaste. Ce mardi, l'association SOS Racisme a, dans un communiqué, posé la question : « Comment cette maison d'édition peut-elle tomber dans une utilisation mercantile de textes appelant explicitement à l'extermination des Juifs ? » Rappelons que les trois textes ont respectivement été publiés en 1937, 1938 et 1941 chez Denoël, propriété de Gallimard depuis 1946.

 

Pamphlets antisémites de Céline : le gouvernement
écrit à Gallimard

 

À ces commentaires s'ajoutent ceux du Premier ministre, Édouard Philippe, qui a assuré ne pas avoir « peur » de cette réédition, tant qu'elle est « soigneusement » accompagnée de l'appareil critique nécessaire. Alexis Corbière, député France insoumise de la Seine-Saint-Denis, a pour sa part dénoncé de la « littérature de merde », que Gallimard va « chercher dans les poubelles de Céline » qui s'était opposé avec son épouse à leur réédition.

 

Il assure que cette réédition brouille le discours sur l'antisémitisme : « Il n'y a pas d'un côté l'antisémitisme des quartiers populaires qui doit être condamné, et l'antisémitisme mondain du Quartier latin, devant lequel, parce qu'il y a trois points d'exclamation et trois points de suspension, on doit dire “C'est fabuleux” ! », a-t-il souligné sur France Inter.





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